Alors que le marché privilégie de plus en plus les paris sur la croissance future au détriment de la solidité des bénéfices actuels, une tendance étonnante se dessine : les petites capitalisations aux bilans déficitaires surperforment leurs homologues rentables. Un signe que les investisseurs pourraient bien préférer deux idées spéculatives à une seule réalité tangible.
Cette dynamique, particulièrement marquée depuis début avril, voit les entreprises affichant des pertes devancer celles générant des profits. Torsten Slok, analyste chez Apollo, souligne cette anomalie avec une observation frappante : « Il se passe quelque chose de remarquable sur le marché des actions. Les cours des actions des sociétés ayant des bénéfices négatifs ont surperformé ces derniers mois les cours des actions des sociétés ayant des bénéfices positifs. »
Cette aversion au risque, ou plutôt cette quête audacieuse de rendements, se manifeste par une inclination croissante des investisseurs à se tourner vers des actifs plus spéculatifs. Plutôt que de s’appuyer sur des entreprises aux fondamentaux solides, ils misent désormais davantage sur les estimations de croissance future des bénéfices, délaissant la stabilité des profits réels. Le fonds géré par Cathy Wood, dont seulement six des quarante-six positions en actions ont dégagé des bénéfices positifs au cours des douze derniers mois, illustre cette stratégie. Bien que la comparaison avec les petites capitalisations soit délicate, le fonds ARKK investissant dans des sociétés innovantes en phase de développement, où le potentiel de croissance prime souvent sur les bénéfices immédiats, cette approche reflète une tendance de fond.
Cette divergence entre les entreprises rentables et non rentables invite à la réflexion, soulevant la question ancestrale : « Est-ce qu’un oiseau dans la main en vaut deux dans la brousse ? » À en juger par la réaction du marché, la réponse semble être un retentissant « non ». Reste à savoir si cette audace sera payante.
IPC et perspectives pour la semaine à venir
Vendredi dernier, malgré la fermeture du gouvernement, le Bureau des statistiques du travail (BLS) a publié son rapport sur l’inflation, qualifié d’« exception rare ». L’indice des prix à la consommation (IPC) s’est révélé inférieur aux attentes, affichant une hausse de 0,2 % en août, après une progression de 0,3 %. Ces données ont eu un impact limité sur le marché obligataire, probablement en raison de leur caractère obsolète et de leur faible influence sur les décisions attendues de la Réserve fédérale (Fed) lors de sa réunion du Comité fédéral de marché ouvert (FOMC) cette semaine.
Un facteur clé contribuant à la modération de l’inflation reste la décélération des prix du logement. Compte tenu du décalage important dans la publication des données relatives au logement, qui représentent 40 % de l’IPC, il est probable que la baisse de ces prix se poursuive encore plusieurs mois.
La persistance de la fermeture du gouvernement devrait continuer de peser sur la publication des données économiques. Le rapport sur l’emploi est attendu d’ici une à deux semaines, indépendamment de la fin du blocage. La Fed, quant à elle, se réunit mercredi, et les marchés anticipent à près de 100 % une hausse des taux directeurs de 25 points de base. Au vu des récentes déclarations de Jerome Powell sur le resserrement quantitatif (QT) et des signes de raréfaction des liquidités, il est plausible que la Fed annonce un plan de fin du QT d’ici la fin de l’année, voire qu’elle y mette un terme dès cette réunion.
Les résultats d’entreprises à la loupe
La semaine s’annonce riche en publications de résultats d’entreprises, avec notamment les rapports des géants de la technologie. Les dates clés à retenir sont :
- Mardi : Visa et Unitedhealth
- Mercredi : Microsoft, Meta, Google et Caterpillar
- Jeudi : Apple, Amazon, Eli Lilly et Mastercard
- Vendredi : Exxon Mobil, AbbVie et Chevron
Comme le souligne un tweet partagé ci-dessous, la semaine prochaine marquera le pic des annonces de résultats pour ce cycle. Il est également noté que le pourcentage d’entreprises confrontées à des interdictions de rachat d’actions devrait diminuer rapidement dans les semaines à venir.