Publié le 21 février 2024 à 05h39. Washington lance une initiative pour sécuriser l’approvisionnement mondial en minéraux essentiels à la transition énergétique, mais cette démarche suscite des interrogations quant à son impact sur les pays producteurs, notamment en Indonésie.
- Le Partenariat pour la sécurité minière (MSP), initié par les États-Unis en 2022, vise à investir dans une chaîne d’approvisionnement responsable en minéraux critiques.
- L’Indonésie, premier producteur mondial de nickel, est courtisée par Washington pour rejoindre le MSP, mais des préoccupations environnementales et sociales subsistent.
- La Chine domine actuellement le marché de la transformation des minéraux critiques, suscitant une volonté de diversification de la part des pays occidentaux.
Les États-Unis, en collaboration avec une quinzaine de pays dont l’Australie, le Canada, le Japon et l’Union européenne, ont lancé le Partenariat pour la sécurité minière (MSP) en 2022. Cette initiative a pour objectif d’accélérer les investissements publics et privés dans une chaîne d’approvisionnement mondiale de minéraux critiques, considérés comme essentiels à la transition vers une énergie propre et aux technologies de défense. Le MSP se concentre sur des minéraux tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite, les terres rares et le cuivre.
L’initiative américaine intervient dans un contexte de forte dépendance mondiale vis-à-vis de quelques pays producteurs, en particulier la Chine, qui domine actuellement la transformation de nombreux minéraux critiques. Selon la Revue du marché des minéraux critiques 2023 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine transforme 42 % du cuivre mondial, 74 % du cobalt, et concentre à elle seule 90 % de la production d’éléments de terres rares. L’Indonésie, quant à elle, est devenue un acteur majeur du marché du nickel, produisant 43 % de l’offre mondiale. Rapport de l’AIE sur les minéraux critiques.
Le MSP évalue actuellement plus d’une douzaine de projets miniers à travers le monde, en privilégiant ceux qui respectent des normes environnementales strictes, renforcent les communautés locales et s’inscrivent dans une démarche de développement durable. Les gouvernements partenaires peuvent offrir un soutien financier, diplomatique ou autre. Cependant, l’absence de pays comme la Chine, la Russie, l’Argentine, le Chili et la Malaisie au sein du MSP soulève des questions sur la portée et l’efficacité de l’initiative.
L’Indonésie est particulièrement scrutée par Washington. Lors d’une récente visite à Jakarta en juillet 2024, le secrétaire d’État adjoint américain à la croissance économique, à l’énergie et à l’environnement, José Fernandez, a souligné l’importance d’une collaboration respectueuse des normes environnementales et sociales.
« Nous pensons que la collaboration de l’Indonésie, si elle rejoint le MSP, apportera de meilleurs investissements pour l’Indonésie, pas n’importe quel investissement, mais des investissements qui profitent à la communauté, respectent les lois du travail et font respecter les réglementations environnementales. »
José Fernandez, secrétaire d’État adjoint américain à la croissance économique, à l’énergie et à l’environnement
La ministre indonésienne coordinatrice de l’économie, Airlangga Hartarto, a répondu en exprimant l’espoir d’une coopération similaire à celle existant entre les États-Unis et le Japon. Elle a également souligné que le gouvernement indonésien et M. Fernandez avaient discuté des moyens de développer les minéraux critiques et de créer une plateforme de chaîne d’approvisionnement.
L’Indonésie se positionne comme un acteur clé sur le marché des minéraux critiques et dispose d’un cadre réglementaire qui intègre des exigences en matière d’évaluations d’impact environnemental et de participation communautaire (Loi n° 32/2009 sur la protection et la gestion de l’environnement et Loi n° 3/2020 sur l’exploitation minière). Le pays est également membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ce qui témoigne de son engagement en faveur d’une exploitation minière responsable.
Alors que le président élu Prabowo Subianto a entretenu des relations avec divers pays, dont la Chine et la Russie, son ouverture envers les États-Unis et l’Union européenne est perçue comme un signal positif. Le MSP, selon les observateurs, doit s’inscrire dans une logique de partenariat respectueux de la souveraineté et des intérêts de chaque partie prenante. Il s’agit, en définitive, de trouver un équilibre entre la sécurité d’approvisionnement, la protection de l’environnement et le développement économique.