Publié le 2025-10-21 03:31:00. Une récente étude scientifique révèle que l’exposition au plomb chez les hominidés remonte à plus de deux millions d’années, bien avant l’ère industrielle, et pourrait avoir eu un impact significatif sur l’évolution du cerveau humain.
- Des traces de plomb retrouvées dans des dents fossiles datant de plus de 2 millions d’années montrent une exposition précoce des hominidés.
- Une variante génétique chez Homo sapiens semble avoir offert une protection contre les effets néfastes du plomb, contrairement aux Néandertaliens.
- Cette exposition ancienne aurait pu façonner les capacités cognitives et le comportement social, influençant potentiellement l’évolution du langage.
Jusqu’à présent, la contamination par le plomb était principalement associée aux activités humaines modernes comme l’exploitation minière, la métallurgie, ou encore l’utilisation d’essence et de peintures plombées. Cependant, une analyse approfondie de 51 dents fossiles d’hominidés et de grands singes, incluant des espèces telles qu’Australopithecus africanus, Paranthropus Robustus, Homo neanderthalensis et Homo sapiens, a contredit cette vision. Ces fossiles, provenant d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Océanie, ont révélé des marques chimiques caractéristiques d’une exposition au plomb, témoignant d’une présence de ce métal toxique sur une période beaucoup plus longue que ce que l’on pensait.
Ces dépôts métalliques, formés durant l’enfance, suggèrent des absorptions répétées de plomb. Les sources identifiées incluent des éléments naturels comme l’eau potable ou l’activité volcanique, mais aussi des mécanismes physiologiques, comme la mobilisation du plomb accumulé dans le corps en périodes de stress ou de maladie. « Cette découverte implique que les cerveaux de nos ancêtres se sont développés sous l’influence de ce métal toxique, ce qui pourrait avoir façonné leur comportement social et leurs capacités cognitives », commente Renaud Joannes-Boyau, de la Southern Cross University.
Afin de mieux comprendre les conséquences de cette exposition sur le développement cérébral, l’équipe de recherche a mené des expériences en utilisant des organoïdes cérébraux, des modèles miniatures de cerveaux humains cultivés en laboratoire. Ces modèles, intégrant du matériel génétique néandertalien et humain, ont permis de mettre en évidence des différences notables. Il s’avère que les organoïdes porteurs d’ADN néandertalien montraient une sensibilité accrue au plomb, suggérant que ce métal affectait les zones du cerveau liées à la communication et aux interactions sociales.
À l’inverse, Homo sapiens aurait développé une adaptation génétique lui conférant une protection partielle contre les dommages neurologiques induits par le plomb. « C’est un excellent exemple de la façon dont la toxicité du plomb aurait pu entraîner des changements génétiques qui amélioreraient la survie et notre capacité à communiquer par le langage, mais influenceraient également notre vulnérabilité au plomb moderne », explique Alysson Muotri, de l’Université de Californie à San Diego.
Si l’exposition actuelle au plomb est majoritairement liée à la pollution industrielle, elle demeure un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale. Les enfants sont particulièrement vulnérables, subissant des déficits intellectuels, émotionnels et comportementaux importants en raison de cette contamination.