Publié le 16 octobre 2025, 12h03. Le nouveau PDG de Nestlé, Philipp Navratil, a dévoilé un plan d’économies d’un milliard de dollars, incluant des suppressions d’emplois à l’échelle mondiale. Cette annonce intervient alors que le géant de l’agroalimentaire présente des résultats trimestriels en demi-teinte, marqués par une inflation des prix.
- Nestlé prévoit de supprimer environ 16 000 postes, affectant les fonctions de bureau ainsi que la production et la chaîne d’approvisionnement.
- Le programme d’économies vise à réduire les coûts de 3 milliards de francs suisses d’ici fin 2027.
- Les ventes organiques ont progressé de 3,3 % sur les neuf premiers mois, mais cette hausse est principalement due à l’augmentation des prix.
Ce vaste programme d’assainissement, annoncé par Philipp Navratil, nouveau dirigeant du groupe depuis le 1er septembre, marque un tournant stratégique. Alors que les résultats des neuf premiers mois de l’année, présentés jeudi, reflètent encore largement la gestion de son prédécesseur, le PDG a tenu à affirmer sa détermination. Près de 16 000 emplois, répartis entre les fonctions administratives (environ 12 000) et les opérations de production et de logistique (environ 4 000), seraient concernés par ces mesures à l’échelle mondiale. Nestlé emploie actuellement quelque 280 000 personnes, dont environ 8 600 en Suisse. L’entreprise assure que la Suisse ne sera pas disproportionnellement touchée, sans toutefois pouvoir fournir de chiffres précis à ce stade.
Dans un communiqué, Philipp Navratil, 49 ans, a déclaré :
« Nous promouvons une culture axée sur la performance qui n’accepte pas la perte de parts de marché et récompense le succès. »
Le PDG a ainsi lancé une offensive d’envergure pour assainir les finances du groupe, qui ambitionne de réaliser 3 milliards de francs suisses d’économies d’ici la fin de l’année 2027. Lors d’une conférence téléphonique avec les analystes, Navratil a affiché sa volonté de prendre des décisions audacieuses et de mettre en place une culture où chacun est jugé sur les mêmes critères, afin de déterminer qui atteint ses objectifs et qui ne le fait pas.
Ce plan d’austérité s’inscrit dans la continuité des annonces faites il y a un an par son prédécesseur, Laurent Freixe, qui avait déjà mentionné la nécessité de réaliser au moins 2,5 milliards de francs suisses d’économies supplémentaires. À l’époque, l’ancien dirigeant s’était concentré sur les achats, les investissements commerciaux et les coûts structurels, sans évoquer de suppressions massives d’emplois. Navratil accélère donc le rythme avec des objectifs chiffrés et précis.
Malgré l’ampleur du programme d’économies, les résultats financiers présentés jeudi ont montré une certaine résilience. Le chiffre d’affaires a atteint 65,9 milliards de francs suisses sur les neuf premiers mois de l’année. La croissance organique, qui exclut les effets de change et les variations de portefeuille, s’est établie à 3,3 %. Cette performance est toutefois largement tirée par une hausse des prix de 2,8 %, tandis que le volume des ventes n’a progressé que de 0,6 % sur la période. Le groupe note cependant une amélioration notable du volume au troisième trimestre, atteignant 1,5 %, un signe positif après un premier semestre marqué par la prudence des consommateurs. Les segments du café et de la confiserie ont été les principaux contributeurs à cette croissance.
La direction de Nestlé se montre optimiste pour l’ensemble de l’exercice 2025, prévoyant une croissance organique des ventes supérieure à celle de l’année précédente. Philipp Navratil entend également intensifier les investissements pour stimuler la croissance et la création de valeur. La marge opérationnelle devrait se situer à 16 % ou plus, bien que des éléments tels que les droits de douane et les effets de change, notamment le franc fort, continuent d’exercer une pression négative.
La réaction des investisseurs a été immédiate et positive. L’action Nestlé a connu une forte hausse en matinée, gagnant près de 9 % pour s’établir à 82,87 francs suisses, la plus forte progression quotidienne enregistrée depuis la crise financière de 2008. Cette performance vient redonner un souffle à l’action, qui avait atteint un plus bas pluriannuel il y a seulement trois semaines à 71 francs suisses.
Les analystes financiers saluent également ces annonces et le changement de stratégie. Jean-Philippe Bertschy, de la Banque Vontobel, parle d’un « tournant décisif », estimant que l’approche offensive du nouveau PDG va « dans la bonne direction » et devrait contribuer à « restaurer en partie la confiance des investisseurs ». Patrik Schwendimann, de la Banque cantonale de Zurich, partage cette analyse, qualifiant les résultats de « surprise positive » et considérant que le titre Nestlé est actuellement sous-évalué.
Ces derniers mois ont été marqués par des remous importants pour Nestlé. L’éviction de l’ancien PDG Laurent Freixe, suite à une relation sentimentale avec une subordonnée, a été suivie par un changement à la tête du conseil d’administration avec l’arrivée de Pablo Isla, succédant à Paul Bulcke. Ces mouvements, particulièrement inhabituels pour un groupe réputé pour sa stabilité, placent une attente considérable sur les épaules du nouveau duo de dirigeants, Navratil et Isla. Après des années de croissance atone et de décisions jugées mitigées, Nestlé doit retrouver sa trajectoire. Bien que Philipp Navratil, ancien dirigeant de Nespresso, bénéficie d’un certain temps pour opérer ce redressement, la marge d’erreur reste minime.