Publié le 2025-10-24 07:02:00. Le président vénézuélien Nicolás Maduro incite à la délation via l’application VenApp, ravivant les craintes d’une surveillance accrue et d’une dégradation du tissu social. Cette initiative rappelle les méthodes répressives observées après les élections de 2024.
- Le gouvernement de Maduro relance la plateforme VenApp pour encourager les signalements citoyens, ciblant notamment les opposants politiques.
- Des organisations de défense des droits humains ont précédemment alerté sur l’utilisation de cette application à des fins de répression.
- La stratégie vise à instaurer un climat de méfiance généralisée, affectant la coexistence pacifique et la vie quotidienne des Vénézuéliens.
Dans une atmosphère de tension palpable, Nicolás Maduro a pris une mesure qui semble viser à renforcer son contrôle sur la population. L’application VenApp, déjà existante depuis 2022, est réactivée avec une nouvelle fonctionnalité encourageant les citoyens à dénoncer toute activité suspecte. Le message codé, décrypté par un habitant, suggère que le terme « pluie » symbolise la présence de « gringos » et que son intensité croissante annonce une invasion. Ce langage codé illustre la paranoïa ambiante et la militarisation de l’information au sein du régime.
Cette nouvelle orientation politique ne surprend guère, l’histoire témoignant de la propension des régimes autoritaires à cultiver le « sapeo », terme désignant la délation. Le recours à des « accusetas » dans les écoles, ancêtre des dénonciations actuelles, illustre la longévité de cette pratique. Cependant, ce sont les régimes se revendiquant révolutionnaires qui semblent exceller dans l’encouragement des « mouchards ». La démarche de Maduro s’inscrit dans cette lignée, en intégrant explicitement les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) dans la gestion de l’information, renforçant ainsi le système de surveillance.
Il est important de rappeler le contexte de cette initiative. Suite aux élections de 2024 et à la répression qui s’en est suivie, des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, avaient déjà dénoncé l’utilisation de VenApp. L’application aurait servi à inciter la population à signaler les manifestants antigouvernementaux. Le président Maduro lui-même avait alors encouragé cette pratique, déclarant :
« Nous allons ouvrir une fenêtre spéciale sur la page VenApp que nous utilisons pour le 1×10 du bon gouvernement, avec la page 58, maintenant une fenêtre spéciale va être ouverte pour toute la population vénézuélienne afin qu’elle puisse y mettre de manière confidentielle les données de tous les criminels qui ont menacé le peuple, qui ont attaqué le peuple, pour les poursuivre, afin qu’il y ait justice. »
La démarche actuelle de Maduro semble donc être une reprise de cette stratégie, visant à rappeler à ses partisans que la délation est non seulement autorisée mais également encouragée, et ce, 24 heures sur 24. Une telle politique ne peut qu’avoir des conséquences désastreuses sur la coexistence et la confiance mutuelle au sein des communautés. Personne n’osera désormais témoigner de l’augmentation des prix ou de la précarité des retraites, de peur de représailles. Ce système engendre une méfiance généralisée, où chaque citoyen devient un suspect potentiel, avec la possibilité de ruiner la vie d’autrui. Pourtant, ces mêmes citoyens partagent un quotidien similaire, vivant dans le même pays, la même ville, la même urbanisation, et leurs enfants jouent peut-être dans les mêmes parcs, ignorant les sombres manigances qui menacent leur avenir.