Home International Le mari canadien de Suzanne Somers est devenu un « jumeau IA » de la défunte actrice. Est-ce faux ?

Le mari canadien de Suzanne Somers est devenu un « jumeau IA » de la défunte actrice. Est-ce faux ?

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Publié le 2025-11-01 09:00:00. Un projet d’« IA jumelle » de l’actrice Suzanne Somers, décédée en 2023, par son époux Alan Hamel, soulève un débat éthique complexe sur la réincarnation numérique d’individus disparus et ses implications pour la société.

  • Le Canadien Alan Hamel a créé une intelligence artificielle à l’image de sa défunte épouse, Suzanne Somers, pour interagir avec ses fans.
  • Cette initiative suscite des interrogations éthiques quant à la frontière entre la réalité et la simulation, et le risque d’aggraver l’isolement social.
  • La technologie des « deadbots » ou « fantômes IA » est en plein essor, mais reste largement non réglementée, soulevant des préoccupations quant à son utilisation future.

Alan Hamel, artiste canadien et figure médiatique, a révélé avoir développé une intelligence artificielle conçue pour ressembler à Suzanne Somers, son épouse disparue en 2023 des suites d’un cancer du sein. Formé à partir des écrits et interviews de l’actrice hollywoodienne, ce « jumeau IA » est destiné à interagir 24 heures sur 24 avec les admirateurs de celle qui fut sa compagne pendant 55 ans. Selon Hamel, la ressemblance est telle que « quand vous regardez le modèle terminé à côté de la vraie Suzanne, vous ne pouvez pas faire la différence ». Le projet, qui serait une idée de Suzanne Somers elle-même, verra bientôt le jour sur un site web dédié.

Cette démarche soulève d’importantes questions éthiques, comme le souligne Catharina Doria, experte en éthique de l’IA. Elle met en garde contre une approche hâtive, rappelant le récent émoi suscité par des vidéos générées par IA de personnalités décédées, à l’instar de celle de Robin Williams, dont la fille s’est dite « dégoûtée ». Doria pointe du doigt la complexité inhérente à de tels projets, où « vingt millions de niveaux de complexité » sont en jeu. Elle s’inquiète de la difficulté croissante pour le public à distinguer le réel du virtuel en ligne, citant l’exemple d’un pasteur américain ayant utilisé une vidéo IA de Charlie Kirk pour lui faire tenir des propos inédits, semant la confusion parmi les spectateurs. L’éthicienne insiste sur la nécessité d’une « éducation à l’IA » pour que les individus comprennent la nature de ces interactions.

Catharina Doria voit dans la prolifération de ces « deadbots » un risque d’aggraver la « pandémie de solitude », en poussant les individus plus profondément dans l’isolement. Elle compare cette tendance à celle des applications de type Character.AI, qui permettent d’échanger avec des avatars de célébrités ou de personnages fictifs, et où certains utilisateurs développent même des relations amoureuses. « La crainte que nous avons, en tant qu’experts en éthique de l’IA, c’est que cela éloigne les gens de la société, du monde réel et de l’amour humain authentique », affirme-t-elle.

Des entreprises telles qu’Eternos, StoryFile et HereAfter AI exploitent déjà ce filon en proposant des avatars IA réalistes pour les personnes endeuillées. En accédant aux données numériques laissées par les défunts, elles peuvent ainsi créer des « robots de deuil » ou « fantômes IA » imitant leur personnalité. Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont alerté sur les risques potentiels de ces technologies, notamment la possibilité pour les entreprises de les utiliser à des fins publicitaires ou d’envoyer des spams non sollicités aux proches. Jason Millar, expert en robotique et IA à l’Université d’Ottawa, appelle à une réflexion sur la gestion de notre empreinte numérique après la mort. Il reconnaît l’attrait du clonage numérique, mais craint que cela n’entrave le processus de deuil et la guérison. Ce phénomène soulève également des questions juridiques et éthiques : qui aurait le droit de désactiver un tel avatar si des personnes s’y sont attachées ? Millar dénonce un vide réglementaire actuel, soulignant qu’« il n’existe absolument aucune réglementation interdisant à quiconque de faire cela à l’heure actuelle, à ma connaissance ».

James Hutson, spécialiste de l’IA à l’Université Lindenwood, observe que la technologie des jumeaux IA brouille les lignes entre les robots « morts » et ceux créés à des fins commerciales ou de divertissement. Il anticipe une montée en puissance de ces technologies à mesure que leur utilisation deviendra plus accessible, y voyant une continuation du désir humain ancestral de préserver le lien avec les êtres chers disparus, à l’image des masques mortuaires utilisés au Moyen Âge. Ses recherches sur la perception des avatars IA révèlent une forte réticence à l’égard de l’IA « incarnée », c’est-à-dire sous forme robotique physique. Cependant, il estime que cette perception pourrait évoluer avec la banalisation de ces technologies : « C’est la prochaine étape, n’est-ce pas ? Voulez-vous que votre conscience numérique, pour ainsi dire, perdure dans le monde matériel grâce à une sorte de robotique ? »

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