Publié le 2025-10-26 13:51:00. Un accord avec le Président russe Vladimir Poutine serait une « lettre morte » et le conflit en Ukraine risque de se transformer en une « guerre éternelle » tant que la Russie ne connaîtra pas de changements radicaux, a averti le Premier ministre polonais Donald Tusk.
- Le Premier ministre polonais Donald Tusk a qualifié tout accord avec Vladimir Poutine d' »encre qui ne coûtera même pas ».
- Selon lui, l’Ukraine est prête à se battre encore deux à trois ans, malgré les inquiétudes concernant le coût humain et économique.
- Tusk met en garde le Royaume-Uni contre toute complaisance face aux menaces russes, soulignant que la Grande-Bretagne n’est pas à l’abri.
Dans une interview accordée au journal britannique The Sunday Times, dont les propos ont été publiés le samedi 25 octobre, Donald Tusk a exprimé une vision sombre de la situation actuelle. Il estime qu’une cessation des hostilités sans changement profond en Russie ne ferait que prolonger un conflit indéfini, une « guerre éternelle et constante ».
Le chef du gouvernement polonais a rapporté que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d’une conversation le 23 octobre, avait indiqué que Kyiv espérait que la guerre ne s’éterniserait pas sur dix ans, mais que l’Ukraine se préparait à poursuivre les combats pendant « encore deux ou trois ans ». Cette détermination ukrainienne coexiste avec une préoccupation légitime quant au tribut payé par la population et l’économie du pays.
Donald Tusk a également évoqué la situation économique de la Russie, affirmant que le pays n’avait « aucune chance de survie » à long terme dans le contexte actuel, accentuée par de nouvelles sanctions américaines visant le secteur pétrolier. Cependant, il a mis en garde contre toute interprétation hâtive de ces difficultés comme une victoire occidentale. « Les Russes se trouvent dans une situation (économique) très difficile », a-t-il concédé, ajoutant aussitôt : « Cela signifie-t-il que nous pouvons dire que nous gagnons ? Pas du tout. » Il a souligné un avantage russe crucial : leur « volonté de se battre », une « question absolument décisive » en temps de guerre.
Le Premier ministre polonais a par ailleurs interpellé le Royaume-Uni, l’exhortant à ne pas vivre dans la « douce illusion » de pouvoir rester à l’écart en cas de conflit élargi entre l’OTAN et la Russie. Il a relaté un épisode qui l’a « choqué » : lors d’une visite conjointe à Kyiv en mai, le Premier ministre britannique Keir Starmer lui aurait confié que son ancienne maison familiale à Londres avait été la cible d’incendies criminels, attribués aux services secrets russes. La réaction tiède du public britannique face à cette information, comparée à un simple événement sportif, a particulièrement marqué Tusk, qui y voit la preuve d’une sous-estimation de la menace russe.
« Si les Russes sont prêts et capables d’organiser quelque chose comme cela, cela signifie qu’ils sont prêts et capables de tout », a-t-il martelé, soulignant que l’agressivité russe pouvait croître face aux troubles internes. Il a également exprimé des doutes sur la « stabilité » de l’approche de l’administration américaine envers Moscou.
S’agissant du déploiement potentiel par Moscou de missiles balistiques hypersoniques « Oreshnik » en Biélorussie ou à Kaliningrad, Donald Tusk a mis en garde contre la capacité de ces armes à frapper n’importe quelle capitale européenne, y compris Londres, en un temps record. Il a qualifié cette menace de « mondiale et universelle, principalement technologique », rappelant que les infrastructures critiques polonaises, comme les chemins de fer et les hôpitaux, étaient déjà la cible de cyberattaques.
Donald Tusk a réaffirmé la détermination de la Pologne à répondre fermement aux violations de son espace aérien. « Nous déciderons d’abattre des objets volants, quand ils violent notre territoire et survolent la Pologne. Cela ne fait aucun doute », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse le 22 septembre. Il a toutefois nuancé cette position, soulignant la nécessité d’une « réflexion approfondie » avant toute action qui pourrait « provoquer une phase très aiguë du conflit », notamment lors d’incidents ambigus comme le survol d’avions de combat russes au-dessus de la plateforme Petrobaltic, sans pour autant violer les eaux territoriales polonaises. La condition sine qua non pour une telle action serait d’avoir la « certitude à cent pour cent » que les alliés partageraient cette position.