Publié le 5 novembre 2025. Un rapport d’économistes, dont des lauréats du prix Nobel, tire la sonnette d’alarme sur l’aggravation des inégalités mondiales, appelant à une intervention d’urgence des États. La pandémie de COVID-19 et d’autres crises ont amplifié un phénomène déjà préoccupant, creusant l’écart entre les plus riches et le reste de la population.
- Les inégalités augmentent dans plus de 80 % des pays du monde, affectant 90 % de la population mondiale.
- Durant la période 2000-2024, les 1 % les plus riches ont capté 41 % des nouvelles richesses mondiales, tandis que les 50 % les plus pauvres n’ont reçu que 1 %.
- Les économistes plaident pour la création d’une agence transnationale indépendante, sur le modèle du GIEC, afin de surveiller et de proposer des solutions face aux inégalités.
Alors que les crises mondiales majeures ont parfois le potentiel de redistribuer les richesses, le succès humain dans leur surmontement semble paradoxalement exacerber les inégalités. La pandémie de COVID-19, les conflits et les tensions commerciales ont créé une conjonction de facteurs qui aggravent la pauvreté et l’écart entre les plus fortunés et les plus démunis. Cette tendance est particulièrement visible dans la répartition des richesses : entre 2000 et 2024, les 1 % les plus aisés ont bénéficié de 41 % des nouvelles richesses créées, alors que les 50 % les moins aisés n’ont vu qu’une infime partie de ces gains leur parvenir. La réduction de la pauvreté mondiale, quasiment à l’arrêt depuis 2020, est même en recul dans certaines régions, avec une insécurité alimentaire croissante touchant des millions de personnes, tandis que la fortune des milliardaires atteint des sommets inédits.
Le rapport, dont l’un des auteurs est le prix Nobel Joseph Stiglitz, souligne que cette situation n’est pas seulement une question d’équité, mais qu’elle menace la cohésion sociale, la stabilité économique et le fonctionnement démocratique. Les pays où les inégalités sont les plus marquées présentent un risque sept fois plus élevé de déclin démocratique que leurs homologues plus égalitaires. L’héritage constitue également un facteur d’aggravation à l’avenir : plus de 70 000 milliards de dollars devraient être transmis par succession au cours de la prochaine décennie, renforçant potentiellement la concentration des richesses et limitant la mobilité sociale, en l’absence de dispositifs fiscaux adéquats.
Face à ce constat alarmant, les économistes préconisent une action concertée au niveau international. Ils proposent l’établissement d’un groupe d’experts sur les inégalités, inspiré par le modèle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce nouveau groupe aurait pour mission de suivre les causes et les conséquences des inégalités, et de fournir des analyses et des recommandations aux gouvernements et aux décideurs politiques. Des discussions seraient en cours pour un soutien de plusieurs pays membres du G20 à la création d’une telle organisation indépendante avant la réunion ministérielle de novembre. Cependant, la position des États-Unis reste incertaine, notamment suite à l’annonce de la non-participation de Donald Trump au sommet du G20.