Publié le 19 janvier 2026. La ville de Baguio, aux Philippines, se distingue par une législation pionnière visant à lutter contre l’utilisation abusive de projets financés par des fonds publics à des fins de promotion politique, une pratique communément appelée « épal ». Un conseiller municipal cherche désormais à renforcer cette loi, alors que le gouvernement national relance sa propre campagne contre ce phénomène.
- Baguio a adopté une ordonnance interdisant l’affichage de noms ou d’images de politiciens sur les projets publics dès 2012.
- Un conseiller municipal propose d’étendre cette interdiction aux propriétés privées et aux périodes hors campagne électorale.
- Cette initiative intervient dans un contexte de répression nationale contre les pratiques « épal », jugées trompeuses et nuisibles à la confiance du public.
Bien avant que le gouvernement philippin ne prenne des mesures énergiques contre les pratiques d’« épal » – un terme péjoratif désignant l’autopromotion excessive des politiciens sur des projets publics – la ville de Baguio avait déjà pris le problème à cœur. En 2012, le conseil municipal a promulgué l’ordonnance n° 33-2012, officiellement intitulée « Ordonnance sur l’interdiction de dénomination et d’interdiction de signalisation sur les travaux et les propriétés publiques ». Cette loi, à l’origine portée par le vice-maire de l’époque, Daniel Fariñas, et le conseiller Fred Bagbagen, a été adoptée sous l’administration de l’ancien maire Mauricio Domogan.
Promulguée le 1er août 2012, après son adoption le 9 juillet, cette ordonnance interdit formellement l’apposition de noms, d’initiales, d’images ou de photos de politiciens, de fonctionnaires ou de particuliers sur les infrastructures et les biens publics, tels que les bâtiments, les routes, les ponts, les marchés, les salles de classe, les terminaux de transport et les abribus. L’interdiction s’étend également aux équipements et véhicules publics, notamment le matériel de construction, les ambulances, les véhicules de police, les autobus et le matériel hospitalier. Enfin, elle concerne les programmes et projets financés par l’État.
L’ordonnance s’appuie sur la circulaire n° 2010-101 du ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales, émise sous l’administration d’Aquino. Cette circulaire mettait en garde contre l’utilisation abusive des noms et des images des politiciens sur les projets gouvernementaux, une pratique susceptible d’induire le public en erreur en lui faisant croire que ces projets étaient financés par le secteur privé. La note explicative souligne que les projets publics sont financés par les contribuables et ne doivent pas servir à promouvoir des intérêts personnels ou politiques, une pratique jugée « trompeuse, voire contraire à l’éthique » et préjudiciable à la confiance du public.
Les contrevenants à cette loi s’exposent à des sanctions allant d’une amende de 5 000 pesos (environ 88 euros) et d’une suspension d’un mois pour les politiciens et les fonctionnaires, à une amende de 3 000 pesos (environ 53 euros), une possible révocation de permis, ou jusqu’à 30 jours d’emprisonnement pour les particuliers ou les entrepreneurs.
L’initiative de Baguio intervient alors que le Département de l’Intérieur et des Collectivités Locales (DILG) a récemment réitéré l’interdiction d’afficher les noms ou les images des agents publics sur les projets financés par le gouvernement à l’échelle nationale, via la circulaire n° 2026-006. Ce rappel s’appuie sur la Constitution, la loi de la République n° 6713, les règles de la Commission d’Audit et la disposition anti-« épal » de la loi de crédits généraux de 2026.
D’autres villes, comme Naga et Pasig, ont déjà mis en œuvre des politiques similaires ces dernières années, suscitant un débat public sur l’autopromotion politique et la responsabilité. Dans ce contexte, le conseiller de Baguio, Fred Bagbagen, co-auteur de l’ordonnance de 2012, a déposé une proposition visant à élargir la portée de la loi actuelle. Rappler a suivi de près cette évolution.
La proposition de Bagbagen vise à étendre les règles anti-« épal » de Baguio aux propriétés publiques et privées, y compris les véhicules et les équipements, et à couvrir les affiches, les banderoles, les panneaux et autres supports utilisés en dehors des périodes de campagne électorale. Elle vise également à clarifier la définition d’une activité « épal » et à lutter contre la pollution visuelle et environnementale causée par une signalisation non réglementée. Bagbagen estime que l’autopromotion incontrôlée favorise les politiciens fortunés et compromet l’équité de la compétition politique.
Les sanctions prévues par la proposition d’ordonnance sont similaires à celles de 2012, incluant des amendes, une suspension ou une peine d’emprisonnement, ainsi que le retrait obligatoire des supports interdits. La proposition a été formellement transmise au secrétaire municipal pour inscription à l’ordre du jour du conseil municipal. Si elle est approuvée, elle actualisera et renforcera le cadre anti-« épal » de Baguio, qui existe depuis longtemps. – Rappler.com
