Home Accueil L’art de s’allonger confortablement de Vitaliano Aguirre

L’art de s’allonger confortablement de Vitaliano Aguirre

0 comments 22 views

Publié le 18 février 2024 00:15:00. La Cour pénale internationale (CPI) a identifié huit individus comme coauteurs présumés des crimes commis dans le cadre de la guerre contre la drogue aux Philippines, sous la présidence de Rodrigo Duterte, et met en lumière le rôle central d’un ancien ministre de la Justice dans l’entrave à la justice.

  • La CPI a qualifié de document crucial le rapport détaillant les accusations contre ces individus.
  • Vitaliano Aguirre II, ancien secrétaire à la Justice, est accusé d’avoir activement cherché à dissimuler des preuves et à faire obstruction à une enquête sur les exécutions extrajudiciaires.
  • Des témoignages clés, notamment celui d’un ancien membre de l’escouade de la mort de Davao, confirment la planification et l’exécution systématique de meurtres.

L’enquête de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes présumés commis aux Philippines dans le cadre de la guerre contre la drogue, lancée sous la présidence de Rodrigo Duterte, prend une nouvelle tournure avec la publication d’un document d’accusation accablant. Ce document, rendu public la semaine dernière, désigne huit individus comme coauteurs des crimes, définis par la CPI comme ceux qui « contrôlaient une structure de pouvoir – la police locale et la hiérarchie associée de l’Escadron de la mort de Davao – qui leur permettait de contrôler la volonté des auteurs physiques ».

Selon la CPI, un « plan commun » visait à « neutraliser » les personnes soupçonnées d’être impliquées dans le trafic de drogue, ou perçues comme telles, par des moyens violents, y compris des meurtres. Ce plan aurait été mis en œuvre à Davao, lorsque Duterte était maire de la ville, avant d’être étendu à l’échelle nationale après son élection à la présidence en 2016. L’un des éléments clés de ce plan consistait à nommer les responsables des crimes commis à Davao à des postes nationaux, permettant ainsi la poursuite des opérations à plus grande échelle.

L’ancien secrétaire à la Justice, Vitaliano Aguirre II, est particulièrement mis en cause. Il est accusé d’avoir joué un rôle crucial dans la dissimulation des preuves et l’entrave à la justice. Des témoignages d’anciens membres de l’escouade de la mort de Davao, notamment celui d’Arturo Lascañas, ont permis de reconstituer la hiérarchie et le fonctionnement de cette organisation. Une transcription complète de son témoignage est disponible en ligne ici. D’autres anciens tueurs sont également devenus des témoins contre Duterte.

L’affaire remonte à 2009, lorsque Leila de Lima, alors présidente de la Commission des droits de l’homme (CHR), devait se rendre à Davao pour enquêter sur l’escouade de la mort. Craignant les conclusions de cette enquête, les responsables de l’escouade ont ordonné l’incinération des corps enterrés dans la fosse commune de Laud Quarry, finançant même des opérations d’exhumation. Duterte aurait approuvé cette décision.

Lascañas a témoigné dans son affidavit que Sonny Buenaventura lui avait demandé de se tenir prêt près de l’hôtel Marco Polo. Il relate ensuite :

« Après plusieurs heures d’attente, devant l’Université Ateneo de Davao, le pick-up de Sonny est arrivé pour me chercher, et je suis monté sur le siège passager arrière, et à l’intérieur se trouvaient le SPO4 Ben Laud et l’avocat Vitaliano Aguirre assis sur le siège passager avant. »

Arturo Lascañas, témoignage sous serment

Lascañas poursuit en expliquant qu’Aguirre leur a conseillé de ne plus utiliser la carrière de Laud, craignant un nouveau mandat de perquisition. Il a également demandé si des corps restaient encore dans la carrière, et a conseillé de « remédier à la situation » en procédant à une nouvelle exhumation. Il aurait même suggéré que les ossements découverts lors de la première fouille du CHR provenaient de soldats japonais morts pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ce rôle d’Aguirre à Davao est qualifié d’« activité criminelle » par les enquêteurs, consistant à faire obstruction à la justice au profit de l’escouade de la mort. Sa nomination ultérieure au poste de secrétaire à la Justice souligne l’importance de son rôle dans la dissimulation de la vérité sur l’existence de cette organisation et son rôle sur la scène nationale.

En tant que secrétaire à la Justice, Aguirre avait déclaré que « les criminels, les barons de la drogue, les trafiquants de drogue, ce ne sont pas des êtres humains ». Il avait affirmé que « les criminels ne sont pas des humains ». Aujourd’hui, il nie toute implication dans la guerre contre la drogue, affirmant qu’il n’a « jamais pris part à cette guerre contre la drogue et jamais participé à sa mise en œuvre ». Il affirme également avoir été mal cité, rejetant ainsi la responsabilité sur les journalistes qui ont enregistré ses déclarations.

Aguirre a également été impliqué dans d’autres affaires controversées, notamment l’ordonnance de consolider les affaires contre la sénatrice Leila de Lima, une adversaire politique de Duterte, et le blanchiment de responsables accusés de trafic de drogue. Il avait ordonné la consolidation des affaires contre De Lima et blanchi le commissaire aux douanes Nicanor Faeldon dans une affaire de contrebande de drogue.

La CPI appelle désormais Vitaliano Aguirre à se préparer à une coûteuse défense devant la justice internationale.

Les opinions exprimées dans cette colonne sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Vera Files.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.