Home Économie « Le pari de la dévaluation ». Que se cache-t-il derrière les records enregistrés par l’or, le bitcoin et les actions ?

« Le pari de la dévaluation ». Que se cache-t-il derrière les records enregistrés par l’or, le bitcoin et les actions ?

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Publié le 2025-10-10 04:30:00. Les investisseurs, inquiets de l’incapacité des gouvernements à maîtriser l’endettement, se ruent vers les actifs alternatifs. Cette fuite vers l’or et le Bitcoin, baptisée « pari sur la dévaluation », reflète une perte de confiance croissante envers les monnaies fiduciaires.

  • Hausse des prix de l’or et du Bitcoin, baisse du dollar américain.
  • Explication du concept de « pari sur la dévaluation » et des monnaies fiduciaires.
  • Raisons de la popularité de cette tendance : dette publique, politiques monétaires, instabilité politique.

Face à une inflation persistante et à des incertitudes politiques mondiales, une partie du monde financier semble vouloir se prémunir contre une potentielle perte de valeur des monnaies traditionnelles. Cette tendance, qualifiée de « pari sur la dévaluation » par les observateurs, conduit les investisseurs à diversifier leurs portefeuilles en se tournant vers des actifs jugés plus tangibles et résilients.

Le terme « pari sur la dévaluation » fait écho à des pratiques historiques où la valeur intrinsèque des monnaies était rognée, comme sous le règne d’Henri VIII qui réduisait la teneur en métaux précieux des pièces de monnaie pour financer ses dépenses. Aujourd’hui, la stratégie consiste à déplacer des capitaux des monnaies fiduciaires, dont la valeur repose sur la confiance accordée par les États émetteurs (comme le dollar américain, l’euro ou le leu roumain), vers des actifs considérés comme plus sûrs, à l’image des métaux précieux ou des cryptomonnaies.

Pourquoi ce pari gagne-t-il du terrain ?

Plusieurs facteurs alimentent cette méfiance envers les monnaies fiduciaires. Aux États-Unis, les politiques fiscales et commerciales récentes, couplées à une dette publique qui dépasse les 37 000 milliards de dollars, ont renforcé les inquiétudes. Parallèlement, les appels à maintenir des taux d’intérêt bas malgré une inflation galopante suscitent la crainte que les banques centrales ne succombent à des pressions politiques. L’instabilité budgétaire en France, le soutien aux dépenses publiques au Japon et les blocages gouvernementaux américains ont également terni l’image de la solidité économique mondiale.

Les effets des politiques monétaires expansionnistes mises en place suite à la crise financière de 2008 continuent également de peser sur la perception des risques systémiques par les investisseurs.

Comment les investisseurs réagissent-ils ?

Pour se protéger, de nombreux investisseurs privilégient désormais les actifs qui ne peuvent pas être créés à volonté par les autorités, comme l’or ou le Bitcoin. Les analystes de JP Morgan notent une « dévaluation familière du dollar face aux actifs alternatifs, sur fond de dysfonctionnement politique à Washington ». Les données du World Gold Council confirment cette tendance, avec des flux d’investissement record dans les fonds négociés en bourse (ETF) adossés à l’or au dernier trimestre.

Quels sont les impacts concrets ?

Cette ruée vers les actifs alternatifs se traduit par des sommets historiques pour certains d’entre eux. L’or a franchi le seuil symbolique de 4 000 dollars, enregistrant une hausse de 50 % en 2025. Le Bitcoin, quant à lui, a progressé de plus de 20 % depuis le début de l’année, atteignant un nouveau record à 125 000 dollars. Parallèlement, le dollar américain a perdu environ 9 % de sa valeur face à un panier de devises internationales, signifiant un recul de son statut de monnaie de réserve mondiale.

Ken Griffin, fondateur de Citadel Investment Fund, a souligné que les investisseurs cherchent activement à « déstabiliser le dollar et à réduire leur exposition au risque souverain américain ». Il a ajouté, lors d’une conférence sur les marchés mondiaux : « L’inflation reste bien supérieure à l’objectif et il n’y a pas de prévisions optimistes à court terme. Par conséquent, la dépréciation d’environ 10 % du dollar au cours des six premiers mois de cette année est la plus importante des cinq dernières décennies. »

Les coûts d’emprunt à long terme ont également augmenté, les investisseurs se détournant des obligations à échéance lointaine par crainte que l’inflation n’érode leur valeur. La Deutsche Bank qualifie cette décennie de plus faible jamais enregistrée en termes d’obligations gouvernementales.

L’affaiblissement du dollar et la montée en puissance des actifs alternatifs alimentent la spéculation quant à la capacité du Bitcoin à devenir un actif de réserve viable. Des analystes de la Deutsche Bank, Marion Labouur et Camilla Siazon, suggèrent qu’une allocation stratégique en Bitcoin pourrait devenir un nouveau pilier de la sécurité financière, à l’instar de l’or au 20ème siècle, et prévoient que d’ici 2030, les deux actifs pourraient figurer dans les bilans des banques centrales.

Une tendance durable ou une bulle spéculative ?

Goldman Sachs anticipe une poursuite de la hausse des prix de l’or, prévoyant un niveau de 4 900 dollars d’ici fin 2026. Cependant, plusieurs analystes mettent en garde contre une surévaluation des actifs, en partie due à l’engouement autour de l’intelligence artificielle (IA). Des parallèles sont déjà établis avec l’éclatement de la bulle Internet à la fin des années 1990.

Le milliardaire Paul Tudor Jones a récemment averti qu’une flambée des cours boursiers était possible avant un possible pic du marché, estimant que « tous les ingrédients sont là pour un possible ‘blow-off’. L’histoire a tendance à se répéter et, si l’on prend le passé, la situation actuelle est encore plus explosive qu’en 1999. » L’or est également perçu comme une valeur refuge face aux risques d’une correction sur les marchés des actions liées à l’IA, où des interdépendances pourraient présager une bulle spéculative. Parallèlement, la peur de manquer une opportunité (« FOMO » – Fear Of Missing Out) continue de pousser les bourses vers de nouveaux records.

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