Donald Trump s’en prend une nouvelle fois à son voisin canadien, menaçant de bloquer l’ouverture d’un nouveau pont frontalier entièrement financé par Ottawa. Cette volte-face intervient alors que l’ancien président avait promis, durant sa campagne, que le Mexique prendrait en charge le coût du mur à la frontière sud des États-Unis.
Le pont international Gordie Howe, reliant Détroit (Michigan) et Windsor (Ontario), devrait ouvrir ses portes cette année. Sa construction a été intégralement financée par le Canada, après des années d’attente d’une participation américaine. L’administration Trump avait pourtant tenté d’accélérer le projet dès 2017.
Ottawa justifie cet investissement de plus de 4 milliards de dollars canadiens (environ 3 milliards d’euros) par la nécessité d’améliorer les liaisons routières et d’accroître la capacité commerciale, notamment face à l’âge du pont Ambassador, qui date des années 1920. Cependant, la famille Moroun, propriétaire du pont Ambassador, s’oppose fermement à cette concurrence, craignant une perte de revenus liée aux péages qu’elle perçoit depuis des décennies. Elle exploite également des concessions hors taxes et vend du carburant à la frontière.
Dans un message publié sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a affirmé que le Canada avait construit le pont « avec pratiquement aucun contenu américain » et que Barack Obama lui avait accordé une dérogation pour ne pas respecter la loi « Buy American Act », qui impose l’utilisation de produits américains, y compris l’acier. Ces affirmations sont inexactes, selon les termes de l’accord de 2012, qui prévoit un partage de la supervision et de la propriété entre le Canada et l’État du Michigan. Les péages serviront à couvrir les coûts d’exploitation et à rembourser les 4 à 6 milliards de dollars investis dans la construction, avant d’être répartis entre les deux parties.
L’actuel premier ministre canadien, Mark Carney, a déclaré avoir discuté de cette publication avec Donald Trump et tenté de dissiper les malentendus. « J’ai expliqué que le Canada a financé plus de 4 milliards de dollars pour la construction du pont, que la propriété est partagée entre l’État du Michigan et le gouvernement du Canada, et que des travailleurs canadiens et américains ont participé à la construction. C’est un excellent exemple de coopération entre nos pays », a-t-il déclaré aux journalistes.
Cette sortie intervient alors que Carney avait récemment exprimé des doutes quant à la capacité des petits pays comme le Canada à compter sur la protection des grandes puissances comme les États-Unis. Le Canada explore ainsi la possibilité de conclure un nouvel accord commercial avec la Chine.
Trump a également avancé l’argument improbable que la Chine interdirait le hockey sur glace au Canada et éliminerait la Coupe Stanley. Son ancien représentant commercial, Jamieson Greer, a reconnu ne pas connaître les détails de cet accord potentiel, mais a souligné que les États-Unis, avec une économie de 29 000 milliards de dollars (contre 1 à 2 000 milliards de dollars pour le Canada), devraient obtenir une part équitable des revenus générés par le pont.
En filigrane, Trump semble réclamer des concessions au Canada, évoquant notamment le boycott des boissons alcoolisées américaines imposé par l’Ontario en réponse aux politiques tarifaires de Trump, ainsi que le traitement réservé aux produits laitiers américains. Ces questions devraient être au cœur des prochaines négociations commerciales entre les deux pays, qui pourraient aboutir à une renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
« Je ne permettrai pas que ce pont s’ouvre tant que les États-Unis ne seront pas pleinement compensés pour tout ce que nous avons donné et que le Canada ne traitera pas les États-Unis avec l’équité et le respect qu’ils méritent. Nous entamerons les négociations immédiatement. Avec tout ce que nous avons donné, nous devrions peut-être posséder au moins la moitié de cet actif », a déclaré Greer.
Le maire de Windsor, Drew Dilkens, se montre confiant quant à l’ouverture du pont, qui est déjà achevé et relié aux autoroutes des deux côtés de la frontière. Il rappelle que le pont Ambassador, très fréquenté, traite déjà des centaines de millions de dollars de commerce quotidiennement. La construction du pont Gordie Howe est le fruit de 25 ans d’efforts impliquant plusieurs présidents, premiers ministres et gouverneurs.
D’après Dilkens, le pont permettra de relier l’industrie automobile américaine aux fabricants de pièces automobiles canadiens. Il espère que les États-Unis et le Canada parviendront à un accord plus large pour améliorer l’ACEUM, et que les Américains prendront conscience des perturbations causées par la politique tarifaire actuelle.
« Les accords commerciaux ont permis de mettre de la nourriture sur la table des familles américaines et canadiennes », a-t-il conclu.
À retenir
- Point essentiel n°1 tiré du contenu : Donald Trump menace de bloquer l’ouverture d’un pont frontalier financé par le Canada.
- Point essentiel n°2 tiré du contenu : Les affirmations de Trump sur le manque de contenu américain et l’accord Obama sont inexactes.
- Point essentiel n°3 tiré du contenu : Le Canada explore de nouvelles options commerciales avec la Chine.
Contexte
Les tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada ne sont pas nouvelles. Durant son premier mandat, Donald Trump avait déjà imposé des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium canadiens, suscitant des représailles de la part d’Ottawa. Le pont Gordie Howe est un projet de longue date, visant à améliorer les échanges commerciaux entre les deux pays et à désengorger le pont Ambassador.
Ce qui change
La menace de Trump pourrait retarder l’ouverture du pont Gordie Howe et relancer les tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada. Elle pourrait également inciter le Canada à accélérer ses efforts pour diversifier ses partenaires commerciaux, notamment en se rapprochant de la Chine.
Prochaines étapes
Il faudra surveiller l’évolution des négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada, ainsi que les réactions du gouvernement canadien à la menace de Trump. L’ouverture du pont Gordie Howe, initialement prévue pour cette année, est désormais incertaine.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Coût du pont Gordie Howe | Plus de 4 milliards de dollars canadiens (environ 3 milliards d’euros) |
| PIB des États-Unis | 29 000 milliards de dollars |
| PIB du Canada | 1 à 2 000 milliards de dollars |