Publié le 21 février 2026 10h55. L’Amérique latine est au cœur d’une nouvelle lutte d’influence entre les États-Unis et la Chine, tandis que la Russie voit son rôle de protecteur des régimes autoritaires remis en question par des réalités géopolitiques changeantes.
- L’Argentine était sur le point de ratifier l’accord UE-Mercosur, mais l’évolution politique en Amérique du Sud favorise désormais les intérêts américains.
- Les États-Unis gagnent du terrain en Amérique latine, notamment grâce à des accords bilatéraux et à l’ascension de dirigeants proches de Donald Trump.
- La Russie peine à tenir ses promesses de protection aux régimes alliés, comme l’a démontré l’incapacité à défendre le Venezuela face à une opération américaine.
L’Amérique latine est devenue un terrain de jeu crucial dans la compétition géopolitique entre les grandes puissances. Alors que l’Argentine s’apprêtait, le 13 février 2026, à devenir le premier pays sud-américain à ratifier l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, activant ainsi son entrée en vigueur provisoire en attendant un examen de la Cour de justice de l’Union européenne, un vent nouveau souffle sur le continent.
Selon le journal allemand Le Monde, l’intensification des liens commerciaux entre l’Europe et l’Amérique du Sud attire l’attention des rivaux géopolitiques. La Chine et les États-Unis poursuivent activement leurs propres intérêts dans la région. Washington privilégie une approche basée sur des accords commerciaux bilatéraux, une stratégie qui semble porter ses fruits avec l’élection récente de présidents et de forces politiques affichant leur proximité avec Donald Trump en Équateur, en Argentine, en Bolivie, au Chili, au Honduras et au Costa Rica.
Cette tendance pourrait s’accentuer cette année avec des élections majeures en Colombie et au Brésil. Le « triangle du lithium » – composé de l’Argentine, de la Bolivie et du Chili – semble particulièrement basculer en faveur des États-Unis. Le gouvernement bolivien, par exemple, a annoncé son intention de revoir les contrats liés au lithium conclus avec des entreprises chinoises et russes, des accords qui avaient été approuvés précipitamment avant les élections.
Des développements similaires se produisent au Panama, où un problème lié aux concessions autour du canal de Panama a provoqué une onde de choc. Les États-Unis en tirent profit, tandis que la Chine, perdante dans ce litige, menace de revoir ses engagements d’investissement. De plus, avec le contrôle américain des réserves de Venezuela, le pays le plus riche en pétrole au monde, Pékin estime que la stratégie de Washington visant à contrer son influence en Amérique latine prend forme.
Parallèlement, le rôle de la Russie en tant que protectrice des régimes autoritaires est de plus en plus contesté. Mikhaïl Polianskii, chercheur à l’Institut Leibniz pour la recherche sur la paix et les conflits (PRIF), souligne dans un article publié dans le Handelsblatt que « la Russie se présente comme la protectrice d’une « majorité mondiale » qui résiste à l’Occident, offrant un soutien politique et militaire à des régimes comme ceux de Caracas et de Téhéran ». Cependant, « ces dernières années démontrent la fragilité de ces promesses ».
L’exemple du Venezuela est frappant. En mai 2025, Vladimir Poutine et Nicolas Maduro avaient signé à Moscou un accord de partenariat stratégique promettant de renforcer les capacités militaires et d’assurer une protection contre les menaces extérieures. Pourtant, lors d’une opération nocturne début 2026, les forces spéciales américaines ont capturé Maduro, sans que Moscou ne puisse intervenir efficacement. La Russie s’est contentée de « condamner l’agression » et d’exiger la libération du président vénézuélien, sans autre action concrète.
Polianskii conclut que, malgré ses investissements et son soutien militaire, « lorsque le test a eu lieu, le sponsor a échoué et le message adressé aux autres régimes était sans équivoque ». Néanmoins, il prévient que « la Russie reste un facteur de perturbation dangereux, recourant de plus en plus à des instruments de déstabilisation tels que la désinformation et les cyberattaques ».
La situation à Cuba illustre également cette tendance. L’ambassade de Cuba au Brésil a lancé un appel urgent à l’aide face à des pénuries de carburant mettant en danger la vie de 32 000 femmes enceintes, en raison de l’embargo américain. Si cette situation suscite l’indignation au Brésil, le président Lula da Silva attend une rencontre avec Donald Trump avant de décider d’envoyer de l’aide à Cuba, et exclut pour l’instant toute livraison de pétrole. La Russie et la Chine, qui avaient promis leur soutien, n’ont pas encore concrétisé leurs engagements.
La pression américaine semble donc porter ses fruits, comme en témoignent également les décisions du Nicaragua de restreindre l’entrée des Cubains sans visa et la fin des contrats de services médicaux cubains par plusieurs pays d’Amérique centrale. Contrairement à Cuba et au Venezuela, le Nicaragua, dirigé par Daniel Ortega et Rosario Murillo, bénéficie pour l’instant d’une certaine indulgence de la part de Washington en raison de sa coopération sur des questions telles que le rétablissement des visas pour les Cubains et la lutte contre le trafic de drogue.
L’opposition en exil reste cependant convaincue que le Nicaragua ne restera pas longtemps à l’écart de la pression américaine, anticipant que des preuves de liens entre le régime de Managua et le trafic de drogue pourraient émerger lors des procès contre Maduro.
(rml/ms)