Publié le 17 février 2026 à 21h25. Le Congrès péruvien a destitué mardi le président José Jeri, plongeant le pays dans une nouvelle crise politique et confirmant une instabilité chronique au sommet de l’État.
- Le Congrès a censuré José Jeri avec 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions.
- La destitution fait de Jeri le huitième président du Pérou en dix ans.
- Plusieurs scandales, notamment des rencontres non déclarées avec des hommes d’affaires et des accusations de favoritisme dans les embauches, ont conduit à sa chute.
La destitution de José Jeri, au pouvoir depuis seulement quatre mois, ouvre la voie à l’élection d’un nouveau président par le Congrès. Cette décision intervient dans un contexte de profonde crise politique au Pérou, où la succession des dirigeants s’enchaîne à un rythme alarmant. Jeri avait succédé à Dina Boluarte en octobre 2025, après que celle-ci ait elle-même été destituée.
Les accusations portées contre Jeri ont pris de l’ampleur ces dernières semaines. En décembre dernier, des images l’ont montré participant à une réunion dans un restaurant chinois (un « chifa », plat d’origine chinoise très populaire au Pérou) à Lima avec des hommes d’affaires, une rencontre non inscrite à son agenda officiel. Cet épisode a été rapidement baptisé le « chifagate » par les médias péruviens.
Par la suite, des informations ont fait état de visites de jeunes femmes au palais présidentiel, qui auraient ensuite bénéficié de contrats publics. Les explications contradictoires de Jeri sur ces affaires n’ont pas convaincu les parlementaires, qui ont finalement voté massivement pour sa destitution.
Le président du Conseil des ministres, Ernesto Álvarez, avait tenté de minimiser les faits, affirmant qu’il n’y avait pas de contrôle systématique des visiteurs au palais et dénonçant un « piège » tendu à Jeri. Cependant, ces arguments n’ont pas suffi à inverser la tendance.
Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet pour des délits présumés de trafic d’influence et de parrainage illégal. Jeri a été entendu dans le cadre de cette enquête.
La procédure de destitution a toutefois suscité des controverses. Jeri lui-même avait estimé qu’il convenait d’appliquer la disposition constitutionnelle relative à l' »incapacité morale permanente » du président. Certains constitutionnalistes ont également soutenu ce point de vue. Cependant, le Congrès a choisi de le censurer en tant que président du Congrès, une procédure qui ne requiert qu’une majorité simple (contrairement à la vacance présidentielle, qui exige une majorité qualifiée de 87 voix).
L’ancien président de la Cour constitutionnelle, Óscar Urviola, a qualifié cette décision d’équivalant à un « coup d’État », selon le réseau RPP.
La destitution de Jeri s’inscrit dans une longue série d’instabilités politiques au Pérou. Depuis 2016, le pays a connu les présidents suivants :
- Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018)
- Martín Vizcarra (2018-2020)
- Manuel Merino (du 10 au 15 novembre 2020)
- Francisco Sagasti (2020-2021)
- Pedro Castillo (2021-2022)
- Dina Boluarte (2022-2025)
- José Jeri (2025-2026)
Le Congrès a annoncé qu’il procédera ce mercredi à l’élection du successeur de Jeri. Le nouveau président assurera l’intérim jusqu’aux élections d’avril, dont le vainqueur prendra ses fonctions en juillet.