Publié le 13 février 2024 16:51:00. Loin de l’image idéalisée véhiculée par la culture populaire, une exposition au British Museum explore l’histoire complexe et souvent surprenante des samouraïs, guerriers japonais dont l’héritage perdure à travers les siècles.
- L’ascension des samouraïs ne s’est pas faite uniquement par la force des armes, mais aussi par une habile exploitation du pouvoir culturel et politique.
- Contrairement à une idée reçue, les samouraïs n’étaient pas un groupe homogène et ont évolué au fil du temps, intégrant des influences étrangères, notamment européennes.
- L’exposition du British Museum vise à démystifier l’histoire des samouraïs et à révéler la réalité de leur vie, de leurs motivations et de leur impact sur la société japonaise.
L’histoire des samouraïs fascine depuis longtemps, inspirant des œuvres artistiques variées, de la littérature aux films en passant par les jeux vidéo et même l’univers de Star Wars. Pourtant, l’image que nous en avons est souvent déformée, loin de la complexité de leur réalité historique. Une exposition intitulée « Samurai », actuellement présentée au British Museum, se propose de lever le voile sur ces guerriers légendaires et de révéler la vérité sur leur existence.
Qui étaient réellement ces samouraïs et comment leur histoire a-t-elle débuté ? Rosina Buckland, conservatrice de l’exposition au British Museum, explique que les samouraïs n’étaient pas un groupe monolithique.
« Je pense que la perception occidentale des samouraïs est qu’ils étaient des guerriers – et ils l’étaient. C’est comme ça qu’ils ont commencé, puis ils ont acquis un statut puissant au Moyen Âge. Mais ce n’est pas tout. »
Rosina Buckland, conservatrice de l’exposition sur les samouraïs au British Museum
Leur origine remonte au Xe siècle, où ils servaient initialement comme mercenaires à la cour impériale avant de devenir progressivement des nobles ruraux. Ils ne correspondaient pas à l’idéal chevaleresque que l’on leur attribue souvent. Au combat, ils recouraient à des tactiques opportunistes, comme les embuscades et la tromperie, et étaient motivés par l’acquisition de terres et l’ascension sociale plutôt que par un code d’honneur rigide.
L’exposition révèle également l’importance des influences étrangères dans la culture samouraï. Par exemple, l’armure qu’ils portaient, notamment la protection thoracique de style portugais, était conçue pour résister aux armes à feu européennes introduites au Japon en 1543.
L’ascension politique des samouraïs s’est faite en exploitant le chaos sociétal et les conflits de succession. En 1185, le clan Minamoto parvint à renverser l’ordre établi et à établir un nouveau gouvernement en parallèle de la cour impériale. Au fil des années, différentes familles se sont succédé au pouvoir, à l’issue de batailles acharnées.
Mais, selon Rosina Buckland, « même à ces premiers stades, la culture était cruciale – c’était une force » que les samouraïs savaient exploiter. Les chefs militaires, appelés shoguns, comprirent qu’ils ne pourraient assurer la stabilité sans abandonner l’image du chef de guerre primitif et adopter des pratiques sociales plus sophistiquées.
Ils ont ainsi renforcé leur arsenal militaire tout en développant des compétences culturelles, s’inspirant de la philosophie confucéenne pour équilibrer puissance militaire et influence sociale. Les samouraïs maîtrisaient non seulement l’art de la guerre, mais aussi des disciplines artistiques telles que la calligraphie, la poésie, la musique, le théâtre et la cérémonie du thé. L’exposition présente notamment un magnifique éventail orné d’orchidées, datant du XIXe siècle et réalisé par un artiste de la classe samouraï.
La série télévisée « Shogun », dont la deuxième saison est en cours de production, dépeint une période charnière de l’histoire des samouraïs : l’ascension de Tokugawa Ieyasu, qui réussit à unifier le Japon en 1600 et à établir un shogunat qui régnera pendant plus de 250 ans. Cette période de paix relative permit aux samouraïs de se consacrer à l’administration et aux arts.
Sous le shogunat Tokugawa, l’influence des femmes samouraïs s’est accrue. Elles supervisaient la gestion des domaines, l’éducation des enfants et maîtrisaient les arts de l’hospitalité. Une gravure sur bois de 1852 représente Tomoe Gozen, épouse d’un général Minamoto, combattant vaillamment lors de la bataille d’Awazu en 1184, où elle aurait décapité un guerrier ennemi de ses propres mains.
Avec l’ouverture du Japon au commerce international et la modernisation de ses institutions sous le règne de l’empereur Meiji, la classe des samouraïs fut abolie en 1869, marquant un tournant décisif dans leur histoire. Rosina Buckland estime qu’à partir de ce moment, l’histoire des samouraïs s’est davantage rapprochée du mythe que de la réalité.
L’image du samouraï a été largement diffusée à l’étranger, notamment grâce à des ouvrages tels que « L’Esprit du Japon » (1899) de Nitōbe Inazu, qui a connu un grand succès auprès de personnalités influentes comme le président américain Theodore Roosevelt. Au XXe siècle, le cinéma a contribué à populariser l’image du samouraï, avec des films emblématiques comme « Les Sept Samouraïs » (1954) d’Akira Kurosawa, qui a inspiré « Les Sept Mercenaires » (1960), ainsi que des productions hollywoodiennes telles que « Le Dernier Samouraï » (2003) et « 47 Ronin » (2013).
L’exposition du British Museum révèle que le film « Un nouvel espoir » (Star Wars, 1977) s’est inspiré du film « La Forteresse cachée » (1958) d’Akira Kurosawa, et que l’influence des costumes samouraïs est visible dans l’armure de Dark Vador.
L’exposition « Samurai » est présentée au British Museum de Londres jusqu’au 4 mai 2024. Elle offre une perspective nouvelle et nuancée sur l’histoire de ces guerriers, de leurs origines modestes à leur ascension au pouvoir et à leur contribution à la culture japonaise.