Le Bangladesh se prépare à une nouvelle ère politique après des élections considérées comme les plus équitables depuis près de deux décennies. La victoire du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et la percée significative du parti islamiste Jamaat suscitent à la fois espoirs de changement et inquiétudes face aux défis économiques et sociaux du pays.
À Dacca, l’effervescence post-électorale se ressent jusque dans les rues animées. Mohammad Mian, vendeur de thé au terminal de Sadarghat, témoigne d’un soulagement palpable. « Pendant que Sheikh Hasina était au pouvoir, ses hommes de main me réclamaient l’équivalent de 80 cents par jour, ce qui était une somme considérable pour moi », explique-t-il. « Je ne gagne qu’environ 4 dollars par jour. » Il se réjouit de la fin de ce système d’extorsion et espère que le nouveau gouvernement s’attaquera à la corruption endémique.
Les élections, qui se sont déroulées dans le calme contrairement aux craintes de violence, ont vu le BNP remporter une majorité des deux tiers des sièges. Tarique Rahman, président du BNP, a prononcé ses premiers commentaires publics samedi, soulignant les défis majeurs auxquels le Bangladesh est confronté : une économie fragile, des institutions affaiblies et des préoccupations sécuritaires. « Cette victoire appartient au Bangladesh », a-t-il déclaré devant une foule de partisans.
Cependant, Rahman, 60 ans, est un novice en matière de fonctions publiques, n’étant revenu au Bangladesh qu’en décembre après 17 ans d’exil. L’analyste politique Masum Billah souligne ce manque d’expérience : « Il n’a jamais occupé de poste public au Bangladesh auparavant. » Malgré cela, il bénéficie d’un héritage politique fort, son père, Ziaur Rahman, étant l’un des pères fondateurs du Bangladesh, et sa mère, Khaleda Zia, ayant été Première ministre à deux reprises.
Par ailleurs, la performance du parti Jamaat, qui a obtenu près d’un tiers des voix, est une surprise. Certains électeurs ont été attirés par leurs promesses de lutte contre la corruption, tandis que d’autres craignent un renforcement de l’influence islamiste et des restrictions sur les droits des femmes. « Certains électeurs ont déclaré à NPR qu’ils espéraient que les islamistes feraient pression sur les femmes pour qu’elles se couvrent les cheveux et même le visage », rapporte notre correspondante.
Les attentes des citoyens sont élevées. Pradeep Shankar, attendant un ferry avec une bouteille d’oxygène pour son père malade, espère une amélioration des soins de santé. « Le gouvernement doit fournir de meilleurs soins de santé. Le secteur est tellement corrompu », déplore-t-il. Ruppam, une vendeuse de bouteilles en plastique qui perd la vue, souhaite quant à elle une aide pour ouvrir un petit commerce. « J’espère que le gouvernement m’aidera à ouvrir un petit magasin de tabac, un travail un peu plus facile », confie-t-elle.
À ce stade, l’avenir du Bangladesh reste incertain. Le nouveau gouvernement devra répondre à des défis économiques et sociaux considérables, tout en gérant les attentes d’une population désireuse de changement et de progrès.