Publié le 7 février 2026 à 22h29. Après une période de stagnation liée à l’incertitude politique, le crédit en dollars connaît un rebond significatif en Argentine, porté par la demande des entreprises et une politique monétaire favorable.
- Le crédit en dollars a enregistré une croissance de 7 % en janvier 2026, atteignant 19,768 millions de dollars.
- Les prêts aux entreprises, notamment dans les secteurs agroalimentaire et énergétique, sont les principaux moteurs de cette augmentation.
- Le gouvernement envisage de nouvelles mesures pour faciliter l’accès au crédit en dollars, malgré les réserves de certaines institutions financières.
Après des mois de ralentissement, notamment en fin d’année 2025 en raison de l’incertitude liée aux élections, le crédit en dollars a connu un véritable essor en janvier 2026. Selon les données de la Banque centrale, le solde du financement en devises du secteur privé a augmenté de 7 % en un mois, avec une moyenne de 5,3 % sur l’ensemble du mois. Ce dynamisme place janvier 2026 comme le meilleur mois des dix derniers, marquant un tournant après une période de paralysie.
Cette reprise s’explique en partie par l’écart de taux d’intérêt entre les pesos et les dollars. Les entreprises capables d’accéder au financement en dollars, notamment celles de la chaîne exportatrice, privilégient cette option en raison de son coût inférieur. « L’expansion du crédit en devises se poursuit en raison des différentiels de taux, comme nous l’avons observé en 2025 », explique une source bancaire.
Les prêts commerciaux en tête
Les lignes commerciales, qui représentent plus de 71 % du stock total de crédit en dollars, ont enregistré des variations moyennes de 6,1 % pour les avances et de 4,4 % pour les documents. Le secteur agroalimentaire est particulièrement actif, avec une demande concentrée sur le financement des intrants agricoles et des fonds de roulement, mais aussi sur des projets d’investissement et l’acquisition de biens d’équipement.
Avec des revenus en dollars, l’agriculture fait partie des secteurs qui s’endettent habituellement en devises. (Photo : REUTERS/Agustin Marcarien)
Les banques consultées ont également souligné une forte demande de prêts en dollars de la part du secteur pétrolier et énergétique, non seulement pour le fonds de roulement, mais aussi pour de nouveaux projets d’investissement. Cette tendance inclut des prêts syndiqués, des garanties et l’accès au marché des capitaux.
L’augmentation des prêts commerciaux est positive pour le gouvernement, car elle contribue au volume des ventes sur le marché officiel. L’obligation de régler les soldes sur le marché des changes permet à la Banque centrale d’acquérir des devises sans exercer de pression sur le marché, ce qui favorise l’augmentation des réserves nettes, selon un rapport de LCG.
Cartes de crédit : la consommation en dollars en hausse de 20 %
Parallèlement, les mois d’été entraînent une variation saisonnière significative des crédits en dollars avec carte, qui augmentent en raison des vacances à l’étranger. Le stock de cette ligne a connu une augmentation mensuelle moyenne de 20,8 %. Les achats à l’étranger et le tourisme ont contribué à cette croissance.
Le secteur minier rejoint les secteurs exportateurs qui recherchent des crédits en dollars. (Photo : Veladero)
Pour l’instant, les cartes de crédit sont le seul moyen de financement en dollars accessible aux particuliers. Les familles n’ont pas accès à des versements ou à d’autres types de prêts en devises depuis la crise de 2001.
Cette situation est encadrée par le décret 905/2002 et la loi 26.546, qui interdisent aux institutions financières de fournir des prêts en dollars aux clients dont les revenus proviennent directement ou indirectement du commerce extérieur.
Le gouvernement de Javier Milei a déjà assoupli cette réglementation en autorisant les banques à prêter leurs propres dollars (non obtenus par le biais des dépôts) à toute personne ou entreprise, en fonction de l’analyse des risques.
Selon l’agence Bloomberg, l’équipe dirigeante libertaire serait prête à aller plus loin et pourrait envisager d’abroger les règles qui limitent les prêts en dollars aux seuls générateurs de devises. Le ministère de l’Économie viserait à atteindre cette flexibilité avant la fin de l’année, bien que les analystes et l’Association des banques d’Argentine (ABA) aient exprimé des réserves quant à cette initiative, la jugeant risquée.