Publié le 2025-10-02 15:05:00. La nouvelle saison du Teatro de la Zarzuela s’est ouverte sur une reprise très attendue de Pepita Jiménez d’Isaac Albéniz, dans une version remaniée par Pablo Sorozábal. Malheureusement, cette production n’a pas convaincu, révélant les limites de l’adaptation et une exécution scénique et musicale décevante.
- La mise en scène de Giancarlo del Monaco, le décor de Daniel Bianco et la direction musicale de Guillermo García Calvo ont été jugés insuffisants.
- Le casting vocal, bien que prometteur sur le papier, n’a pas su porter la partition, à l’exception notable du ténor Antoni Lliterres.
- Cette reprise n’a pas réussi à faire revivre la partition d’Albéniz telle que Sorozábal l’avait imaginée en 1964.
En 1964, le compositeur Pablo Sorozábal entreprenait une ambitieuse adaptation de Pepita Jiménez d’Isaac Albéniz, dont le manuscrit est conservé à la SGAE. Son objectif était de « raviver une grande partition d’opéra espagnol, en lui apportant l’intuition théâtrale qui lui faisait défaut ». Plus de soixante ans plus tard, l’ouverture de la saison 2025-2026 du Teatro de la Zarzuela a permis de juger de cette entreprise. Le verdict ? L’ambition de Sorozábal n’a, semble-t-il, pas été pleinement réalisée.
L’opéra Pepita Jiménez fut créé en 1895 sur un livret en anglais de Francis Bordett Money-Coutts, lui-même inspiré du roman éponyme de Juan Valera. Sa première représentation eut lieu en italien au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, suivie de versions en allemand et en français. En 1964, Sorozábal fut chargé de traduire le livret en espagnol et d’adapter la partition pour une représentation prévue au Teatro de la Zarzuela, dans le cadre d’un festival d’opéra. L’intention était de proposer un opéra espagnol capable de rivaliser avec les grandes œuvres du répertoire international. La distribution de cette version ambitieuse réunissait des noms prestigieux tels que Pilar Lorengar et Alfredo Kraus, sous la direction de Sorozábal lui-même. Malgré cette affiche, la version n’a jamais été montée à l’époque, bien qu’elle ait été enregistrée en 1967 pour Columbia avec Teresa Berganza. Des productions plus récentes ont privilégié la version originale anglaise, notamment celles dirigées par Calixto Bieito.
La transformation opérée par Sorozábal a métamorphosé l’opéra d’Albéniz, initialement teinté d’influences wagnériennes, en une œuvre s’inscrivant dans le courant vériste. Des coupes importantes, une nouvelle structure en trois actes, une réécriture substantielle des parties vocales et des enrichissements orchestrales ont marqué cette adaptation. Sorozábal avait même ajouté une fin tragique, moins anticléricale, où le protagoniste choisit le suicide. Cependant, le Teatro de la Zarzuela n’est pas parvenu à mettre en valeur les rares vertus de cette version lors de cette reprise. La production souffre d’une mise en scène panoramique peu inspirée de Giancarlo del Monaco, d’un décor statique de Daniel Bianco, d’une distribution vocale globalement inégale et d’une direction musicale jugée lourde et irrégulière.
La mise en scène de Del Monaco ne parvient pas à caractériser les personnages, pris dans un conflit d’amour et un dilemme moral. Pepita, jeune veuve, tombe amoureuse du séminariste Luis de Vargas, tiraillé entre sa vocation religieuse et ses sentiments terrestres. La figure de Pepita est réduite à celle d’une femme perturbée, tandis que le prêtre en devenir se retrouve dépeint dans une scène aux connotations sexuelles embarrassantes. Le portrait de Pedro de Vargas, le père de Luis, tentant de violer la nourrisse d’une scène, achève de dessiner un tableau peu flatteur. Les interactions entre les personnages manquent de naturel et de profondeur, renforçant une impression de froideur. L’ensemble est rendu plus indigeste par le décor de Bianco, une cage métallique tournante qui finit par accumuler les protagonistes et le chœur sur scène. La contribution des costumes de Jesús Ruiz et de l’éclairage d’Albert Faura reste limitée.
L’espoir reposait en grande partie sur la direction musicale de Guillermo García Calvo. Cependant, malgré sa renommée internationale, son interprétation s’est avérée discrète, manquant de fluidité et couvrant parfois les voix, au détriment de l’Orchestre de la Communauté de Madrid qui a révélé des irrégularités dans les sections de cordes et de cuivres. García Calvo n’a pas non plus su exploiter les ressources de souplesse rythmique dont Sorozábal avait fait preuve dans son enregistrement. Le prélude du deuxième acte, censé mêler violence et célébration, s’est réduit à un mouvement étourdi et bruyant. Le seul moment apprécié fut la belle nuit concluant cet acte, rapidement suivi par une coupe inexplicable dans le prélude du troisième.

Sur le plan vocal, Ángeles Blancas a interprété Pepita Jiménez d’une voix jugée fatiguée. La soprano madrilène a peiné à rendre avec clarté et finesse des airs majeurs, tels que le célèbre « Oh! Noche hermosa de Mayo », montrant un registre aigu limité et peinant à atteindre le naturel requis. Le ténor Antoni Lliterres, remplaçant de dernière minute dans le rôle de Luis de Vargas, s’est montré plus convaincant. Ce chanteur majorquin a débuté son air du troisième acte, « Aquí la vi », entièrement composé par Sorozábal à partir de mélodies d’Albéniz, mais a su malgré tout offrir des éclairs de classe, notamment lors d’une montée facultative au si bémol aigu. La mezzo-soprano Ana Ibarra a incarné une Antoñona froide et distante, le baryton Rodrigo Esteves un Pedro de Vargas limité, son confrère Pablo López un Comte de Genzahar sans relief, et la basse Rubén Amoretti un Vicaire peu audible. La seule satisfaction est venue du chœur du Teatro de la Zarzuela, qui a interprété le chœur « Vuelan campanas, vuelan » avec brio, malgré les contraintes du décor tournant. Ce début de saison est donc décevant pour le Teatro de la Zarzuela, marqué par cette Pepita Jiménez peu convaincante.
«Pepita Jiménez»
Musique d’Isaac Albéniz. Livret de Francis Burdett Money-Cutts, basé sur le roman de Juan Valera. Version : adaptation libre du livret espagnol, transformation et réintégration de l’œuvre par Pablo Sorozábal.
Ángeles Blancas, soprano (Pepita Jiménez) ; Antoni Lliterres, ténor (Luis de Vargas) ; Ana Ibarra, mezzo-soprano (Antoñona) ; Rodrigo Esteves, baryton (Pedro de Vargas) ; Rubén Amoretti, basse (Vicaire) ; Pablo López, baryton (Comte de Genzahar) ; Josep Fadó, ténor (Second Officier) ; Iago García Rojas, baryton (Premier Officier).
Chœur du Teatro de La Zarzuela
Orchestre de la Communauté de Madrid.
Chef de chœur : Antonio Fauró.
Direction musicale : Guillermo García Calvo.
Mise en scène : Giancarlo del Monaco.
Théâtre de La Zarzuela, du 1er octobre au 19 octobre.