Publié le 2024-07-18 18:16:00. Les projets de logiciels libres sont submergés par un afflux de code généré par l’intelligence artificielle, posant des défis majeurs aux développeurs qui doivent trier des contributions souvent inutiles et chronophages. L’équipe du moteur de jeu Godot tire la sonnette d’alarme face à cette situation.
- L’équipe de Godot est submergée par des propositions de code générées par l’IA, rendant difficile la gestion du projet.
- Le phénomène affecte également d’autres projets open source comme Blender et les programmes de bug bounty de cURL.
- Les développeurs cherchent des solutions, allant de l’automatisation à un financement accru pour les mainteneurs.
L’essence même des logiciels open source repose sur la contribution collaborative d’une communauté mondiale de développeurs. Cependant, l’essor de l’intelligence artificielle et la facilité avec laquelle elle peut générer du code ont conduit à une vague de propositions de modifications (appelées « pull requests ») de qualité variable, voire inutiles, inondant les projets. Le moteur de jeu Godot, dont le code source est hébergé sur GitHub, est particulièrement touché.
« Honnêtement, les propositions de code générées par l’IA sont de plus en plus épuisantes et démoralisantes pour les mainteneurs de #Godot », a déclaré Rémi Verschelde, développeur et mainteneur de Godot, sur BlueSky. Les « pull requests » sont des propositions visant à intégrer des modifications de code dans un projet. Leur examen nécessite généralement une analyse minutieuse de la documentation et du code lui-même, un processus long et fastidieux, particulièrement lorsque les propositions proviennent de code généré par l’IA et soumis par des contributeurs peu expérimentés.
Le problème réside également dans le manque de clarté concernant l’origine du code. Il est souvent difficile de déterminer quelle partie d’une proposition a été écrite à la main et quelle partie a été générée par l’IA, et si le code a été correctement testé. Verschelde se questionne : « L’ont-ils testé ? Les résultats des tests sont-ils inventés ? » Il souligne la difficulté de diagnostiquer les problèmes lorsque l’auteur affirme avoir écrit le code lui-même, mais a utilisé l’IA pour rédiger la description, par exemple en raison de difficultés linguistiques. La question de savoir si l’IA comprend réellement le code qu’elle génère est également soulevée.
Selon Verschelde, les mainteneurs passent un temps considérable à aider les nouveaux contributeurs à soumettre des propositions de code acceptables. Il exprime son inquiétude : « Je ne sais pas combien de temps nous pourrons continuer. » Ce problème n’est pas isolé à Godot. Il affecte également d’autres projets open source, comme Blender, et les programmes de primes à la découverte de bugs, comme celui utilisé par cURL. Dans ce dernier cas, l’augmentation des primes attire un grand nombre de propositions de corrections générées par l’IA, sans garantie de leur validité.
Plusieurs solutions sont envisagées, notamment l’utilisation de révisions de code automatisées par l’IA. Cependant, de nombreux développeurs craignent d’alimenter davantage la machine à générer du code. D’autres plaident pour un financement accru afin d’embaucher davantage de mainteneurs. Certains suggèrent même de quitter GitHub, une plateforme appartenant à Microsoft. Quelle que soit la solution retenue, il semble que l’IA risque de compromettre un autre aspect du développement logiciel collaboratif.