Un juge fédéral a bloqué temporairement, jeudi, les tentatives du Pentagone de sanctionner le sénateur démocrate Mark Kelly, ancien pilote de la Marine, pour avoir participé à une vidéo encourageant les militaires à refuser les ordres illégaux. Cette décision intervient après une plainte déposée par le sénateur de l’Arizona, estimant que le Pentagone violait sa liberté d’expression.
Le juge Richard Leon a estimé que les actions du Pentagone menaçaient les libertés constitutionnelles de millions de militaires à la retraite. Il a jugé que le discours de Kelly était pleinement protégé par le Premier Amendement de la Constitution américaine.
En novembre dernier, Kelly et cinq autres élus démocrates avaient participé à une vidéo appelant les troupes à respecter la Constitution et à ne pas exécuter d’ordres illégaux émanant de l’administration Trump. Donald Trump avait alors accusé ces élus de sédition, menaçant d’une peine de mort sur les réseaux sociaux.
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait annoncé une procédure de censure à l’encontre de Kelly, une mesure qui aurait pu entraîner une rétrogradation de son grade de capitaine à la retraite et une réduction de sa pension. Hegseth avait justifié cette sanction comme une « étape nécessaire ».
Le juge Leon a rejeté cet argument, qualifiant l’approche du Pentagone de « plumes de cheval ! » et soulignant l’importance de la contribution des anciens militaires aux débats publics sur les questions de défense. Il a ajouté : « Plutôt que de chercher à restreindre les libertés constitutionnelles des militaires retraités, le secrétaire Hegseth et ses collègues devraient reconnaître la sagesse et l’expertise qu’ils apportent à notre nation depuis 250 ans. »
Kelly a réagi à la décision de justice par un message vidéo, soulignant que l’affaire ne le concernait pas uniquement. Il a dénoncé une tentative de l’administration de faire taire des millions d’anciens combattants sous peine de censure ou de rétrogradation. « Cela n’est peut-être pas encore terminé, car ce président et cette administration ne savent pas comment admettre leurs torts », a-t-il déclaré.
La vidéo initiale, d’une durée de 90 secondes, avait été diffusée sur le compte d’une plateforme sociale appartenant à la sénatrice Elissa Slotkin (Michigan). D’autres élus, dont Jason Crow (Colorado), Chris Deluzio (Pennsylvanie), Maggie Goodlander (New Hampshire) et Chrissy Houlahan (Pennsylvanie), y étaient également présents. Tous sont d’anciens militaires ou ont servi dans les agences de renseignement.
Le Pentagone avait lancé une enquête sur Kelly fin novembre, invoquant une loi fédérale permettant de rappeler au service actif les militaires retraités sur ordre du secrétaire à la Défense, en vue d’une éventuelle cour martiale ou d’autres sanctions. Hegseth avait justifié cette enquête en expliquant que Kelly était le seul des six élus à être toujours sous la juridiction du Pentagone, en raison de son statut de militaire officiellement retraité.
Les avocats de Kelly ont dénoncé une attaque sans précédent contre le droit des anciens combattants à débattre publiquement des questions de sécurité nationale, qualifiant la tentative de censure et de réduction de pension d’« inacceptable ». Ils ont affirmé que le Pentagone revendiquait un « pouvoir absolu et irrévocable » pour sanctionner un élu pour des propos qui déplaisent à l’exécutif.
Le ministère de la Défense, quant à lui, a soutenu que l’affaire ne concernait pas la liberté d’expression, mais plutôt un officier militaire à la retraite cherchant à éviter les conséquences de ses actions.
Outre Hegseth, le ministère de la Défense, le secrétaire à la Marine John Phelan et la Marine sont cités comme défendeurs dans le procès. Le juge Leon, nommé par le président George W. Bush, n’a pas immédiatement reçu de réponse du Pentagone à une demande de commentaires sur sa décision.