Les marchés financiers respirent : l’apaisement des craintes sur le crédit américain dope le dollar et rassure l’Europe.
Les inquiétudes persistantes concernant le marché du crédit américain semblent s’estomper, entraînant un mouvement de réalignement des anticipations de la Réserve fédérale et, par conséquent, un renforcement du dollar. L’euro, quant à lui, pourrait flirter avec les 1,160 dollars dans les prochains jours, sous réserve d’un indice des prix à la consommation américain qui ne viendrait pas contrecarrer cette tendance. Parallèlement, le nouveau Premier ministre japonais, Sanae Takaichi, a été officiellement confirmé par le Parlement.
Le dollar américain reprend des couleurs face à l’accalmie des tensions sur le crédit
La volatilité des marchés des changes s’est manifestement calmée en début de semaine. Les marchés actions américains, confortés par un net recul des inquiétudes liées au crédit, poursuivent leur rebond. Malgré des résultats solides pour la Zions Bank, hormis les pertes imputées à la fraude, l’attention reste palpable quant à tout signe de fragilité dans le système bancaire.
Le dollar américain a effacé les craintes bancaires de la semaine dernière et n’est plus qu’à 0,7% de son plus haut du 10 octobre. Cette reprise est largement soutenue par une révision à la hausse des anticipations de la Fed sur la courbe OIS (Overnight Index Swap), le taux à deux ans ayant progressé de 7 points de base hier. L’évolution des attentes de la Fed et le sentiment du marché du crédit sont étroitement liés à ce stade.
Sur le front des relations commerciales sino-américaines, peu de mouvement est à signaler à l’approche de la rencontre prévue en fin de mois entre Donald Trump et Xi Jinping. Les États-Unis ont toutefois signé un accord avec l’Australie pour accéder à ses réserves de terres rares, ce qui pourrait leur conférer un levier supplémentaire dans les négociations avec Pékin. Néanmoins, ces éléments jouent un rôle secondaire pour le marché des changes, qui adopte une posture d’attente prudente, teintée d’un certain optimisme quant à la capacité de Trump à conclure un accord.
Le yen sous pression, le Japon tourne une nouvelle page politique
Le yen japonais affiche une performance sous-optimal cette semaine, principalement en raison d’un dénouement des positions de refuge sur cette devise, corrélé à l’apaisement des inquiétudes sur les marchés américains. Les événements politiques au Japon jouent un rôle plus marginal. Ce matin, Sanae Takaichi a été confirmée Premier ministre par le Parlement, avec une avance de quatre voix sur la majorité requise. Cela démontre son soutien auprès d’un nombre suffisant d’élus extérieurs à sa coalition LDP-Ishin, qui manque de deux voix pour atteindre la majorité absolue.
La nature de ce gouvernement minoritaire pourrait compliquer la mise en œuvre d’une politique de relance budgétaire ambitieuse. Les prix de marché reflètent une grande incertitude quant aux implications concrètes de ce nouveau leadership sur les dépenses et la dette. Dans ce contexte, un resserrement monétaire de la Banque du Japon (BoJ) pourrait intervenir dès le 30 octobre, soutenu également par la faiblesse du yen, bien que décembre semble une échéance plus probable. Si la BoJ ne bouge pas en octobre ou si le dollar américain ne montre pas de signes de faiblesse, le yen pourrait rester sous la barre des 150,00 yen pour un dollar, pénalisé par des préoccupations persistantes concernant la dette et le portage.
L’euro vise les 1,160 face au dollar, la zone euro navigue entre incertitudes et espoirs
La paire EUR/USD reste étroitement liée au sentiment des marchés du crédit et actions aux États-Unis. Une stabilisation dans ce domaine pourrait propulser l’EUR/USD vers les 1,160. Des niveaux inférieurs seraient plus difficiles à justifier, à moins d’une surprise haussière de l’indice des prix à la consommation américain vendredi.
Dans le même temps, l’écart OAT-Bund à 10 ans s’est élargi à près de 80 points de base avant de se stabiliser à 78 points de base. Ce mouvement témoigne d’une surprise sur les marchés suite à la dégradation inattendue de la note de la France par S&P vendredi, mais aussi de la capacité de la stabilité politique à atténuer les préoccupations budgétaires pour les investisseurs.
Deux discours de « faucons » ont été entendus hier, ceux de l’Autrichien Schnabel et de l’Allemand Nagel. Aucune annonce nouvelle concernant les taux n’a été faite, comme prévu. Cependant, Schnabel a souligné l’importance de renforcer le rôle international de l’euro. La promotion d’un euro mondial par la Banque Centrale Européenne (BCE) reste cependant étroitement liée à une intégration politique accrue des marchés de capitaux, et une appréciation significative à court terme semble peu probable, sauf en cas de nouvelle crise de confiance envers le dollar. De plus, tous les membres du Conseil des gouverneurs ne seraient pas forcément favorables à un euro encore plus fort, malgré la relative discrétion des commentaires récents sur les taux de change.
Un dernier élément pèse sur l’euro dans un contexte de faible publication de données : les spéculations sur une possible trêve entre l’Ukraine et la Russie. Des informations ont circulé ce week-end, suggérant que Donald Trump intensifierait ses efforts pour encourager l’Ukraine à accepter les conditions territoriales de paix proposées par la Russie, en vue d’un sommet tripartite potentiel à Budapest dans les semaines à venir. Même dans un scénario où les conditions de paix ne seraient pas optimales pour l’Ukraine, l’euro pourrait bénéficier d’un coup de pouce significatif si une trêve était conclue. Pour l’instant, les marchés des changes semblent tenir cet élément à l’écart, et des progrès tangibles dans les négociations de paix seraient nécessaires pour qu’il soit pleinement intégré.
Dans un autre registre, nous recommandons la lecture du guide de notre économiste britannique concernant le budget du Royaume-Uni.
Le dollar canadien face à une inflation modérée et des incertitudes persistantes
Le Canada publie aujourd’hui ses chiffres d’inflation pour le mois de septembre. L’indice global devrait rebondir au-dessus de 2,0 %, mais cet indicateur n’aura qu’une importance relative pour la Banque du Canada (BdC) tant que les mesures sous-jacentes (de base et médiane) restent ancrées autour de 3,0 %.
La BdC a axé sa politique monétaire sur les risques pour la croissance et l’emploi liés aux tarifs douaniers américains, accordant moins d’attention à l’inflation. Malgré des données sur l’emploi plus robustes que prévu en début d’octobre, les marchés anticipent une baisse de taux de 19 points de base avant la réunion de la BdC la semaine prochaine. L’enquête sur les perspectives des entreprises pour le troisième trimestre, publiée hier, a renforcé l’idée d’un frein prolongé dû aux tarifs douaniers américains, d’une grande incertitude qui ralentit les investissements et d’intentions d’embauche modérées.
La BdC a fait écho à bon nombre des préoccupations des entreprises exprimées dans son enquête lorsqu’elle a abaissé ses taux en septembre. Il lui faudrait un argument convaincant pour justifier le maintien des taux face aux signes de résilience ou aux préoccupations inflationnistes persistantes le 29 octobre.
Le dollar canadien reste la devise la moins performante du G10. Une probabilité accrue de baisse de taux en octobre et une marge limitée pour que la BdC signale la fin de son cycle de resserrement pourraient continuer à éroder le portage du CAD et maintenir une prime de risque sur le huard, liée à l’incertitude économique et tarifaire. Nous anticipons toujours un retour du dollar canadien sous les 1,40 par rapport au dollar américain, à des niveaux similaires à ceux de septembre avant la fin de l’année. Cependant, sur les paires croisées, le potentiel de hausse du huard nous semble limité.
Le forint hongrois soutenu par une politique monétaire restrictive et l’espoir d’un accord ukrainien
La Banque nationale de Hongrie (NBH) devrait laisser ses taux directeurs inchangés à 6,50 % aujourd’hui, conformément aux attentes. L’accent de cette réunion portera davantage sur les orientations futures de la politique monétaire que sur les taux eux-mêmes.
D’une part, l’inflation reste supérieure à la bande de tolérance, et les mesures gouvernementales en contribuent de manière significative à la faire baisser (1,5 point de pourcentage). D’autre part, l’économie est faible et continue de décevoir les prévisions. Malgré quelques bruits politiques, nous pensons que la banque centrale maintiendra une position restrictive, confirmant le ton « hawkish » des réunions précédentes.
Le marché anticipe une réduction complète des taux d’ici la fin mars 2026, avec une forte probabilité également en février. Néanmoins, globalement, le marché n’attend que 80 points de base de baisse des taux, le taux terminal étant redescendu à 5,70 %, bien en deçà de nos prévisions. Bien que nous nous attendions à une position restrictive aujourd’hui, le risque pour le marché réside plutôt dans une orientation accommodante, compte tenu des prix actuels. Si la banque centrale indiquait une orientation plus souple, le marché serait certainement favorable à de nouvelles baisses de taux. Nous pensons cependant que cela interviendra plus tard, compte tenu des chiffres d’inflation plus faibles attendus au premier trimestre de l’année prochaine.
Pour l’instant, le forint hongrois bénéficie également de certaines attentes concernant les progrès dans les négociations de cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie. En conséquence, nous sommes désormais optimistes quant au HUF, et une nouvelle tentative de tester les plus bas actuels à 388 est probable.