Publié le 2025-10-12 18:04:00. Face à une saison d’incendies particulièrement dévastatrice, le Canada envisage la création d’une agence fédérale de coordination des catastrophes. Cependant, des experts appellent à une approche plus nuancée, axée sur la résilience des communautés et le renforcement des moyens existants.
- La ministre de la Gestion des urgences, Eleanor Olszewski, a proposé la création d’une nouvelle agence fédérale pour coordonner les réponses aux catastrophes naturelles.
- Kim Connors, ancien directeur exécutif du Centre interagences canadien des feux de forêt (CIFFC), critique cette proposition, estimant qu’elle ajouterait une couche de bureaucratie inutile.
- Il plaide pour un renforcement de la résilience communautaire et un soutien accru aux programmes existants comme FireSmart Canada.
La saison des feux de forêt de cette année, l’une des plus destructrices de l’histoire canadienne, a mis en lumière les failles du système actuel de gestion des catastrophes. Face à cette réalité, la ministre fédérale de la Gestion des urgences, Eleanor Olszewski, a annoncé son intention de proposer la création d’une agence fédérale dédiée à la coordination des réponses aux catastrophes naturelles, y compris les feux de forêt. Des précisions sont attendues cet automne.
Cependant, cette proposition suscite des réserves, notamment chez Kim Connors, qui a dirigé le Centre interagences canadien des feux de forêt (CIFFC) pendant plus de quarante ans. Selon lui, le système actuel, basé sur le partage des ressources entre les différentes agences, montre ses limites face à l’intensification des phénomènes climatiques.
« Le système actuel n’est pas en mesure de répondre aux demandes provoquées par le changement climatique et l’aggravation de la situation des incendies de forêt partout au Canada. »
Kim Connors, ancien directeur exécutif du CIFFC
Autrefois, les saisons des feux étaient plus régionales, permettant un échange efficace des moyens. Désormais, les incendies se déclarent simultanément sur l’ensemble du territoire, dépassant les capacités d’entraide. L’expert rappelle que certaines provinces, comme le Québec, ont dû prêter main-forte à d’autres régions pour éviter des scénarios encore plus dramatiques. Il souligne également une érosion des ressources consacrées à la lutte contre les feux de forêt depuis les années 1990 et le début des années 2000, malgré un besoin croissant de ces moyens.
Au-delà de la question des ressources, Kim Connors insiste sur l’importance cruciale de renforcer la résilience des communautés face aux feux de forêt. Il déplore une tendance à considérer la protection comme une responsabilité externe, imputée aux gouvernements. « Nous devons vraiment nous asseoir avec les dirigeants communautaires et dire non, nous avons besoin que les communautés soient responsables de leur propre destin. Et puis donnez-leur les outils pour pouvoir le faire », martèle-t-il.
Pour une meilleure résilience, les communautés devraient développer des plans de protection spécifiques, évaluer leur vulnérabilité et adopter les pratiques préconisées par des organisations comme FireSmart Canada. Ces mesures incluent la création de coupe-feux, la préparation à l’intervention initiale et une prise en compte de la sécurité incendie dès la conception des lotissements et la construction des habitations.
Concernant le projet de création d’une agence fédérale, Kim Connors est catégorique : il s’agirait d’une bureaucratie supplémentaire coûteuse et peu efficace, soumise aux aléas politiques et budgétaires. Il compare cette proposition à la FEMA américaine, dont les ressources ont été réduites ces dernières années, diminuant son efficacité.
« Je ne pense pas que cela soit utile du tout. Il s’agit d’un autre niveau de bureaucratie fédérale qui n’est pas nécessaire. Cela va nécessiter beaucoup de ressources, principalement en termes de financement, car sa mise en place et son soutien seront coûteux. »
Kim Connors, ancien directeur exécutif du CIFFC
En revanche, l’idée de flottes régionales de bombardiers à eau soutenues par le gouvernement fédéral est accueillie favorablement. Kim Connors estime que ces ressources coûteuses devraient être accessibles équitablement à toutes les provinces, territoires et au réseau des parcs nationaux, sans nécessiter une administration fédérale complexe.
Ottawa devrait également réorienter son soutien vers le financement à long terme de programmes d’atténuation comme FireSmart Canada, afin d’assurer leur pérennité et leur déploiement sur l’ensemble du territoire. La création récente du Centre canadien pour le rétablissement et la résilience est perçue comme une initiative prometteuse, à condition qu’elle favorise une véritable collaboration entre les différents acteurs et débouche sur des actions concrètes, au-delà de la simple rhétorique.
La persistance des silos administratifs et des divisions sectorielles entrave la mise en œuvre d’une approche globale. Kim Connors appelle à transcender ces divisions pour définir un objectif commun et développer des stratégies efficaces pour y parvenir.