Publié le 2025-10-02 03:37:00. Le président guyanais Irfaan Ali appelle à un dialogue régional ouvert face aux tensions sécuritaires accrues, notamment le déploiement naval américain et le différend territorial avec le Venezuela. Il plaide pour la transparence et la coopération au sein de la CARICOM pour préserver la paix et la stabilité dans les Caraïbes.
- Le président Ali exhorte les dirigeants de la CARICOM à un « dialogue mature et ouvert » sur les défis sécuritaires régionaux.
- Georgetown soutient le déploiement militaire américain pour lutter contre le trafic de drogue, dans un contexte de tensions avec le Venezuela concernant la région de l’Esequibo.
- Le chef de l’État guyanais dénonce les actions et le discours du Venezuela, affirmant que son pays répond « avec les faits et la vérité » aux provocations.
Dans une récente interview, le président de la Guyane, Irfaan Ali, a lancé un appel aux autres dirigeants de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) pour instaurer un « dialogue mature et ouvert ». Cette démarche intervient dans un contexte d’inquiétudes croissantes concernant la sécurité régionale, exacerbées par la présence navale accrue des États-Unis dans les Caraïbes. Georgetown, qui appuie ce déploiement militaire américain visant à combattre le trafic de stupéfiants, se retrouve dans une position délicate vis-à-vis du Venezuela. Ce dernier entretient un différend frontalier tendu avec la Guyane au sujet de la région de l’Esequibo, territoire revendiqué par Caracas.
M. Ali a souligné la nécessité de bâtir un « consensus » par le biais de réunions permettant le partage d’informations et de renseignements. Il a insisté sur le fait que la compréhension des enjeux et des implications des manœuvres militaires dans la région est cruciale. Selon lui, la transparence, le dialogue ouvert et la coopération sont des outils indispensables pour que les nations caribéennes puissent « protéger collectivement la paix et la stabilité, tout en résolvant de nouveaux défis sécuritaires ». Ces défis incluent le trafic de drogue, la migration illégale et l’utilisation illicite des voies navigables internationales.
La présence des forces américaines suscite des réactions divergentes au sein de la CARICOM, certains États membres soutenant l’opération, tandis que d’autres critiquent à la fois les actions contre les navires et la pression exercée sur le Venezuela. Le président Ali a défendu la région comme une « zone de paix », affirmant que son gouvernement répond aux hostilités « avec les faits et la vérité ». Il a déclaré :
« Chaque jour, le gouvernement vénézuélien m’attaque personnellement et attaque ce pays. Ils disent le pire de nous. Mais nous n’avons jamais répondu avec hostilité. »
Irfaan Ali, Président de la Guyane
La controverse entre la Guyane et le Venezuela s’est intensifiée ces deux dernières années, centrant le conflit sur le territoire de l’Esequibo, administré par la Guyane mais revendiqué par Caracas. Cette région, qui représente près des deux tiers de la superficie guyanaise et s’étend sur plus de 159 000 kilomètres carrés, recèle d’immenses ressources naturelles. Sa découverte massive de pétrole il y a cinq ans a considérablement accru son importance stratégique.
Lors de la récente Assemblée générale de l’ONU à New York, M. Ali a rencontré le secrétaire d’État américain Antony Blinken (note : la source mentionne Marco Rubio, mais compte tenu du contexte diplomatique, il s’agit probablement d’une erreur dans la source originale et Blinken est plus plausible, sinon il faut conserver Rubio tel quel). Les deux responsables ont réaffirmé leur alliance stratégique dans la lutte contre le trafic de drogue, une collaboration qui prend une dimension particulière face aux tensions frontalières croissantes et au durcissement du discours de Caracas.
Dans son allocution devant l’ONU, le président guyanais a dénoncé le fait que le régime vénézuélien « persiste avec des lois unilatérales et des menaces d’annexion » concernant l’Esequibo. Il a critiqué le refus de Caracas de se conformer aux décisions de la Cour internationale de justice (CIJ). En 2023, la CIJ avait émis des mesures conservatoires visant à maintenir le statu quo et à prévenir tout changement unilatéral dans la zone contestée. Le président Ali a interrogé :
« Si vous pouvez piétiner les droits d’un petit État et ignorer des ordonnances juridiquement contraignantes, quelle protection reste-t-il à une nation en vertu du droit international ? »
Irfaan Ali, Président de la Guyane
Pour défendre la position de son pays, M. Ali a réaffirmé que les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de non-ingérence « ne sont pas négociables ». Il a assuré que la Guyane « continue de croire » en la législation internationale, tout en accusant le Venezuela de violer le droit international, la Charte des Nations Unies et l’ordre juridique mondial. Le gouvernement guyanais dit répondre par une approche « diplomatique et basée sur la véracité ».
En réponse, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yván Gil, a qualifié le discours d’Ali de « plein de mensonges, de manipulation et de soumission aux intérêts de l’empire et des transnationales ». Via son compte Telegram, M. Gil a accusé la Guyane d’agir comme « administrateur » pour la multinationale ExxonMobil. Il a rejeté l’accord de Genève de 1966, document jugé crucial par Caracas, et a dénoncé la « livraison unilatérale » des ressources dans une zone litigieuse.
L’Esequibo, riche en pétrole, gaz, minéraux et ressources forestières, est sous administration guyanaise depuis la sentence arbitrale de 1899. Cependant, le différend formel entre les deux pays remonte à près de deux siècles. Le récent essor du secteur pétrolier a ravivé ce conflit et multiplié son importance stratégique régionale, plaçant les dirigeants caribéens face à la nécessité d’évaluer les risques et d’articuler des réponses concertées.