Publié le 2025-11-08 07:45:00. Une retraitée de 61 ans a fait don d’un rein à son voisin, un geste d’altruisme exceptionnel qui témoigne de la force des liens humains et de l’importance de la générosité. Cette démarche, qualifiée par la donneuse comme une « nécessité » face à la détresse de son proche, soulève des questions sur la solidarité et le sens de la vie.
- Asun Ariznabarreta, 61 ans, a donné un rein à son voisin, malade depuis plusieurs mois.
- Elle considère ce don comme une « causalité » et une leçon de vie.
- Son geste renforce les liens au sein de sa communauté, qu’elle compare à une « petite famille ».
L’histoire d’Asun Ariznabarreta est celle d’une lumière dans l’obscurité, un récit qui redonne foi en l’humanité. Alors qu’elle venait d’atteindre l’âge de la retraite, Asun a pris une décision qui allait changer le cours de la vie d’une autre personne : offrir un de ses reins à son voisin. Ce dernier, âgé de neuf ans de plus qu’elle, souffrait d’une insuffisance rénale bilatérale et était contraint à la dialyse.
L’idée a germé chez Asun lorsqu’elle a appris la gravité de la situation de son voisin. « C’était une personne pleine de vie et d’un coup, il a dû aller en dialyse pendant trois jours, il a commencé à se décourager… et cela m’a beaucoup impressionnée », confie cette résidente de Corbera de Llobregat (Barcelone).
Profondément marquée par cette rencontre, Asun a commencé à réfléchir à la nature des liens et des coïncidences dans la vie. Pour elle, rien n’est le fruit du hasard. « Je suis à une époque de ma vie où je crois que rien n’est un hasard, et je suis convaincue que ce que je cherche n’est pas aussi important que ce que je cherche, donc je prends en compte ce que la vie m’apporte ; la vie est une école d’âmes, nous sommes venus pour apprendre et chaque âme a son parcours d’apprentissage, et j’ai réalisé que ce que la vie m’apporte est vraiment ce que j’ai besoin d’apprendre », explique-t-elle avec une profonde philosophie.
Cette conviction l’a poussée à aider son voisin, même s’il ne s’agissait pas d’un membre de sa famille proche. « J’avoue que cela aurait été plus facile et que mon entourage l’aurait mieux compris s’il avait été un membre de ma famille, mais pour moi, il n’était qu’une autre âme », affirme-t-elle avec conviction. L’idée que cet événement se produise dans son entourage immédiat la conforte dans sa vision du monde : « Le fait que cela soit arrivé à une personne proche m’a fait penser que rien n’était une coïncidence, mais une causalité, et j’ai pensé que si la vie avait apporté cela à mon environnement proche, ce serait pour une raison. »
« Je pensais que si la vie avait amené cela dans mon environnement immédiat, ce serait pour une raison. »
Asun Ariznabarreta
Avant de prendre sa décision, Asun s’est renseignée en profondeur. Elle avait déjà entendu parler de dons de rein vivants quelques années auparavant. Elle a contacté l’association ALCER (Association pour la Lutte contre les Maladies Rénales en Catalogne) où elle a rencontré des donneurs et leurs receveurs. Les témoignages positifs sur la qualité de vie des donneurs et l’amélioration spectaculaire pour les receveurs l’ont convaincue. « Ils m’ont tous dit qu’ils menaient une vie normale et que la qualité de vie du receveur était très différente », confirme-t-elle.
Le processus de don a été rigoureux, avec de nombreux examens médicaux et entretiens pour s’assurer de l’altruisme de la démarche et de l’absence de contrepartie financière. « Ils m’ont dit qu’ils avaient exclu 90 % des personnes qui proposaient de faire un don, car ils s’assuraient que le donneur ne perdrait pas sa qualité de vie en se retrouvant avec un seul rein », précise Asun.
Quelques semaines seulement après sa décision, Asun a été opérée. L’intervention s’est déroulée sans encombre et elle est actuellement en phase de convalescence. Elle confie ressentir une certaine fatigue, mais surtout une profonde catharsis émotionnelle et physique. « J’ai vécu un deuil, parce qu’on a donné une partie de son corps et le corps doit s’adapter », explique-t-elle.
Ce parcours initiatique a également renforcé sa confiance en elle et en ses valeurs. Elle dit désormais mieux écouter son intuition, même si ses choix diffèrent de ceux de son entourage. C’est cette force intérieure qui l’a poussée à partager son histoire, dans l’espoir d’inspirer d’autres personnes. « La retraite me paraît une période merveilleuse, le temps passe très vite et je me demande ce qui est important pour moi avant de mourir ; je me dis qu’il ne faut pas remettre les choses au mois prochain. »
« Le temps passe très vite et je me demande ce qui est important pour moi avant de mourir ; Il n’est pas nécessaire de reporter les choses au mois prochain. »
Asun Ariznabarreta
Asun n’en est pas à son premier acte de générosité. Diplômée en psychologie et ancienne fonctionnaire, elle s’est engagée bénévolement auprès de la Paliaclinic, une fondation qui accompagne les personnes en fin de vie. « On s’adapte aux besoins de l’autre, cela m’apporte un enrichissement personnel incroyable, et on se rend compte que chaque personne est un monde et que chaque besoin est différent. »
Le voisin d’Asun, aujourd’hui en voie de guérison, la considère comme une seconde sœur. Malgré les appréhensions initiales de son entourage, Asun a pu compter sur leur soutien. « J’ai envisagé de l’expliquer alors que c’était déjà arrivé, pour ne pas les faire souffrir, mais je voulais les aider et je suis très fière de l’avoir fait », conclut-elle.
Asun Ariznabarreta souhaite encourager d’autres personnes à envisager le don d’organe vivant : « Je sais que ce n’est pas facile parce que c’est très effrayant, mais actuellement il y a beaucoup de personnes sur la liste d’attente pour recevoir un rein, il en faut beaucoup, et le recevoir d’un donneur vivant fait une grande différence. »