Publié le 18 février 2026 14:23:00. La junte militaire birmane a ordonné l’expulsion du chef de l’ambassade du Timor-Leste à Yangon, une riposte directe à la procédure judiciaire lancée par le Timor-Leste contre des généraux birmans pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
- Le Timor-Leste a engagé une action en justice contre dix membres de la junte birmane, dont le commandant en chef Min Aung Hlaing.
- L’expulsion du diplomate timorais intervient après l’adhésion récente du Timor-Leste à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).
- Cette affaire met en lumière les limites de la réponse de l’ASEAN à la crise birmane et l’importance du principe de compétence universelle.
La junte militaire du Myanmar a demandé au chef de l’ambassade du Timor-Leste à Yangon de quitter le pays dans un délai de sept jours, a-t-on appris le 13 février. Cette décision intervient en réaction à l’initiative timoraise de poursuivre en justice des responsables de la junte birmane pour des allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
En janvier, l’Organisation des droits de l’homme Chin a déposé une plainte, accusant dix membres de la junte birmane, dont le commandant en chef Min Aung Hlaing, de meurtres, de viols, d’attaques aveugles et d’autres crimes graves. L’affaire a été portée devant les tribunaux en vertu du principe de compétence universelle, qui permet aux États d’enquêter et de poursuivre les auteurs de crimes internationaux graves, indépendamment du lieu où ils ont été commis ou de la nationalité des victimes et des suspects.
Le Timor-Leste a rejoint l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en octobre dernier, devenant le premier nouveau membre du bloc régional depuis plus de 25 ans. Avant son adhésion, le président José Ramos-Horta avait clairement affirmé que son gouvernement soutenait la lutte du peuple birman pour mettre fin aux abus militaires. Fort de son propre passé, le Timor-Leste est également un fervent défenseur de la justice internationale, ayant adhéré à la Cour pénale internationale (CPI) en 2002.
Les Nations Unies signalent, de même que Human Rights Watch et d’autres organisations, une escalade des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par la junte birmane depuis le coup d’État militaire de 2021. Ces atrocités sont alimentées par des décennies d’impunité et par un manque d’efforts internationaux suffisants pour mettre fin à ces violations et traduire les responsables en justice.
L’initiative du Timor-Leste envoie un message fort de solidarité régionale aux victimes des atrocités militaires au Myanmar. Les procédures judiciaires en cours devant la Cour internationale de Justice (CIJ) et la CPI sont essentielles, mais elles se limitent aux crimes commis avant le coup d’État. La compétence universelle représente donc l’un des rares moyens de tenir les militaires responsables des atrocités commises après le coup d’État.
La réponse de l’ASEAN à la crise birmane reste timide. Bien que la junte ait violé le Consensus en cinq points qu’elle avait accepté en 2021, ainsi que les principes démocratiques et les droits de l’homme inscrits dans la Charte de l’ASEAN, le bloc régional reste divisé entre les États qui cherchent à faire respecter les engagements de l’ASEAN et ceux qui hésitent à le faire. Une réévaluation de la stratégie de l’ASEAN est donc nécessaire.
Les pays de l’ASEAN n’ont que rarement, voire jamais, cherché à promouvoir la responsabilité en poursuivant les responsables d’autres États de la région. L’ASEAN devrait soutenir la volonté du Timor-Leste de demander des comptes aux responsables des atrocités militaires au Myanmar.