Les marchés obligataires ignorent pour l’instant le spectre de l’inflation
Malgré les inquiétudes d’une inflation accrue alimentée par les droits de douane, le marché obligataire affiche une sérénité surprenante. Les rendements demeurent proches de leurs plus bas annuels, signalant que les investisseurs privilégient une conjoncture économique en ralentissement plutôt qu’une pression inflationniste grandissante.
À l’heure actuelle, le récit dominant sur les marchés financiers semble être celui d’une économie en décélération, ce qui a pour effet de soutenir les prix des obligations et, par conséquent, de faire baisser leurs rendements. Cette tendance contraste avec les périodes où l’inflation prend le dessus, provoquant généralement une chute des cours obligataires et une envolée des rendements.
Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans, par exemple, s’est maintenu proche de son plus bas niveau de l’année, s’établissant à 4,03 % mardi. Cette indifférence apparente des marchés obligataires face au risque inflationniste se confirme par un rallye généralisé des obligations depuis le début de l’année 2025. Les données agrégées par des fonds négociés en bourse (ETF) indiquent une hausse généralisée des prix jusqu’au 14 octobre. En tête des performances, les obligations d’entreprises à long terme ont enregistré une progression de plus de 9 %.
Cette situation est en partie due aux indications récentes de la Réserve fédérale américaine (Fed). Le président de la Fed, Jerome Powell, a laissé entendre que la banque centrale pourrait bientôt mettre fin à la réduction de son bilan obligataire et a suggéré que de nouvelles baisses des taux d’intérêt étaient à l’horizon. Il a déclaré que les données post-réunion de juillet faisaient état d’un « marché du travail considérablement affaibli », plaçant « les deux risques [inflation et croissance] plus proches de l’équilibre ».
Les marchés à terme des fonds fédéraux anticipent désormais fortement des baisses de taux lors des deux prochaines réunions du Comité fédéral de marché ouvert (FOMC), avec des probabilités de 98 % pour la réunion du 29 octobre et de 95 % pour celle du 10 décembre.
L’incertitude principale réside actuellement dans la publication des données officielles sur l’inflation, retardées par la fermeture du gouvernement américain. Le rapport de septembre sur l’indice des prix à la consommation (IPC) était initialement prévu pour aujourd’hui, mais a été repoussé au 24 octobre. Les dernières données de l’IPC pour août suggèrent une légère accentuation de la pression sur les prix. L’indice des prix à la consommation a augmenté de 2,9 % en août, son rythme le plus rapide depuis janvier. L’indice des prix des biens et services a également connu une hausse, atteignant 3,1 % sur un an, un plus haut depuis février.
En revanche, les prix des produits importés affichent des hausses notables, alimentant les craintes d’une répercussion progressive des droits de douane sur l’IPC dans les mois à venir. Alberto Cavallo, professeur à l’université de Harvard, a souligné auprès de Reuters que « la plupart des coûts [plus élevés] [liés aux droits de douane] semblent être supportés par les entreprises américaines », avec une « pression à la hausse nette » sur les prix à la consommation.
Parallèlement, certains analystes prévoient une fin prochaine à la récente baisse des rendements du Trésor. Collin Martin, stratège obligataire au Schwab Center for Financial Research, estime que « les rendements à long terme ne baisseront pas beaucoup plus, voire pas du tout ». Il anticipe que « les bons du Trésor à 10 ans pourraient se maintenir au-dessus de 4 % même si la Fed réduit ses taux, principalement en raison de la persistance de l’inflation et de la résilience de l’économie globale ».