Publié le 21 octobre 2025. La quatrième session plénière du 20e Comité central du Parti communiste chinois (PCC), censée définir la trajectoire du pays pour les cinq prochaines années, s’est ouverte dans un climat de tensions palpables au sein de la haute direction. Un silence médiatique inhabituel et une communication dépouillée ont entouré l’événement, alimentant les spéculations sur les dynamiques internes du pouvoir.
- La couverture médiatique officielle de la première journée de la plénière a été particulièrement discrète, se limitant à des communiqués laconiques.
- Un éditorial de l’agence Xinhua a souligné l’importance du leadership de Xi Jinping pour le succès des plans économiques futurs, dans un contexte de difficultés économiques réelles.
- Des rumeurs circulent sur un possible remaniement au sein de la Commission militaire centrale.
La quatrième session plénière du 20e Comité central du Parti communiste chinois s’est tenue à Pékin du 20 au 23 octobre 2025. Dès le premier jour, les médias officiels du PCC, tels que l’agence de presse Xinhua, le Quotidien du Peuple et CCTV News, ont adopté une approche inhabituellement sobre. Ces organes de presse, qui publient habituellement des reportages détaillés et largement illustrés lors de tels événements, se sont contentés de diffuser simultanément un communiqué mettant l’accent sur la formulation du 15e Plan quinquennal. Ce plan, censé résumer les réalisations du 14e quinquennat et tracer la voie du développement de haute qualité et de l’autonomie scientifique et technologique, a été présenté comme étant placé sous l’égide du « Comité central du Parti avec Xi Jinping comme noyau », une formule réitérée à plusieurs reprises.
Dans la soirée, un bref message d’une centaine de mots a confirmé le lancement de la session plénière, indiquant que Xi Jinping avait présenté un rapport de travail au nom du Bureau politique et exposé les « Recommandations du Comité central du Parti communiste chinois sur la formulation du 15e plan quinquennal pour le développement économique et social national (projet de discussion) ». Cependant, aucune image d’actualité, aucun extrait de discours ni aucune séquence du lieu n’ont été diffusés, marquant une rupture nette avec les pratiques habituelles qui privilégient des reportages riches et une forte couverture médiatique.
Sur CCTV, la couverture a été encore plus succincte. La chaîne a brièvement mentionné dans sa section internationale que « la communauté internationale prête attention à la quatrième session plénière du 20e Comité central du Parti communiste chinois et attend avec impatience que cette réunion injecte une nouvelle stabilité et une nouvelle confiance dans l’économie mondiale ». Ce silence médiatique d’une part, et la discrétion inhabituelle de l’autre, interviennent dans un contexte marqué par une nouvelle série de purges au sein de la haute direction militaire du PCC, neuf généraux ayant été exclus du parti peu avant la réunion. Cette conjonction de facteurs rend l’évaluation de la situation réelle au sommet du pouvoir PCC particulièrement difficile pour l’observateur extérieur, renforçant l’idée d’une « situation extrêmement tendue au sommet ».
Un long éditorial pour cadrer le discours
Dans la matinée du 20 octobre, l’agence de presse Xinhua a publié un long éditorial intitulé « Assurer des progrès décisifs dans la réalisation fondamentale de la modernisation socialiste – Écrit à l’occasion de la quatrième session plénière du 20e Comité central du Parti ». Ce texte, qui cite et mentionne à de multiples reprises les déclarations du « Secrétaire général Xi Jinping », semble avoir eu pour objectif de définir le ton des discussions sur le 15e Plan quinquennal.
Selon l’analyse du blogueur financier « Huihu Shuofang », le message central de cet éditorial vise à attribuer toutes les réalisations passées au leadership « central » et à promouvoir les lignes politiques futures. L’éditorial soutient que le PCC ne reconnaît aucun problème économique, affirmant que le développement économique et la stabilité sociale à long terme ont été rendus possibles par le leadership de Xi Jinping, qualifié de « deux miracles » dans l’histoire économique mondiale. La complexité de la situation sociale actuelle serait également imputable à son action. Enfin, l’éditorial insiste sur le fait que les réalisations actuelles n’auraient pu voir le jour sans l’orientation de la pensée de Xi Jinping, et que le contrôle de la deuxième économie mondiale et son développement futur dépendent fondamentalement du rôle central du PCC.
Le blogueur en déduit qu’il n’y aura pratiquement aucune nouvelle information lors de cette quatrième session plénière, le traditionnel communiqué final n’étant attendu que le dernier jour. « Je peux vous donner un aperçu du communiqué à l’avance », écrit-il, « le contenu inclura tous les aspects du développement de la Chine. Le communiqué final donnera à chacun une ‘perspective’ et tracera un plan pour que le peuple demeure des poireaux, des vaches et des chevaux, au service de l’organisation du PCC. »
« Huihu House Talk » rapporte également qu’en ce premier jour de la session plénière, une jeune femme en situation de détresse avait mis fin à ses jours en se jetant dans la rivière Yongding à Pékin. Il déplore que, malgré les difficultés de la vie quotidienne, les dirigeants du PCC et les médias du parti continuent dans leur « chant et danse ». Il anticipe une évolution de l’économie chinoise vers une économie planifiée et une gouvernance sociale à la coréenne du Nord.
Spéculations autour de la Commission militaire centrale
L’exclusion de neuf généraux du PCC du parti, juste avant la quatrième session plénière, n’est pas passée inaperçue. Ces purges militaires surviennent alors que des rumeurs persistantes font état d’un possible remaniement au sommet de la Commission militaire centrale. Des informations non confirmées circulent sur internet, suggérant que Xi Jinping pourrait démissionner de la présidence de cette commission, laissant la place à Zhang Youxia.
Le commentateur politique « Yuan Cheng » observe que presque chaque paragraphe de l’éditorial de Xinhua se concentre sur Xi Jinping, louant les « grands miracles » économiques des cinq dernières années, contrastant ainsi avec le ralentissement économique et les contraintes financières actuels. Selon lui, il s’agirait d’un « patch politique » visant à maintenir la stabilité, voire d’une stratégie de tampon en prévision d’une éventuelle « sortie ordonnée » de Xi Jinping.
Le commentateur indépendant Yue Shan interprète ces communiqués de Xinhua comme une forme de satire cachée, une rhétorique typiquement « haut de gamme noir ». Il souligne que si tout succès est attribué au « noyau », les problèmes économiques, l’endettement croissant et autres difficultés sont renvoyés vers une « mauvaise mise en œuvre locale » ou un « mauvais environnement international ». Cette dichotomie, qui attribue tous les mérites au sommet et toute la responsabilité à la base, peut sembler exaltante, mais elle révèle en réalité la fragilité du système de pouvoir.