Publié le 14 octobre 2025 12:37:00. Les fondations de l’accusation dans le dossier de meurtre visant un ancien soldat britannique durant le « Dimanche Sanglant » sont sérieusement remises en question. La défense a soulevé de doutes quant à la fiabilité des témoignages sur lesquels repose le parquet.
Le soldat F, dont l’identité reste confidentielle pour les besoins de la procédure, comparaît devant le tribunal de Belfast pour des faits remontant au 30 janvier 1972. Il est poursuivi pour le meurtre de Jim Wray, 22 ans, et William McKinney, 26 ans, ainsi que pour tentative de meurtre sur cinq autres individus. Ces victimes faisaient partie d’un cortège de manifestants pour les droits civiques qui avaient essuyé des tirs de l’armée britannique à la fin d’une manifestation.
Au total, treize personnes avaient trouvé la mort lors de ces événements, et une quatorzième est décédée ultérieurement des suites de ses blessures. L’essentiel des preuves avancées par l’accusation provient des déclarations de plusieurs de ses anciens camarades parachutistes présents sur les lieux ce jour-là. Ces témoignages, recueillis peu après la fusillade, ont conduit le parquet à affirmer que le soldat F avait ouvert le feu dans le parc Glenfada Nord, qualifiant ces tirs d' »injustifiés, inutiles et gratuits ».
Cependant, la défense a plaidé pour un rejet des charges, mettant en avant des incohérences flagrantes dans les témoignages clés. Mark Mulholland KC, avocat du soldat F, a notamment pointé du doigt les déclarations du soldat G, un autre militaire dont le récit est central pour l’accusation. Selon Me Mulholland, le témoignage du soldat G serait « imparfait », avec des versions multiples et évolutives concernant l’identité du tireur dans le parc Glenfada Nord.
« Il y a une dilution évidente » dans la parole du soldat G, a soutenu l’avocat. Il a rappelé qu’une première déclaration indiquait clairement que le soldat F avait tiré, tandis qu’une version ultérieure suggérait qu’il en avait seulement « supposé » que c’était le cas. La défense s’appuie par ailleurs sur des preuves civiles pour soutenir que tous les tirs pourraient être attribués au premier soldat arrivé sur les lieux, identifié comme le soldat G, aujourd’hui décédé.
Le soldat G aurait lui-même admis, par la suite, des inexactitudes dans ses déclarations. « Il s’est rétracté sur tous les points », a affirmé Me Mulholland, qualifiant les récits, rédigés à quelques mois d’intervalle, de « fondamentalement contradictoires les uns avec les autres, fondamentalement erronés et incompatibles ». Ces divergences rendraient, selon la défense, « inconcevable » de considérer le témoignage du soldat G comme crédible.