Publié le 16 février 2024 06:39:00. L’Europe se trouve à la croisée des chemins face à un désengagement progressif des États-Unis de sa sécurité, suscitant des inquiétudes quant à sa capacité à assurer sa propre défense et à maintenir la cohésion au sein de l’Alliance atlantique.
- Les pays européens sont divisés sur l’augmentation des dépenses militaires, avec une fracture entre le Nord et le Sud du continent.
- Washington signale une réorientation de ses priorités vers l’Indo-Pacifique, réduisant sa présence militaire en Europe.
- Des appels se multiplient pour une refonte de l’OTAN, avec des propositions allant d’une nouvelle alliance à un renforcement de la civilisation occidentale.
Une profonde division se dessine au sein de l’Europe concernant les questions de défense, selon Rachel Ellehuus, directrice générale du Royal United Services Institute (RUSI), un groupe de réflexion spécialisé dans les questions de défense. Elle observe une divergence marquée entre les pays du Nord et de la Baltique, ainsi que l’Allemagne et les Pays-Bas, qui investissent massivement dans leur défense, et les nations du Sud, comme l’Espagne, qui se montrent réticentes à augmenter leurs budgets militaires conformément aux attentes exprimées par l’administration américaine.
La France et le Royaume-Uni se sont engagées verbalement à accroître leurs dépenses militaires, mais cherchent des solutions politiques pour atténuer l’impact de ces augmentations sur les citoyens. Selon Rachel Ellehuus, ces pays sont à la recherche d’un « pansement politique » pour expliquer aux électeurs les conséquences inévitables : une augmentation des impôts, une réduction des services sociaux ou un endettement accru.
« Les Européens doivent se mettre au travail dès aujourd’hui et se concentrer. Ils ont 5 à 10 ans pour voler de leurs propres ailes en termes de capacités de défense conventionnelles. »
Rachel Ellehuus, directrice générale du RUSI
Le message délivré par le sous-secrétaire américain à la Défense, Elbridge Colby, lors d’une récente réunion des ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles, a été sans ambiguïté : l’Europe n’est plus une priorité stratégique pour les États-Unis. Washington privilégie désormais la région Indo-Pacifique.
« Sous la direction du président Trump, nous redéfinissons les priorités de la défense de notre patrie et de la protection de nos intérêts dans notre hémisphère. »
Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense
Bien que réaffirmant l’engagement des États-Unis envers l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord – qui stipule qu’une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous – Elbridge Colby a précisé que Washington réduirait ses capacités militaires en Europe, adoptant une « présence plus limitée et plus ciblée ». L’objectif est de faire de l’Europe un partenaire à part entière, et non plus un dépendant, et d’envisager une nouvelle version de l’OTAN, une « OTAN 3.0 ».
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de transformation de l’ordre mondial, marqué par le déclin de l’hégémonie occidentale. Le Munich Security Conference (MSC) a souligné ce week-end que l’avenir des relations entre l’Europe et les États-Unis reste incertain. Des voix s’élèvent pour appeler à un renouveau de la civilisation occidentale (Marco Rubio) ou à une refonte de l’Alliance atlantique (le Premier ministre britannique, lors du MSC).