Le Pérou est plongé dans une nouvelle crise politique à quelques semaines du scrutin présidentiel et législatif d’avril. Le Congrès a destitué mardi son président par intérim, José Jeri, suite à des allégations de corruption, exacerbant l’instabilité qui mine le pays.
La destitution de Jeri, qui occupait la présidence depuis le 10 octobre après la révocation de Dina Boluarte, a été approuvée par 75 voix pour, 24 contre et 3 abstentions. Il est actuellement l’objet d’une enquête préliminaire pour corruption et trafic d’influence, après la révélation de rencontres non déclarées avec deux dirigeants chinois. L’un de ces hommes détient des contrats gouvernementaux en cours, tandis que l’autre est visé par une enquête pour exploitation forestière illégale.
Jeri a nié toute implication dans des actes répréhensibles, affirmant avoir rencontré les représentants chinois dans le cadre d’une initiative visant à organiser une célébration culturelle péruvienne-chinoise. Ses détracteurs, cependant, l’accusent de corruption.
Les législateurs péruviens vont maintenant choisir un nouveau président parmi leurs rangs pour assurer l’intérim jusqu’au 28 juillet, date à laquelle le vainqueur de l’élection présidentielle du 12 avril prendra ses fonctions. Jeri conservera son siège de député jusqu’à cette date, moment où le nouveau Congrès entrera également en fonction. Un vote pour désigner le chef par intérim est prévu mercredi.
Cette destitution s’inscrit dans une longue série d’instabilités politiques au Pérou, qui a connu sept présidents depuis 2016. La clause constitutionnelle permettant la destitution d’un président pour « incapacité morale » a été fréquemment invoquée par le Congrès, souvent dans le contexte d’enquêtes pour corruption et de difficultés à former des majorités parlementaires.
Dina Boluarte, la prédécesseure de Jeri, avait été démis de ses fonctions pour incapacité morale, les législateurs invoquant notamment la montée de la criminalité et les scandales de corruption. Avant elle, Pedro Castillo, élu en 2021, avait été destitué fin 2022 après avoir tenté de dissoudre le Congrès pour échapper à des procédures de corruption. Il a été condamné l’année dernière à 11 ans de prison pour tentative de renversement des institutions nationales.
Malgré cette instabilité politique, l’économie péruvienne est restée relativement stable. En 2024, le ratio dette publique/produit intérieur brut se situait à 32 %, l’un des plus bas d’Amérique latine, et le gouvernement encourage les investissements étrangers, notamment dans les secteurs minier et des infrastructures.
À ce stade, Rafael Lopez Aliaga, un homme d’affaires conservateur et ancien maire de Lima, arrive en tête des sondages pour l’élection présidentielle. Il est suivi de Keiko Fujimori, une ancienne députée dont le père a été président du Pérou dans les années 1990. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue des voix, un second tour aura lieu en juin.