Publié le 30 octobre 2025 13:38:00. Le Su-75, présenté par la Russie comme un chasseur furtif de cinquième génération à bas coût, semble s’enliser dans des promesses jugées par certains experts comme « ridiculement optimistes ». Les défis techniques, les sanctions internationales et le désintérêt potentiel des marchés étrangers jettent un doute sur la viabilité du projet.
- Le Su-75 russe, dévoilé en 2021, visait un prix de 25 à 30 millions de dollars, se positionnant comme une alternative abordable aux chasseurs occidentaux comme le F-35.
- Des analystes occidentaux estiment que la Russie manque des ressources industrielles nécessaires pour mener à bien un projet aussi complexe.
- Des retards importants dans le développement, couplés aux sanctions occidentales bloquant l’accès aux composants clés, fragilisent considérablement le programme.
Au salon aéronautique MAKS en juillet 2021, Sukhoi levait le voile sur le Su-75, un chasseur furtif monomoteur de cinquième génération conçu pour séduire les marchés d’exportation et l’armée russe. L’objectif affiché : proposer une plateforme à un prix défiant toute concurrence, oscillant entre 25 et 30 millions de dollars, bien en deçà du F-35 Lightning II américain. L’ambition russe était claire : devenir un fournisseur mondial de chasseurs furtifs pour les nations cherchant à optimiser leurs budgets militaires. Dans un contexte de sanctions occidentales persistantes, Moscou voyait dans ces exportations une source de revenus vitale, ciblant particulièrement les marchés d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient, pays moins enclins à privilégier les transactions avec les États-Unis.
Cependant, le chemin vers la réalisation de ce projet s’est avéré semé d’embûches. Dès son annonce, le programme a suscité des interrogations, certains le percevant davantage comme une vitrine technologique qu’une initiative concrète. La Russie cherchait à affirmer sa compétitivité dans le domaine des chasseurs furtifs, tout en envoyant un message à l’Occident sur sa capacité croissante à développer des systèmes d’armes entièrement indigènes. Mais la concrétisation de ces ambitions se heurte à la réalité. L’ensemble du plan semble reposer sur un optimisme démesuré.
Selon les informations officielles, le Su-75 est censé atteindre une vitesse de Mach 1,8 à 2, disposer d’un rayon d’action d’environ 3 000 km et emporter une charge utile allant jusqu’à 7 400 kg. Son architecture bénéficierait de solutions éprouvées du Su-57, comme l’absence de déflecteur à l’entrée d’air supersonique (DSI), une configuration de queue en V et des soutes internes pour les armes, dans un souci de réduction des coûts. Ces spécifications le placeraient entre le F-35 (Mach 1,6 environ) et le F-22 bi-moteur plus lourd (Mach 2,2+), renforçant son argumentaire de « furtivité à moindre coût ».
Toutefois, les capacités essentielles de cet appareil restent encore à démontrer. Ni sa signature radar, ni ses capacités de fusion de capteurs, ni ses coûts de maintenance, ni son interopérabilité n’ont été vérifiés de manière indépendante. Des analystes occidentaux soulignent que le projet est en décalage avec les capacités industrielles russes actuelles, estimant que le pays ne dispose pas des ressources nécessaires. Historiquement, la mise en œuvre d’une option furtive « bon marché » s’avère complexe. L’expérience occidentale démontre que la cinquième génération de chasseurs exige bien plus qu’une simple conception furtive : elle requiert des matériaux avancés, des chaînes d’approvisionnement robustes, des capteurs sophistiqués, une formation pointue des pilotes et une infrastructure de soutien logistique considérable. Tous ces éléments engendrent des coûts substantiels, qui ne diminuent qu’à grande échelle. La production de masse et la construction d’une infrastructure adaptée sont indispensables pour une maintenance efficace, comme l’illustre l’entretien complexe du bombardier furtif américain B-2 Spirit.
Malgré les assurances officielles russes concernant l’avancement du programme, des retards et des obstacles majeurs persistent. Les essais en vol du Su-75, initialement prévus pour 2023, n’ont toujours pas eu lieu. Les sanctions occidentales constituent un frein majeur, bloquant l’accès à des composants essentiels tels que des machines de moulage d’engrenages avancées et des semi-conducteurs, et dissuadant les investissements étrangers. Les délais de livraison pour les machines critiques s’étalent sur plus de quinze mois, et les substituts nationaux peinent à combler le fossé. Parallèlement, le complexe militaro-industriel russe est largement réorienté vers l’effort de guerre en Ukraine. De plus, des pays potentiellement intéressés comme l’Inde, les Émirats arabes unis et le Vietnam ont déjà décliné l’offre. La probabilité que le Su-75 devienne un projet concret et exporté en masse dans un avenir proche semble donc considérablement réduite, même si des images de l’appareil ont été publiées par United Aircraft Corporation.