Après plus de vingt ans de gestation et de nombreux retards, le Grand Musée égyptien (GEM) a enfin ouvert ses portes, promettant de devenir un phare pour le tourisme égyptien. Inauguré samedi dernier dans un faste à la mesure de son ambition, ce colossal complexe d’un milliard de dollars, situé aux portes du Caire, abrite une collection sans précédent consacrée à une seule civilisation.
La cérémonie d’ouverture, en présence du président Abdel Fattah al-Sissi et de nombreuses dignités, a été marquée par un spectacle grandiose. Des artistes, parés de tuniques rappelant les fresques anciennes, ont accueilli les invités sur la place du musée, tandis que des pyramides monumentales se dressaient en toile de fond. Un ballet de lumières, de musique et de feux d’artifice a illuminé le ciel nocturne, projetant sur des écrans géants des images des célébrations, parfois en écho avec d’autres villes du monde. Des centaines d’artistes ont défilé dans des costumes pharaoniques élaborés, interprétant des airs traditionnels, dans une mise en scène célébrant « le génie de l’humain égyptien ».
« Aujourd’hui, alors que nous célébrons ensemble l’ouverture du Grand Musée égyptien, nous écrivons un nouveau chapitre de l’histoire du présent et du futur », a déclaré le président al-Sissi, soulignant la portée symbolique de cet événement. Ce musée, véritable « rêve devenu réalité » selon le Premier ministre Mostafa Madbouly, est perçu comme un levier essentiel pour relancer l’économie égyptienne, fragilisée par les aléas des quinze dernières années.
Érigé sur près de 500 000 mètres carrés, à flanc de colline dominant le plateau de Gizeh, le GEM a bénéficié d’un soutien financier et technique majeur du Japon. Sa construction et sa mise en œuvre ont été particulièrement intenses au cours des sept à huit dernières années, malgré les contretemps liés aux troubles politiques, aux conflits régionaux et à la pandémie de Covid-19. Ces péripéties expliquent en partie les retards accumulés depuis plus de deux décennies.
Le GEM se distingue par sa muséographie novatrice. Il présentera plus de 100 000 objets, dont la moitié sera exposée, constituant la plus grande collection au monde dédiée à l’Égypte antique. Les visiteurs déambuleront dans de vastes salles lumineuses, aux hauts plafonds, dont les murs couleur sable évoquent le désert environnant. Au cœur de l’atrium principal trône une statue de 83 tonnes de Ramsès II, pharaon de l’âge d’or égyptien. Contrairement à l’ancien musée du centre-ville, plus exigu, le GEM propose des espaces immersifs, un éclairage de précision, des expositions en réalité virtuelle et un musée dédié aux enfants. Un laboratoire de conservation, visible par les visiteurs, permettra d’observer les restaurateurs à l’œuvre sur un bateau solaire de 4 500 ans, destiné à transporter l’âme du pharaon dans l’au-delà.
La pièce maîtresse de cette nouvelle institution est sans conteste la collection complète du trésor de Toutânkhamon, réunissant plus de 5 000 objets, dont beaucoup sont exposés pour la première fois ensemble. Ces trésors funéraires, autrefois dispersés, sont désormais accessibles au public depuis mardi.
Le secteur touristique, crucial pour l’Égypte, a été durement éprouvé depuis le soulèvement de 2011 et les périodes d’instabilité qui ont suivi. Malgré cela, il montre des signes de reprise notables. Les neuf premiers mois de 2025 ont vu 15 millions de visiteurs affluer, générant 12,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 21 % par rapport à l’année précédente. Le ministre du Tourisme, Chérif Fathy, anticipe 18 millions de touristes d’ici la fin de l’année. Il espère que le GEM attirera à lui seul cinq millions de visiteurs annuels, un chiffre qui pourrait passer de 5 000-6 000 visiteurs quotidiens à 15 000.