La levée de certaines sanctions et l’émergence d’un dialogue politique au Venezuela, bien que prometteurs, révèlent une transition complexe où les vestiges de l’ancien régime persistent, s’appuyant paradoxalement sur la Constitution de 1999 tout en étant influencés par des dynamiques internationales.
Cette transition, loin d’être une rupture nette, se manifeste comme un déplacement de pouvoirs et de coutumes. Si la Constitution de 1999 demeure le seul fondement légitime pour guider ce processus, la présence de figures associées au chavisme-madurisme, comme Delcy Rodríguez, témoigne de la persistance d’un noyau autoritaire qui n’a pas été validé par le suffrage populaire. Leur maintien au pouvoir s’explique moins par un soutien interne que par les impératifs de la politique internationale et les relations asymétriques avec les États-Unis.
Les Vénézuéliens observent avec attention l’influence croissante des États-Unis sur ces acteurs, mais cette observation ne doit pas occulter leur aspiration à briser la peur et à exercer pleinement leurs droits civiques. Le vote, à ce stade, apparaît comme un outil essentiel de souveraineté populaire, une condition sine qua non pour renouveler les pouvoirs publics et établir un calendrier électoral clair en vue d’élections libres, notamment celles prévues le 28 juillet 2024.
La notion de réconciliation, souvent évoquée, ne doit pas être simplifiée. Les Vénézuéliens ressentent le besoin de se réconcilier avec leur passé, y compris avec leur propre rôle dans l’émergence du chavisme-madurisme. Cependant, une véritable réconciliation ne peut émerger que d’un processus électoral transparent et équitable, permettant de choisir librement les futurs dirigeants du pays. Il s’agit d’atteindre un équilibre délicat : oublier suffisamment pour éviter les vengeances, mais se souvenir suffisamment pour ne pas répéter les erreurs du passé.
Au-delà des élections, il est impératif de construire une culture politique basée sur la maturité civique. L’expérience traumatisante vécue par le Venezuela a démontré la nécessité de ne plus jamais tolérer l’arbitraire comme norme. Les Vénézuéliens doivent accepter que leur pays a changé et qu’ils ne sont plus les mêmes, mais qu’ils partagent une histoire commune et un avenir à construire ensemble. Cela implique un engagement civique de chaque individu en faveur de la justice.
La transition exige une responsabilité collective, une exigence de transparence et un espoir fondé non pas sur des illusions, mais sur la conviction que la justice se conquiert par des choix difficiles et un engagement communautaire. Il ne s’agit pas seulement de destituer un autocrate, mais de protéger l’ordre républicain et démocratique contre toute tentation de complaisance ou de dérive. Le climat moral de cette transition doit donc être marqué par la vigilance et la détermination à ne jamais abandonner les principes républicains.