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Le projet de digue indonésienne : bon pour certains, sombre pour d’autres

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Publié le 2025-10-12 10:03:00. L’Indonésie déploie d’ambitieuses stratégies pour contrer la montée des eaux, notamment par la construction de digues massives, mais les premières réalisations suscitent des réactions contrastées entre espoir et inquiétude. Au nord de Java, île la plus peuplée du pays, les efforts visent à protéger les zones côtières menacées par l’érosion et l’affaissement des terres, un phénomène accentué par l’extraction excessive des eaux souterraines.

  • La construction d’une digue de 6,7 km entre Semarang et Demak, déjà à moitié terminée, offre un premier aperçu des solutions mises en œuvre.
  • Un projet colossal, estimé à 80 milliards de dollars US (environ 104 milliards de dollars singapouriens), est envisagé pour s’étendre sur plus de 500 km le long de la côte nord de Java.
  • L’approche adoptée se veut sur mesure, avec des solutions variées allant de structures fortifiées à des stratégies de retrait et de restauration des mangroves, adaptées aux spécificités locales.

À Semarang et dans ses environs, l’heure est à la fois à l’attente et à l’appréhension. Pour Mme Pangestuti, mère de famille de 41 ans vivant dans le village côtier de Bedono, la montée des eaux a transformé son quotidien. Pendant près de dix ans, elle a dû cuisiner les genoux dans l’eau salée, une situation qu’elle espère voir s’améliorer grâce à la nouvelle digue.

« Nous espérons que le gouvernement nous aidera. Je prie pour que les choses reviennent à la normale un jour », confie-t-elle, illustrant l’espoir profond des habitants face à cette menace constante. Son voisin, Mme Fauli Munawar, 60 ans, partage ce sentiment, attendant avec impatience la fin des travaux qui lui permettront, espère-t-elle, de retrouver une vie plus stable après que sa maison ait été envahie par les flots il y a une décennie.

Cependant, le projet de digue Semarang-Demak, dont les travaux ont débuté en 2023 sous l’administration du président Joko Widodo et devraient s’achever en 2026, ne fait pas l’unanimité. Les pêcheurs, en particulier ceux qui utilisent de petits bateaux, expriment leur mécontentement face à la baisse de leurs prises. M. Sutrisno Nurman, 58 ans, constate un impact direct sur son élevage de chanos. La digue partiellement achevée entrave la circulation de l’eau salée nécessaire à ses bassins, ralentissant la croissance des poissons et affectant leur poids et leur goût.

« Non seulement les poissons ont grandi lentement, mais leur poids n’a pas non plus atteint le maximum. Les acheteurs se sont plaints du goût boueux de mon poisson », explique M. Sutrisno, précisant que ces problèmes ont commencé à se manifester en juin. M. Abdul Latif, pêcheur traditionnel de 31 ans, voit ses revenus chuter de trois quarts. Autrefois capable de gagner environ 300 000 roupies (environ 23 dollars singapouriens) par jour en capturant poissons, crabes et moules, il peine désormais à trouver de quoi subsister.

Face à ces préoccupations, le gouvernement indonésien, sous l’impulsion du président Prabowo Subianto, adopte une approche qui se veut nuancée. Le vice-ministre de la coordination des infrastructures et du développement régional, M. Rachmat Kaimuddin, a souligné le 4 octobre dernier à Jakarta que le projet ne consisterait pas en une seule muraille monolithique, à l’image de la Grande Muraille de Chine. « Nous n’en construisons pas un qui ressemble à la Grande Muraille de Chine qui s’étend continuellement sur des centaines de kilomètres », a-t-il précisé, indiquant que des structures adaptées seraient conçues pour chaque région.

Les zones prioritaires identifiées sont celles qui présentent une forte densité de population, une haute valeur économique ou historique. Jakarta et Semarang figurent en tête de liste, suivies des villes côtières de Cirebon et Pekalongan. En août, M. Prabowo a d’ailleurs créé une « Autorité de gestion de la digue de la côte nord de Java » afin de superviser ce projet d’envergure, bien que le plan initial date de 1995.

Pour M. Dedi Kusuma Wijaya, directeur général de Karsa City Lab, un groupe de réflexion spécialisé dans l’urbanisation et le changement climatique, cette approche personnalisée est judicieuse. « C’est la bonne approche. Souvent, nous nous forçons à viser un projet gigantesque et nous ne commençons jamais à le réaliser », observe-t-il. Il rappelle l’exemple de la relocalisation de producteurs d’épinards dans le nord de Jakarta en 2019, où le gouvernement municipal avait soutenu leur transition vers l’agriculture hydroponique après l’acquisition de leurs terres.

La construction de la digue à Semarang-Demak implique la mise en place de barrières robustes, qualifiées de « forteresses ». Dans les zones moins densément peuplées, une stratégie de « retrait » est envisagée, incluant le déplacement des populations vers l’intérieur des terres et la plantation de mangroves comme protection naturelle. D’autres solutions, comme des digues surélevées, sont également à l’étude. M. Rachmat Kaimuddin a réaffirmé que le gouvernement s’appuierait sur les études précédentes pour établir un plan directeur principal, le président Prabowo souhaitant désormais passer à la phase de mise en œuvre.

Malgré ces efforts, des experts alertent sur les potentiels dommages économiques pour les communautés dépendantes de la mer et la perturbation de l’écosystème marin. M. Dedi Kusuma Wijaya souligne l’importance de ne négliger aucune communauté : « Personne ne devrait se sentir négligé… Le gouvernement devrait trouver un moyen créatif de garantir que les intérêts de chacun sont protégés. »

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