Le gouverneur de l’Illinois, JB Pritzker, a vivement critiqué le président Donald J. Trump, affirmant que ce dernier devrait être démis de ses fonctions en vertu du 25e amendement de la Constitution américaine. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions politiques accrues, suite à une proposition controversée de Trump concernant l’utilisation de villes comme Chicago comme « camps d’entraînement » pour les forces militaires fédérales.
Chicago, le 2 octobre 2025 – Washington et l’Illinois sont secoués par une tempête politique. Le gouverneur démocrate de l’Illinois, JB Pritzker, a lancé une attaque cinglante contre le président Donald J. Trump, déclarant le chef de l’exécutif américain incapable d’exercer ses fonctions et appelant à sa destitution via le 25e amendement de la Constitution des États-Unis.
L’étincelle a jailli ces derniers jours lorsque Donald Trump a suggéré que des villes telles que Chicago, sous la juridiction de Pritzker, pourraient servir de « camps d’entraînement » pour les forces militaires fédérales. Cette idée, jugée extrême et provocatrice, a immédiatement suscité de vives réactions au sein des institutions. Le gouverneur de l’Illinois se positionne désormais parmi les opposants les plus virulents à cette proposition.
Lors d’une conférence de presse convoquée en urgence dans la capitale de l’État, Springfield, JB Pritzker a haussé le ton : « Envoyer des troupes dans nos villes sous prétexte de « camps d’entraînement » est un fantasme qui relève davantage de la propagande. » Le gouverneur a comparé les agissements de Trump à ceux du dirigeant russe Vladimir Poutine et a exprimé de sérieuses inquiétudes quant à la santé mentale du président américain. « Il me semble que Trump développe non seulement une démence, mais qu’il adopte des tactiques autoritaires classiques », a-t-il affirmé, une déclaration qui a provoqué une onde de choc, notamment en raison de la référence directe à l’état psychophysique du président.
Allant au cœur de son attaque, Pritzker a déclaré : « Il y a quelque chose qui ne va pas avec cet homme, et le 25e amendement devrait être invoqué. » Il propose explicitement que le vice-président et la majorité du Cabinet – les acteurs prévus par l’amendement – déclarent que Trump n’est plus en mesure d’exercer ses fonctions exécutives.
Ce n’est pas la première fois que Pritzker s’oppose fermement à Trump. Précédemment, lors des événements du Capitole le 6 janvier 2021, le gouverneur avait déjà demandé la mise en accusation et la destitution immédiate du président, qu’il accusait d’avoir encouragé la violence.
Comprendre le 25e amendement
Pour saisir toute la portée de la demande de Pritzker, il est nécessaire de revenir sur les dispositions du 25e amendement de la Constitution américaine. Ratifié en 1967, cet amendement régit les procédures de succession présidentielle et traite de l’incapacité du président à exercer ses fonctions.
Plus précisément, la Section 4 du 25e amendement permet au vice-président, avec l’appui de la majorité des « principaux responsables » (c’est-à-dire les membres du Cabinet), de soumettre une déclaration écrite indiquant que le président n’est plus apte à remplir ses fonctions. Dans ce cas, le vice-président devient immédiatement « président par intérim ». Si le président conteste cette déclaration, il revient au Congrès de décider, dans un délai imparti, de confirmer ou de rejeter ladite déclaration.
Il s’agit d’une procédure extraordinaire, jamais utilisée à ce jour pour destituer un président. Elle présente des obstacles politiques et pratiques considérables, nécessitant un consentement interne, l’adhésion de personnalités gouvernementales de haut rang et une évaluation très délicate de la compétence et de l’état du président.
Dans le cas présent, Pritzker invoque la Section 4 comme un outil nécessaire pour souligner, selon lui, l’urgence de la situation et l’impossibilité pour Trump de continuer à détenir le pouvoir exécutif dans un contexte politique qu’il juge critique.
Réactions et perspectives
Sans surprise, les partisans du président ont réagi, dénonçant Pritzker comme une figure en quête de visibilité politique, voire comme un acteur incitant à la subversion institutionnelle. Certains Républicains ont alerté sur le fait que les propos du gouverneur risquent d’alimenter une crise constitutionnelle, sapant le pouvoir des institutions démocratiques ordinaires.
Des commentateurs constitutionnalistes ont également mis en garde : l’invocation du 25e amendement nécessiterait la signature de nombreux membres du Cabinet et un consensus très large, des conditions difficiles à réunir dans le climat de polarisation actuel. D’autres rappellent que la procédure de mise en accusation (impeachment) reste une voie plus « conventionnelle » et viable pour destituer un président accusé d’abus ou de violations de son mandat constitutionnel.
Du côté démocrate, JB Pritzker a reçu des éloges et le soutien de divers cercles. Les organisations progressistes et les analystes des droits civiques ont salué sa position comme l’une des plus claires exprimées jusqu’à présent par des dirigeants de premier plan. Certains y voient un avertissement nécessaire face au risque d’érosion du système constitutionnel américain par des dérives autoritaires.
Parmi ses soutiens figurent également certains membres du Congrès et des personnalités démocrates de l’Illinois, qui dénoncent depuis longtemps les politiques fédérales jugées agressives en matière d’immigration, de droits civils et d’usage de la force par les forces de l’ordre locales.
L’attaque de Pritzker ne se limite pas à la personne de Trump ; elle reflète une tension latente de longue date entre le gouvernement fédéral et les autorités des États, particulièrement dans les États dirigés par des gouverneurs démocrates qui s’opposent souvent aux interventions centrales jugées excessives ou illégitimes.
L’idée d’utiliser des troupes fédérales dans des villes comme Chicago est perçue comme une menace à la souveraineté locale. L’usage des forces armées fédérales en milieu urbain soulève des questions complexes de constitutionnalisme, d’usage de la police, de libertés civiles et de la responsabilité de l’État central envers ses villes.
Le fait que Trump ait évoqué cette option a déclenché une alerte pour beaucoup. Si cette perspective est considérée comme réaliste et non comme une simple rhétorique, elle pourrait redéfinir les limites du pouvoir exécutif et créer une crise des pouvoirs fédéraux. Dans ce contexte, Pritzker se positionne non seulement comme un critique du président, mais aussi comme un gardien symbolique du droit des États à résister à ce qu’il considère comme une expérience potentiellement illibérale.
Les différents scénarios
La question cruciale demeure : dans quelle mesure la demande de Pritzker peut-elle se traduire par une procédure concrète de destitution ? Plusieurs scénarios sont envisageables.
Scénario marginal : Le président ou ses alliés ignorent la demande. Le vice-président et les membres du Cabinet ne prennent pas position ou s’y opposent. L’idée reste une déclaration politique sans suite institutionnelle.
Scénario contesté : Un débat s’ouvre au sein du Cabinet et du Congrès. Certains responsables évaluent sérieusement l’option, mais le manque de consensus bloque le processus. Des batailles juridiques et constitutionnelles émergent, le Congrès étant appelé à trancher.
Scénario radical : La majorité des membres du Cabinet estime que Trump n’est plus apte à gouverner et transmet la déclaration requise par le 25e amendement. Le vice-président assume le rôle de président par intérim. Le Congrès, après débat, décide de confirmer ou de rejeter cette initiative.
Quel que soit le scénario, cet épisode restera marqué dans l’histoire comme un moment de conflit institutionnel aigu. Si la menace d’invoquer le 25e amendement est avant tout politique, elle témoigne également du niveau d’inquiétude d’une partie du pays face à la figure présidentielle actuelle.
L’appel du gouverneur Pritzker rappelle que, même dans une démocratie solidement établie, la stabilité constitutionnelle n’est pas un acquis garanti. L’idée qu’un président en exercice puisse être déclaré « inapte » par ses propres ministres et remplacé, même temporairement, évoque des scénarios qui semblaient autrefois confinés à la théorie politique la plus radicale.
D’une part, cette démarche traduit une profonde fracture : la défiance envers Trump n’est plus seulement d’ordre politique, mais – selon Pritzker et d’autres – structurelle, liée à son incapacité présumée à assumer la fonction présidentielle. D’autre part, elle risque de générer une crise institutionnelle aux conséquences imprévisibles, où l’usage ou la menace de l’amendement devient un outil de pouvoir, peut-être plus symbolique que concret.
Il reste à déterminer si l’appel du gouverneur se transformera en acte formel, ou s’il sera classé sans suite comme un geste extrême de dénonciation politique. Quoi qu’il en soit, cet épisode marque un tournant dans le débat sur la nature, les limites et les garanties du pouvoir présidentiel aux États-Unis au 21e siècle.