Publié le 1er novembre 2025. La nouvelle cheffe de l’opposition taïwanaise a pris ses fonctions samedi, appelant à une nouvelle ère de paix avec la Chine tout en alertant sur les risques de conflit croissant dans le détroit de Taïwan.
- La cheffe de l’opposition taïwanaise prend le pouvoir dans un contexte de tensions accrues avec la Chine.
- Le KMT, parti traditionallement proche de Pékin, doit naviguer entre les revendications chinoises et la souveraineté de l’île.
- La nouvelle dirigeante met en garde contre un risque de guerre imminente.
TAIPEI, 1er novembre (Reuters) – Cheng Li-wun a officiellement succédé à la tête du Kuomintang (KMT), le plus grand parti d’opposition de Taïwan, samedi. À 55 ans, elle hérite d’un parti historiquement favorable à des liens étroits avec Pékin, alors que les tensions militaires et politiques entre l’île démocratique et la Chine continentale n’ont cessé de croître.
Dans un discours prononcé devant ses partisans, elle n’a pas mâché ses mots quant à la gravité de la situation géopolitique. « C’est la pire des époques », a-t-elle déclaré. « Le détroit de Taïwan fait face à un grave danger militaire et le monde le surveille de près. La sécurité de Taïwan est confrontée à une menace constante de guerre. »
Ces avertissements surviennent alors que le gouvernement taïwanais, dirigé par le Parti démocrate progressiste (PDP), rejette fermement les revendications de souveraineté de Pékin. La nouvelle dirigeante du KMT, dont le style est jugé plus « urbain et internationaliste » que celui de son prédécesseur, Eric Chu, a déjà montré des signes d’une volonté de rapprocher encore davantage son parti de la Chine. Eric Chu n’avait d’ailleurs pas effectué de visite en Chine durant sa présidence débutée en 2021.
L’élection de Cheng Li-wun a suscité une réaction rapide de la part du président chinois Xi Jinping, qui lui a adressé ses félicitations le mois dernier, l’invitant à œuvrer pour la « réunification » de l’île avec le continent. Sur les réseaux sociaux chinois, certains internautes n’ont pas hésité à la surnommer « déesse de la réunification », un surnom auquel elle a réagi avec humour, affirmant qu’elle acceptait avec amusement les nombreuses appellations qui lui sont attribuées.
Pour concrétiser ce rapprochement, le nouveau vice-président du KMT, Hsiao Hsu-tsen, s’est rendu en Chine cette semaine, où il a rencontré Song Tao, le chef du Bureau des affaires de Taïwan du Conseil des affaires d’État chinois.
Lors de son discours inaugural, Cheng Li-wun n’a pas détaillé sa stratégie diplomatique future ni précisé si elle se rendrait elle-même en Chine. Elle a cependant réitéré son engagement en faveur de la paix : « Le KMT sera certainement le parti qui ouvrira une nouvelle ère de paix entre les deux rives du détroit et fera avancer Taïwan », a-t-elle promis.
Par ailleurs, la nouvelle cheffe de l’opposition s’oppose à l’augmentation des dépenses militaires, une politique phare de l’administration du président Lai Ching-te, qui bénéficie du soutien des États-Unis. Malgré sa défaite lors de la dernière élection présidentielle, le KMT, allié au petit Parti populaire de Taïwan, détient ensemble une majorité au Parlement. Cette configuration rend difficile pour le PDP au pouvoir l’adoption de son budget et d’autres lois.
Une des premières missions de Cheng Li-wun sera de préparer les élections municipales et locales prévues pour la fin de l’année prochaine. Bien que centrés sur des enjeux nationaux, ces scrutins seront un indicateur clé du soutien populaire avant l’élection présidentielle de 2028.
Reportage de Ben Blanchard; Montage par Clarence Fernandez