Justin Lin, réalisateur reconnu pour ses blockbusters d’action, a habilement évité les excès de la franchise « Fast & Furious ». Loin des courses effrénées et des scénarios fantaisistes, il a opéré un virage artistique pour se consacrer à une histoire poignante : le destin tragique de John Allen Chau, un missionnaire chrétien animé par une foi inébranlable. Ce film, intitulé « Last Days », explore avec sérieux et complexité la quête spirituelle d’un homme prêt à tout pour partager sa conviction.
Dans ce drame, Sky Yang incarne John, un jeune chrétien idéaliste en quête de sens. L’appel du métier de missionnaire le taraude, mais il doute de sa propre aptitude. Tandis que sa famille le pousse vers des études de médecine, cette voie ne satisfait pas son âme. La diffusion du message de Jésus Christ, voilà ce qui compte réellement pour lui.
Ignorant les protestations paternelles, il entreprend alors un périple autour du monde, tissant des liens inattendus au fil de ses rencontres. Progressivement, il prend conscience de la nécessité d’un acte d’envergure, un geste fort pour affirmer sa foi et la transmettre. Son objectif ultime : l’île de North Sentinel, terre isolée où il souhaite apporter la Bible à ses habitants. Un périple périlleux et audacieux, auquel rien ne semble pouvoir le dissuader.
Pour raconter la saga de John Allen Chau, Justin Lin a opté pour une structure narrative fragmentée. Dès le début, le spectateur est informé de la disparition de Chau lors de sa mission, une astuce scénaristique destinée à créer le suspense. Parallèlement, une inspectrice de police indienne déterminée (Radhika Apte) mène l’enquête, cherchant à retrouver Chau ou, à défaut, ses restes.
Cette intrigue secondaire, digne d’un roman policier, enrichit le film et met en lumière la pluralité des regards que Lin porte sur son sujet. Le portrait qui se dégage n’est pas celui d’un saint, mais plutôt celui d’un individu potentiellement imprudent, n’ayant pas pleinement mesuré les conséquences de son entreprise. Certains estiment qu’un film doit présenter une « perspective » claire, un angle d’approche défini. Si tel est souvent le cas, « Last Days » opte pour une vision plus globale, englobant la vie du jeune homme dans toute sa complexité. Une approche particulièrement pertinente au vu de la matière source, d’autant qu’un documentaire avait déjà exploré le sujet.
L’œuvre se révèle d’une grande profondeur et émotion. Visuellement époustouflant, le film déploie des paysages grandioses qui témoignent de la splendeur des lieux traversés par Chau durant sa brève existence. Si l’ensemble des interprétations est solide, Sky Yang livre une performance particulièrement marquante dans le rôle de Chau. Malgré quelques faiblesses scénaristiques, son charisme discret parvient à masquer les imperfections. On perçoit à travers son jeu la fragilité de son personnage, les blessures infligées par des parents imparfaits et une soif immature de vivre pleinement l’instant présent.
Certaines décisions créatives s’avèrent moins abouties que d’autres, et l’enquête policière menace par moments de prendre le pas sur le récit principal. Néanmoins, ces prises de risque finissent par payer. La vie de John Chau fut loin d’être ordinaire, et l’approche audacieuse de Justin Lin semble ainsi parfaitement adaptée à ce destin hors du commun.
À voir ou pas : « Last Days » offre une exploration fascinante de la vie mouvementée et de la mort tragique d’un jeune homme.