Publié le 2025-10-14 14:11:00. L’Amérique se dirige inexorablement vers la faillite, prévient David Kelly, stratège mondial en chef chez JPMorgan Asset Management. Un scénario qui, bien que redouté, se déroule à un rythme lent, laissant les marchés dans un état de quiétude relative.
- La dette fédérale américaine ne cesse de croître, dépassant les 37 800 milliards de dollars, avec 1 200 milliards de dollars consacrés au service de cette dette.
- Malgré des défis économiques et géopolitiques multiples, la question cruciale demeure : comment le gouvernement américain compte-t-il honorer ses engagements financiers ?
- Des mesures visant à réduire la dette, comme la proposition d’Elon Musk de créer un département d’efficacité gouvernementale, ont été suggérées mais n’ont pas abouti, tandis que d’autres, comme la loi « One Big Beautiful Bill », pourraient aggraver la situation.
David Kelly, dans une note interne, a mis en lumière cette problématique structurelle. Bien que l’économie américaine soit confrontée à une litanie de problèmes – tensions géopolitiques, guerres commerciales, ajustements migratoires et fermetures gouvernementales –, la question de la soutenabilité de la dette publique plane comme une ombre persistante. Le stratège souligne que, contrairement à une crise soudaine, la dégradation financière des États-Unis est un processus graduel. « Même si nous allons faire faillite, nous le faisons lentement », affirme-t-il, notant que les marchés obligataires mondiaux semblent conscients de cette trajectoire, comme en témoigne le coût encore relativement bas de l’emprunt à long terme pour le gouvernement américain (un rendement de 4,6 % sur 30 ans au moment de la rédaction).
Des initiatives ont été évoquées pour tenter d’assainir les finances publiques. Le président Trump avait notamment sollicité l’aide d’Elon Musk, PDG de Tesla, pour créer un « Département de l’efficacité gouvernementale » (DOGE) avec l’objectif affiché de réduire le budget fédéral de 2 000 milliards de dollars. Cependant, ce projet aurait rencontré des obstacles, notamment des divergences sur la loi « One Big Beautiful Bill ». Le Congressional Budget Office (CBO) avait estimé que cette loi pourrait ajouter 3 400 milliards de dollars à la dette nationale sur la prochaine décennie. La Maison Blanche, de son côté, a tenté de compenser les dépenses et les baisses d’impôts par des mesures tarifaires, le CBO prévoyant que ces tarifs réduiraient les déficits globaux de 4 000 milliards de dollars d’ici 2035.
Malgré ces chiffres alarmants, certains indicateurs à court terme pourraient prêter à un optimisme mesuré. Les recettes douanières, par exemple, ont généré des sommes substantielles (31 milliards de dollars rien qu’en août, selon la Maison Blanche). De plus, des estimations récentes du CBO et du Comité pour un budget fédéral responsable (CRFB) indiquent que les déficits pour l’exercice 2025 pourraient s’élever à 6 % du PIB, une légère baisse par rapport aux 6,3 % de l’année précédente. Cette diminution relative de l’emprunt par rapport à la croissance économique est un facteur clé surveillé par les créanciers, car le ratio dette/PIB est un baromètre de la capacité d’un pays à honorer ses obligations.
Cependant, David Kelly met en garde contre une interprétation trop simpliste de ces chiffres. Il rappelle que la dette fédérale totale détenue par le public frôle les 30 300 milliards de dollars, soit 99,9 % du PIB. Dans un tel contexte, une croissance nominale du PIB d’environ 4,5 % (combinant croissance réelle et inflation) signifierait que tout déficit budgétaire supérieur à 4,5 % entraînerait une augmentation du ratio dette/PIB. Selon ses projections, ce ratio passerait de 99,9 % à 102,2 % du PIB en 12 mois. Le risque est que la dette augmente encore plus rapidement.
Des incertitudes juridiques planent également sur les droits de douane. Si la Cour suprême des États-Unis venait à les invalider, cela obligerait l’administration à revoir sa politique tarifaire ou à soumettre de nouvelles propositions au Congrès. De plus, cela pourrait entraîner des remboursements substantiels des droits déjà acquittés. Kelly ajoute que ces estimations reposent sur l’hypothèse d’une absence de récession et de dépenses majeures imprévues. Il soulève la possibilité que les États-Unis soient déjà techniquement en récession dans certaines régions. Par conséquent, il estime qu’un déficit de 6,7 % du PIB pourrait être considéré comme une estimation basse pour l’année en cours.
La recommandation de David Kelly aux investisseurs est claire : diversifier leurs portefeuilles. Face au risque d’une détérioration plus rapide des finances fédérales, qui pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt à long terme et une dépréciation du dollar, une stratégie prudente s’impose. « Le risque que nous passions lentement de la faillite à la faillite rapidement ajoute une raison importante pour prendre cette décision aujourd’hui », conclut-il, suggérant l’ajout d’actifs alternatifs et d’actions internationales pour une meilleure résilience.