Publié le 2025-11-03 20:30:00. La Cour suprême a rejeté la demande d’immunité du député Sergio Bobadilla, porté par la journaliste Josefa Barraza Díaz. Cette décision confirme que le parlementaire conserve sa protection légale, l’empêchant d’être poursuivi pénalement pour ses propos.
- La Cour suprême du Chili a annulé la décision de la Cour d’appel de Valparaíso.
- Le député Sergio Bobadilla reste protégé par son immunité parlementaire.
- La journaliste Josefa Barraza Díaz avait accusé le député d’insultes graves et de calomnie suite à des publications sur les réseaux sociaux.
Le conflit prend sa source dans des publications diffusées par le député Sergio Bobadilla sur les réseaux sociaux. Le parlementaire de la région du Bío Bío avait partagé des extraits manipulés d’un reportage de Radio Bío Bío, associant la journaliste Josefa Barraza Díaz au leader de la Coordinadora Arauco Malleco (CAM), Héctor Llaitul. Selon la plainte déposée par la journaliste, le député aurait déformé le contenu de l’article d’investigation, l’accusant d’être « dévouée à la cause » et insinuant des liens financiers douteux et la création d’un « Califat dans le sud du Chili ». La journaliste affirme que ces propos ont porté atteinte à son honneur et mis sa sécurité en danger, entraînant menaces et harcèlement suite à la viralisation des publications.
La défense de Josefa Barraza Díaz, représentée par Me Miguel Ángel Yánez, a soutenu que le litige ne portait pas atteinte à la liberté de la presse, mais à l’usage qu’un élu pouvait faire d’un rapport journalistique. L’avocat a plaidé que le député avait déformé les faits et tenu des propos insultants, sexuant la journaliste et la traitant « presque comme une prostituée ». Il a également souligné qu’un parlementaire ne pouvait user de ses fonctions pour agir de manière répréhensible, surtout à l’encontre de femmes, considérant que les publications dépassaient la critique politique pour atteindre la dignité personnelle de la communicatrice.
Cependant, la Cour suprême n’a pas suivi ces arguments. Par 8 voix contre 5, elle a rejeté la demande d’immunité de la journaliste, annulant ainsi la décision de la Cour d’appel de Valparaíso qui avait initialement accepté de traiter la requête. L’avocat de Sergio Bobadilla, Me Remberto Valdés, s’est félicité de ce verdict, le qualifiant de « retentissant » et estimant qu’il rendait justice à la liberté d’expression et au devoir de contrôle des députés. Il a ajouté que cette décision représentait « la clôture complète et absolue de l’accusation infondée » portée contre son client.
Avec cette décision, la Cour suprême met un terme à la tentative de levée de l’immunité parlementaire, protégeant ainsi le député d’une éventuelle poursuite pénale pour diffamation tant qu’il restera en fonction. Cette décision intervient malgré le fait que la Commission d’éthique de la Chambre des députés avait déjà sanctionné le parlementaire en 2023 pour des faits similaires, estimant sa conduite « incompatible avec le respect et la véracité requis pour son investiture ».
Qu’est-ce que l’immunité parlementaire ? L’article 61 de la Constitution chilienne accorde aux députés et sénateurs le privilège de l’immunité parlementaire. Ce texte stipule qu’aucun élu ne peut être poursuivi ou privé de liberté, sauf en cas de flagrant délit, sans l’autorisation préalable de la Cour d’appel du ressort, qui doit déclarer qu’il y a lieu de former un dossier. Les juges déterminent ainsi si un parlementaire peut être poursuivi, statuant sur l’opportunité d’une affaire. Si la Cour juge qu’il n’y a pas lieu de poursuivre, le parlementaire est déchargé des accusations.