Publié le 12 février 2024 à 11h11. Le géant brassicole Heineken prévoit de supprimer jusqu’à 6 000 emplois à l’échelle mondiale, face à une baisse de la consommation de bière et à la pression sur ses marges. L’impact de ces suppressions d’emplois sur les sites suisses de Calanda et Eichhof reste incertain.
- Heineken prévoit de réduire ses effectifs de 5 000 à 6 000 postes sur les deux prochaines années.
- La baisse de la consommation de bière, exacerbée par la pandémie et une prise de conscience accrue en matière de santé, est au cœur de cette décision.
- L’entreprise néerlandaise invoque également la hausse des coûts des matières premières et la nécessité de réduire ses dépenses.
Le secteur de la brasserie européenne est confronté à une « réalité désenchantée », selon l’Association européenne des brasseurs. Depuis la crise sanitaire, la consommation de bière a diminué dans la plupart des pays. Ce phénomène s’explique par un changement des habitudes de consommation, avec moins de sorties, et par une sensibilisation croissante à la santé, notamment chez les jeunes.
Outre ces facteurs comportementaux, les brasseurs sont également confrontés à une augmentation des coûts des matières premières, ce qui se traduit par une hausse des prix pour les consommateurs et, par conséquent, par une nouvelle baisse de la demande. Heineken, deuxième groupe brassicole mondial derrière Anheuser Busch, cherche donc à réduire ses coûts pour maintenir sa rentabilité.
Avec environ 87 000 employés répartis dans 190 pays, Heineken est un acteur majeur du secteur. En Suisse, l’entreprise est présente avec deux brasseries à Lucerne et Coire, où sont produites les marques Eichhof, Calanda, Ittinger, Haldengut et Ziegelhof. Pour l’heure, Heineken se refuse à commenter l’impact potentiel de ces suppressions d’emplois sur ses sites suisses. Une porte-parole a indiqué que l’entreprise « ne peut faire aucune déclaration sur d’éventuels effets locaux ».
Klaus Bonanomi, spécialiste économique à la SRF, estime que les emplois à Calanda et Eichhof ne sont pas particulièrement menacés. « Les brasseries suisses se portent plutôt bien sur le plan commercial », a-t-il déclaré. Néanmoins, la consommation de bière en Suisse est également en baisse, tombant pour la première fois sous la barre des 50 litres par habitant et par an en 2024. La production nationale s’élève à environ 370 millions de litres pour l’année brassicole 2024/25, soit une diminution de près de deux pour cent par rapport à l’année précédente.
Heineken n’est pas le seul brasseur à prendre des mesures drastiques. Son concurrent, Carlsberg, a récemment annoncé des suppressions d’emplois et revu à la baisse ses prévisions de bénéfices. Le groupe néerlandais a réalisé un bénéfice d’environ 1,9 milliard d’euros en 2023 et ambitionne de poursuivre sa croissance tout en optimisant ses ressources grâce au programme d’économies « Evergreen ».
« Les marchés sont divisés et il ne reste plus grand-chose à obtenir. »
Klaus Bonanomi, spécialiste économique à la SRF
Cette vague de concentration sur le marché de la bière, avec des géants comme Heineken, Carlsberg et Anheuser Busch rachetant des marques connues, pourrait également expliquer ces mesures de restructuration. Selon Bonanomi, « les marchés sont divisés et il n’y a plus grand-chose à gagner », ce qui pousse les entreprises à se concentrer sur l’amélioration de leur productivité et la conquête de parts de marché.
Anheuser Busch possède des marques telles que Budweiser, Corona et Becks. Carlsberg contrôle Tuborg, Holsten ou Feldschlösschen.
Keystone/Gaétan Bally
