Publié le 15 février 2026 à 23h51. Une nouvelle approche vaccinale par voie nasale pourrait améliorer significativement l’immunité locale et réduire la transmission du SARS-CoV-2, en complétant l’efficacité des vaccins injectables existants.
- Un rappel nasal à deux doses stimule la production d’anticorps IgA sécrétoires, plus efficaces pour neutraliser les variants d’Omicron que les anticorps sanguins.
- Cette approche « reprogramme » le système immunitaire, favorisant un changement de classe des anticorps vers la production d’IgA.
- Des analyses multi-omiques révèlent les mécanismes cellulaires impliqués dans le recrutement des anticorps dans la cavité nasale.
Les vaccins actuellement utilisés contre la COVID-19, administrés par voie intramusculaire (IM), sont efficaces pour prévenir les formes graves de la maladie et les hospitalisations. Cependant, ils présentent des limites en termes de blocage de la transmission du virus, car ils induisent une immunité systémique, mais pas nécessairement une forte réponse immunitaire au niveau des muqueuses respiratoires, principal point d’entrée du SARS-CoV-2. Une nouvelle étude, publiée dans la revue JCI Insight, explore une solution potentielle : l’administration de rappels vaccinaux par voie nasale.
Les chercheurs ont étudié l’impact de deux doses de rappel intranasal (IN) du vaccin Ad5-S-Omicron, administrées en complément d’une vaccination initiale par voie IM, sur la réponse immunitaire de six volontaires. Des analyses approfondies ont été réalisées sur des échantillons de lavages nasaux, des analyses de cytokines et un profilage multi-omique détaillé à partir d’un donneur unique. Les résultats indiquent que le rappel IN « reprogramme » la mémoire immunitaire existante, induisant un changement de classe des anticorps vers la production d’immunoglobulines A sécrétoires (IgA s). Ces anticorps, présents en grande quantité dans les muqueuses, sont particulièrement efficaces pour neutraliser le virus.
L’étude a révélé que les IgA nasales produites après le rappel IN étaient significativement plus puissantes pour neutraliser les variants d’Omicron que les IgG (immunoglobulines G) présentes dans le sang. Plus précisément, la sIgA nasale était 17 fois plus puissante contre le virus de type sauvage, 30 fois contre BA.1, 125 fois contre BA.5 et jusqu’à 813 fois contre le variant XBB.1.5. Ces résultats suggèrent que le rappel IN renforce l’immunité au niveau du point d’entrée du virus, réduisant potentiellement la transmission.
Les analyses multi-omiques ont permis d’identifier les mécanismes cellulaires impliqués dans ce phénomène. Le rappel IN stimule la réactivation des cellules B mémoire créées par les vaccins IM, les incitant à produire des anticorps IgA. Ce processus est associé à une régulation positive de gènes codant pour des récepteurs spécifiques (CCR10 et α4β1) et à une augmentation de la production de cytokines (CCL27 et CCL28) qui attirent les cellules immunitaires dans la muqueuse nasale. Bien que la voie de migration causale reste à élucider, ces observations fournissent des informations précieuses sur la manière dont le système immunitaire est recruté dans la cavité nasale.
Les chercheurs soulignent que les taux d’IgA nasales ont diminué au fil du temps (une réduction de 65 % en 3 mois), ce qui suggère que des rappels muqueux réguliers pourraient être nécessaires pour maintenir une protection optimale. Cependant, l’efficacité clinique et la durabilité de cette approche doivent être confirmées par des essais à plus grande échelle. Cette étude représente une étape importante dans le développement de vaccins de nouvelle génération capables d’induire une immunité muqueuse robuste et de bloquer efficacement la transmission du SARS-CoV-2.
Référence du journal :
- Chen, S. et coll. (2026). Le rappel intranasal entraîne la commutation de classe et le référencement des cellules B mémoire pour la réponse IgA muqueuse. JCI Insight11(3):e198045. DOI, 10.1172/jci.insight.198045, https://insight.jci.org/articles/view/198045