Home International Le rêve américain est terminé. Les Américains parlent de révolution. « Ce n’est pas sain »

Le rêve américain est terminé. Les Américains parlent de révolution. « Ce n’est pas sain »

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Publié le 2 novembre 2025, 15:21:00. Un sondage POLITICO révèle un profond pessimisme chez les Américains, qui doutent de l’avenir de leur nation et de l’honnêteté de leur gouvernement, un sentiment qui transcende les clivages politiques.

  • Près de la moitié des Américains estiment que les meilleurs jours de leur pays sont révolus.
  • Une majorité significative des sondés pense que le gouvernement américain ment intentionnellement à ses citoyens.
  • La foi dans le « rêve américain » s’effrite, particulièrement chez les jeunes générations.

Le prestige des États-Unis semble s’éroder, non pas tant à l’étranger, mais au sein même de la population américaine. Dans une société marquée par une profonde division, le pessimisme et le cynisme semblent gagner du terrain. Selon une enquête menée par Public First pour POLITICO, près des deux tiers des personnes interrogées estiment qu’il est probable que le gouvernement américain mente délibérément aux citoyens. Cette méfiance, loin d’être l’apanage d’un groupe politique, est largement partagée : une écrasante majorité des sympathisants de Donald Trump (64 %) et de Kamala Harris (70 %) s’accordent sur ce point.

Les chiffres de ce sondage, réalisé auprès de 2 051 adultes américains entre le 18 et le 21 octobre 2025, dressent un tableau préoccupant. Près de la moitié des Américains (49 %) déclarent que les meilleurs jours de leur pays sont derrière eux, un sentiment plus répandu que celui de ceux (41 %) qui croient encore en un avenir radieux. Ce constat traduit une anxiété généralisée quant à leur propre avenir et à la trajectoire du pays.

Les Démocrates plus pessimistes que les Républicains

Paradoxalement, ce pessimisme semble particulièrement prononcé chez les électeurs démocrates. Interrogés sur les « meilleurs moments » de l’histoire américaine, une infime partie seulement évoque le présent. Près des deux tiers des électeurs de Kamala Harris estiment que ces moments sont passés. Chez les partisans de Donald Trump, 55 % sont convaincus que le meilleur reste à venir. Cette perception est probablement liée au fait que le parti au pouvoir influence la vision que les citoyens ont de la situation nationale.

« Les Américains auront des opinions divergentes sur la situation du pays en fonction de qui est au pouvoir et du parti auquel ils s’identifient. »

Jennifer McCoy, politologue à la Georgia State University

L’opinion publique pourrait évoluer avec un changement de majorité à la Maison Blanche. Pour l’instant, les électeurs démocrates expriment une vision particulièrement sombre. Plus de la moitié d’entre eux (51 %) considèrent que les États-Unis ne sont plus une démocratie fonctionnelle. À l’inverse, 52 % des électeurs de Trump estiment que le pays reste un modèle. Ce pessimisme touche également la perception de la qualité de vie : près de 70 % des sympathisants démocrates estiment qu’elle s’est dégradée au cours des cinq dernières années, une période marquée par la pandémie de COVID-19 et une campagne électorale tendue. Chez les électeurs de Trump, seuls 42 % partagent cette opinion, la majorité estimant que la qualité de vie s’est améliorée.

Cette morosité ne se limite pas aux frontières américaines. Plus des trois quarts des électeurs de Kamala Harris (76 %) estiment que le monde est aujourd’hui en moins bon état qu’il y a cinq ans, un sentiment partagé par 44 % des partisans de Donald Trump.

La fin du rêve américain ?

La foi dans le « rêve américain », cet idéal national basé sur l’idée que le travail acharné et la discipline permettent d’améliorer sa condition, semble également s’étioler. Près de la moitié des Américains (46 %) estiment que ce rêve n’existe plus, une opinion largement majoritaire face aux 26 % qui pensent le contraire.

Ce constat est particulièrement marquant chez les électeurs de Kamala Harris, où 51 % partagent cette conviction. Les partisans de Donald Trump sont plus divisés : 38 % pensent que le rêve américain n’est plus accessible, tandis que le même pourcentage estime qu’il existe toujours. Selon Jennifer McCoy, cette érosion de la confiance reflète un pessimisme généralisé quant à la situation économique actuelle des États-Unis.

Les jeunes générations sont les plus touchées par ce désenchantement. Plus de la moitié des 18-24 ans (55 %) expriment un manque de confiance dans le rêve américain, contre 36 % des plus de 65 ans. « La mobilité sociale se dégrade, et la mobilité sociale est intrinsèquement un indicateur du rêve américain », explique Jennifer McCoy. « Les jeunes le ressentent particulièrement. Ils ont le sentiment de ne pas pouvoir acheter une maison, de ne pas pouvoir assumer les frais liés aux enfants, d’être encore endettés pour leurs études, etc. »

Une polarisation grandissante

Le pessimisme généralisé trouve également ses racines dans la perception croissante d’une polarisation politique accrue aux États-Unis. Plus de la moitié des personnes interrogées (59 %) estiment que la situation politique est moins bonne qu’il y a cinq ans, un sentiment plus prégnant chez les Américains de plus de 65 ans.

Cette division se répercute dans la sphère privée : 61 % des sondés déclarent que la plupart de leurs amis partagent leurs opinions politiques. Ce phénomène touche tous les partis (65 % des électeurs de Trump et 67 % des électeurs de Harris), toutes les tranches d’âge et les deux sexes.

« L’anonymat exacerbe la colère et incite vraiment les gens […] La spécialité de certaines personnes est la colère et son expression. »

Dashie Burns, de POLITICO, dans « The Conversation »

L’influence d’Internet et de la culture des commentaires anonymes est également pointée du doigt comme un facteur de dégradation du débat politique. 41 % des Américains interrogés n’ont pas d’ami proche ayant voté pour un parti différent du leur, une proportion plus élevée chez les jeunes et les sympathisants de Kamala Harris.

« Nous traversons une profonde crise de connexion et de sens dans le pays, et Trump n’est qu’un symptôme, pas la cause de cette crise. Nous sommes conçus pour rechercher un objectif commun, mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde où nous passons moins de temps que jamais avec notre famille, nos amis et nos pairs. »

Chris Murphy, sénateur américain

Un « changement radical » nécessaire

Face à ce constat, une majorité d’Américains (52 %) appellent à un « changement radical » pour améliorer la qualité de vie dans le pays. Ce désir de transformation est particulièrement marqué chez les jeunes et les électeurs de Kamala Harris.

Certains vont encore plus loin : 35 % des Américains estiment que les États-Unis ont besoin d’une révolution. Cette opinion est partagée par les électeurs des deux principaux camps politiques, avec 39 % chez les sympathisants démocrates et 32 % chez les partisans républicains.

Malgré ce pessimisme ambiant, une majorité des Américains (64 %) expriment encore de la fierté d’être Américains.

« Les Américains ont besoin d’espoir et de confiance. La grande majorité des habitants de ce pays comprennent que ce qui se passe actuellement n’est pas sain et ne peut pas durer. »

Maury Giles, PDG de Braver Angels

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