Publié le 21 février 2024 à 02h42. Des chercheurs ont découvert que les perroquets à cou jaune utilisent des règles syntaxiques dans leurs vocalisations, remettant en question l’idée que le langage complexe est une capacité exclusivement humaine. Cette avancée, issue d’une étude menée au Costa Rica, ouvre de nouvelles perspectives sur l’évolution de la communication animale.
- Les perroquets à cou jaune organisent leurs duos de cris selon des modèles structurés comparables à ceux du langage humain.
- L’analyse des vocalisations a révélé l’existence de règles combinatoires, avec des séquences d’appels prévisibles et d’autres évitées.
- Cette découverte souligne l’importance de protéger non seulement les populations de perroquets, mais aussi leur système de communication complexe.
Une équipe de chercheurs a mis en évidence une organisation linguistique insoupçonnée chez les perroquets à cou jaune (Amazona auropalliata), une espèce menacée d’extinction. L’étude, dont les résultats ont été publiés par la revue Très intéressant, révèle que ces oiseaux, dans leur habitat naturel, ne se contentent pas d’émettre des sons aléatoires, mais suivent des schémas structurés dans leurs vocalisations.
L’étude s’est concentrée sur les duos de cris émis par les couples de perroquets, en particulier pendant la saison de reproduction, période où les interactions vocales sont les plus intenses. Les chercheurs ont enregistré les vocalisations de 13 couples reproducteurs entre 2006 et 2008 dans le nord-ouest du Costa Rica. Après un filtrage rigoureux pour garantir la qualité des enregistrements, 52 duos de cris ont été analysés à l’aide de spectrogrammes et d’une écoute attentive, en évaluant des paramètres tels que la durée, la fréquence et la structure harmonique.
Les perroquets à cou jaune présentent un cerveau relativement volumineux, une longue durée de vie, une capacité d’apprentissage vocal continue et une structure sociale dite de fission-fusion, caractérisée par des regroupements et des séparations dynamiques. Ces caractéristiques, associées à la complexité de leur environnement social, suggèrent que ces oiseaux pourraient avoir développé des systèmes de communication sophistiqués.
L’analyse a permis d’identifier 36 types d’appels différents, ainsi que des variantes plus rares. Les chercheurs ont constaté que la répartition de ces appels n’était pas aléatoire. Dans plus de la moitié des cas, les femelles et les mâles produisaient certains sons de manière distincte, révélant un biais sexuel dans la communication. De plus, un schéma d’alternance clair a été observé, où la femelle initie généralement la séquence et le mâle y répond peu après, témoignant d’une coordination en temps réel.
Pour décrypter la structure de ces vocalisations, les chercheurs ont utilisé Voyant Tools, un logiciel d’analyse textuelle initialement conçu pour l’étude des langues humaines. Cet outil a permis d’identifier des « règles combinatoires » dans la séquence des appels, c’est-à-dire des tendances à répéter certains sons ensemble ou à éviter certaines associations. L’analyse statistique a révélé 19 collocations positives (types d’appels qui coïncident plus souvent que prévu) et quatre collocations négatives (appels qui ne se produisent jamais ensemble).
Les résultats indiquent que les vocalisations des perroquets ne sont pas formées au hasard. Selon les chercheurs, cités par Très intéressant :
« Ces duos sont marqués par un large lexique de 36 types d’appels, avec des variantes supplémentaires. »
Chercheurs (Très intéressant)
Ce répertoire dépasse largement les quatre types d’appels présents dans les duos primaires, témoignant d’une complexité considérable.
Bien que l’étude ait mis en évidence une organisation syntaxique des vocalisations, elle n’a pas démontré l’existence d’une sémantique définie pour chaque appel ou combinaison. La structure observée concerne l’ordre des éléments, mais pas nécessairement leur signification. La syntaxe, dans ce contexte, fait référence aux règles qui régissent la manière dont les unités de communication sont ordonnées et combinées, tandis que la sémantique concerne l’attribution d’une signification spécifique à chaque signal.
Cette découverte renforce l’hypothèse selon laquelle la syntaxe combinatoire peut exister chez les animaux dotés de sociétés complexes, élargissant ainsi notre compréhension de l’évolution du langage au-delà de l’espèce humaine. Les chercheurs soulignent que cette syntaxe est à la fois structurée et flexible, avec seulement deux duos sur 54 suivant des séquences identiques, les autres présentant des variations uniques tout en respectant les règles combinatoires.
La protection du perroquet à cou jaune est cruciale, non seulement en raison de la menace qui pèse sur son habitat et de la capture illégale, mais aussi pour préserver son système de communication unique. La préservation de cette espèce implique de protéger le cadre complexe d’interactions et d’apprentissage vocal qui constitue un patrimoine biologique inestimable.