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Le Printemps de Prague entre dans sa neuvième décennie avec le chef d’orchestre vedette Hannigan

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Publié le 2025-11-04 17:10:00. Le Festival du Printemps de Prague, pilier de la scène musicale européenne depuis 1946, s’apprête à célébrer sa 81e édition avec une programmation éclectique, plaçant la bravoure artistique au cœur de ses propositions, sous l’égide de l’audacieuse soprano et cheffe d’orchestre canadienne Barbara Hannigan.

  • La 81e édition du Festival du Printemps de Prague mettra à l’honneur des artistes de renommée mondiale et une programmation s’étendant de la Renaissance à la musique contemporaine.
  • Barbara Hannigan, artiste en résidence, incarne l’esprit du festival avec une approche novatrice de la musique classique, mêlant chant, direction d’orchestre et nouvelles technologies.
  • La programmation rendra hommage aux grands compositeurs européens du XXe siècle tout en explorant des répertoires moins connus, notamment des œuvres du compositeur tchèque Jakub Jan Ryba.

À l’aube de sa neuvième décennie, le Printemps de Prague, fondé en 1946, confirme sa place parmi les festivals de musique les plus prestigieux au monde. Sa 81e édition promet une mosaïque d’expériences musicales, interprétées par des maestros, des orchestres et des solistes de premier plan, parcourant un répertoire allant des joyaux dramaturgiques de la Renaissance jusqu’à nos jours. Chaque année, le festival se distingue par sa capacité à allier les grands classiques à des projets contemporains audacieux, et cette édition ne fait pas exception, plaçant le courage – celui des artistes comme celui du public – au centre de sa démarche : le courage de chercher la beauté sonore, d’explorer de nouvelles émotions et de s’ouvrir à des expériences inédites.

L’artiste en résidence, la Canadienne Barbara Hannigan, soprano et cheffe d’orchestre acclamée, est la figure de proue de cette 81e édition. Connue pour sa capacité à révolutionner le monde de la musique classique avec une audace artistique hors norme, elle brouille les frontières entre les disciplines. Chantant et dirigeant simultanément, n’hésitant pas à intégrer la danse et les nouveaux médias, elle mise sur l’énergie du moment et la prise de risque. « Au Printemps de Prague, j’ai voulu montrer ce que je sais faire », explique-t-elle. Avec la Philharmonie tchèque, elle présentera « La Voix humaine » de Francis Poulenc, un monologue lyrique qu’elle interprétera à la fois en tant que soliste et cheffe d’orchestre. « Je ne me concentre jamais sur une seule interprétation d’une œuvre musicale, c’est pourquoi mes débuts avec la Philharmonie tchèque seront uniques », a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse, évoquant sa récente prestation de ce programme à la Scala de Milan et sa prochaine tournée avec le New York Philharmonic avant Prague. Hannigan enrichira également sa participation au festival par trois autres concerts et une masterclass destinée aux jeunes talents.

Interrogée sur la manière dont elle s’est imposée dans un milieu de la direction d’orchestre traditionnellement masculin, Barbara Hannigan souligne l’importance de l’authenticité : « L’authenticité est la chose la plus importante pour chaque artiste. En tant qu’artistes, nous devons trouver notre propre voix. Je ne me suis jamais considérée comme une femme essayant de s’imposer dans un monde d’hommes. Nous ne devrions jamais diviser les musiciens selon des catégories physiques, mais selon la façon dont ils perçoivent la musique. Car la musique doit toujours transcender toutes les catégories », a-t-elle déclaré au journal Aktuálně.cz. Cependant, cette réflexion amène à s’interroger sur la parité dans le milieu artistique national, la liste des créateurs des premières du festival ne comptant que deux femmes sur onze noms.

Une triade de chefs d’orchestre

Outre Barbara Hannigan, le public pourra applaudir d’autres figures majeures de la musique classique internationale. Parmi eux, le jeune maestro norvégien Klaus Mäkelä, l’Italien Daniele Gatti, et le très populaire Sir Simon Rattle, familier du public tchèque grâce à ses collaborations avec la Philharmonie tchèque, qui dirigera deux concerts. Lors de la soirée d’ouverture, il partagera la scène avec son épouse, la célèbre soprano Magdalena Kožená, pour présenter la création tchèque de « Kde jsi? » d’Ondřej Adámek. Le deuxième concert sera consacré au ballet « L’Oiseau de feu » d’Igor Stravinsky. Dans les deux cas, Sir Simon Rattle dirigera le Symphonique de la radio bavaroise, orchestre dont il est le chef principal et qui fera ses grands débuts au Printemps de Prague. Ce dernier fut longtemps dirigé en exil par le regretté maestro tchèque Rafael Kubelík.

Le festival mettra également en lumière une nouvelle génération de chefs d’orchestre tchèques de talent, tels que Petr Popelka, Jakub Hrůša, Tomáš Netopil, Tomáš Hanus, Václav Luks et Robert Jindra. Ils interpréteront le rarely-played oratorio « Madeleine » de Jules Massenet. Côté pianistes, la scène accueillera le récent lauréat du Concours international de piano Fryderyk Chopin de Varsovie, Eric Lu, la légendaire Martha Argerich, ainsi que le dynamique duo de frères Lucas et Arthur Jussen. La programmation vocale comptera des stars comme Aleksandra Kurzak, Elina Garanča, Benjamin Bernheim et Kang Wang, aux côtés d’artistes locaux tels que Simona Šaturová, Arnheiður Eiríksdóttir et Štěpánka Pučálková.

Plusieurs ensembles de renommée internationale sont attendus, dont l’Orchestre du Siècle des Lumières, le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin et la Sächsische Staatskapelle Dresden, qui clôturera le festival avec un Requiem de Verdi grandiose. Les orchestres nationaux tchèques seront bien sûr représentés par la Philharmonie tchèque, la Philharmonie de Prague et l’Orchestre symphonique de la radio tchèque, qui assurera le concert d’ouverture pour célébrer son centenaire.

La ligne directrice dramaturgique de cette année se concentre sur les grands compositeurs européens du XXe siècle, incluant Arnold Schönberg, Olivier Messiaen, Charles Ives, George Gershwin, Igor Stravinsky, Aaron Copland, Béla Bartók et Francis Poulenc. Outre « La Voix humaine », son opéra « Dialogues des Carmélites » sera également présenté en coproduction avec le Théâtre National, dans une mise en scène de la réalisatrice tchèque de renommée mondiale Barbara Horáková Jola.

Le Printemps de Prague n’oublie pas pour autant les trésors du XIXe siècle et de la musique ancienne. Un moment fort sera la venue de l’Helsinki Baroque Orchestra, dirigé par Aapo Häkkinen, expert reconnu de la musique baroque. Ensemble, ils interpréteront le « Stabat Mater » de Jakub Jan Ryba, un compositeur prolifique souvent réduit à sa seule messe de Noël tchèque. « Ryba était un chantre modeste, mais il devait être en contact avec les influences de l’époque, sinon sa musique spécifique n’aurait pas été créée. Son œuvre reflète la connaissance des tendances actuelles, tout en conservant un langage musical distinctif et compréhensible », confie le chef d’orchestre finlandais, partageant son affection pour le compositeur tchèque aujourd’hui méconnu.

Pour sa 81e édition, le Festival du Printemps de Prague se pare d’une nouvelle identité visuelle, conçue par le studio Oficina sous la direction de Marko Cimbálník. Cette nouvelle présentation se veut une « boîte de chocolats musicaux », offrant une sélection variée d’œuvres classiques, lyriques, expérimentales, contemporaines, ainsi que du jazz et des musiques de qualité au sens large, notamment dans le cadre du projet Prague Offspring.

Parallèlement, les dernières étapes de la sélection du nouveau directeur du festival sont en cours, le nom devant être annoncé début décembre. Comme à l’accoutumée, le Printemps de Prague se tiendra du 12 mai au 4 juin.

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