Alors que le gaz naturel suscite un intérêt renouvelé et que l’économie de l’intelligence artificielle (IA) explose, le Texas s’impose comme un leader incontesté, attirant les géants technologiques grâce à son climat économique favorable et à son abondance énergétique. Pendant ce temps, l’Arabie saoudite et ses partenaires de l’OPEP+ voient leur capacité de production de pétrole excédentaire s’amenuiser, soulevant des inquiétudes quant à la stabilité future des marchés pétroliers.
L’avenir de l’économie semble indéniablement lié au gaz naturel. Si l’on en croit les tendances actuelles, les régions qui disposent de cette ressource, et savent en tirer parti, sont appelées à prospérer. Le Texas, qui produit plus d’un quart du gaz naturel américain, en est la parfaite illustration. L’État est devenu une destination de choix pour le développement de centres de données, essentiels à l’essor de l’IA et du cloud computing.
Cette suprématie texane s’explique par un environnement particulièrement attractif. Un marché de l’électricité déréglementé garantit des prix compétitifs, tandis que des politiques favorables aux entreprises simplifient les démarches administratives et offrent des incitations significatives. Contrairement à des États comme le Vermont, New York, le Maryland, Washington et la Californie, qui ont restreint ou interdit la fracturation hydraulique, le Texas capitalise sur son potentiel énergétique. Les entreprises spécialisées dans les centres de données et le minage de cryptomonnaies peuvent même s’approvisionner directement auprès des producteurs, assurant ainsi l’approvisionnement énergétique colossal nécessaire à leurs opérations.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au premier semestre 2025, Dallas a absorbé 575 mégawatts (MW) de capacité de centres de données, se plaçant en deuxième position sur le marché nord-américain, juste derrière la Virginie du Nord. Cette croissance est alimentée par la demande exponentielle en IA et en cloud computing, positionnant le Texas comme un hub majeur pour les installations hyperscale de sociétés telles que Microsoft, Google et Oracle.
Dans ce contexte, Nscale, un développeur de centres de données axé sur l’IA, a annoncé son quatrième accord en deux mois. L’entreprise construira une nouvelle installation pour Microsoft au Texas, dont l’ouverture est prévue au troisième trimestre 2026. Ce site pourra accueillir jusqu’à 240 MW de puissance et environ 104 000 puces Nvidia GB300. Fondée en 2024 suite à la scission d’un mineur de cryptomonnaies, Nscale connaît une expansion rapide pour répondre à la demande croissante en ressources de calcul pour l’IA.
Cependant, la Virginie du Nord, et plus particulièrement la région d’Ashburn surnommée « Data Center Alley », demeure l’épicentre mondial des centres de données avec près de 6 000 MW en exploitation ou en construction, et davantage encore en projet. Malgré des contraintes d’électricité et des prix immobiliers élevés, la demande y reste colossale, portée par les hyperscalers et un réseau de fibre optique particulièrement dense.
D’autres métropoles émergent sur la carte des centres de données. Atlanta, en Géorgie, bénéficie de terrains abordables, d’un réseau de fibre optique en plein essor et de liens solides avec de grandes entreprises. Certains experts prédisent qu’Atlanta pourrait même concurrencer Dallas d’ici 2030. À Chicago, dans l’Illinois, la ville est un carrefour stratégique pour le Midwest et affiche le troisième taux d’absorption de centres de données le plus élevé début 2025, un essor soutenu par des acteurs comme le groupe CME, qui requiert une puissance de calcul et une intelligence artificielle considérables.
Parallèlement à cette effervescence dans le secteur des centres de données, les marchés pétroliers mondiaux font face à une situation contrastée. Bien que les prix aient récemment chuté, le marché s’oriente vers une perception de surabondance, alimentée par les rapports de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). Toutefois, une analyse de John Kemp Energy met en lumière un point de préoccupation majeur : la capacité de production de pétrole inutilisée de l’Arabie saoudite et de ses partenaires de l’OPEP+ s’est considérablement réduite.
Selon John Kemp, citant l’AIE, cette capacité excédentaire s’élève à moins de 4 millions de barils par jour. Bien que ce tampon limité ne représente pas un risque immédiat, la production dépassant actuellement la consommation et les stocks mondiaux augmentant, il pourrait engendrer des vulnérabilités significatives d’ici fin 2026 ou 2027. Cette réduction de la capacité inutilisée explique en partie la stabilité relative des contrats à terme sur le pétrole à long terme, oscillant entre 65 et 70 dollars le baril cette année, malgré les fluctuations à court terme.
En septembre, les membres de l’OPEP+ disposaient de 3,4 millions de barils par jour de capacité inutilisée, l’Arabie saoudite en constituant la majeure partie. Cette capacité n’est plus que de 3 % de la production mondiale, offrant une protection limitée contre d’éventuelles perturbations. À mesure que la capacité des autres membres de l’OPEP+ diminue, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis voient leur influence sur le marché pétrolier s’accroître.
La prévision est donc celle d’un marché qui se resserre à long terme, contredisant les attentes de surabondance. La demande, quant à elle, semble se porter mieux que prévu.
Dans ce contexte, une bonne nouvelle provient de TotalEnergies. Le géant pétrolier français affiche des résultats solides malgré la baisse des prix du pétrole et de la production de GNL. Les marges de raffinage européennes ont connu une augmentation spectaculaire, dépassant les 300 %, principalement stimulées par la forte demande de diesel et l’embargo européen sur le pétrole russe. L’entreprise anticipe même une amélioration de son ratio d’endettement d’ici la fin du deuxième trimestre 2025.