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Le verdict du soldat F est un « cauchemar » pour les familles du Bloody Sunday

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Publié le 2025-10-23 16:30:00. Un soldat britannique, unique ancien militaire poursuivi pour les meurtres commis lors du Bloody Sunday, a été acquitté. Ce verdict met un terme tragique à la quête de justice des familles des victimes, engagée depuis plus d’un demi-siècle.

L’acquittement du soldat F, prononcé par la Crown Court de Belfast, résonne comme un coup de poignard pour les familles des 13 civils désarmés tués le 30 janvier 1972. Après des décennies de combat pour obtenir une reconnaissance et une réponse judiciaire, le verdict de « non coupable » scelle une issue qu’ils redoutaient.

De nombreux proches des victimes avaient exprimé des réserves quant à la tenue de ce procès. Leur appréhension ne tenait pas à un manque de conviction quant à la culpabilité présumée du soldat F, mais plutôt à la crainte que le temps écoulé et la dissipation des preuves ne rendent une condamnation quasi impossible. Les avocats avaient souligné la disparition de nombreux témoins oculaires et la perte de preuves matérielles cruciales, telle que l’arme utilisée par le soldat, revendue par le ministère de la Défense britannique.

Malgré l’issue, les familles et leurs représentants estiment que ce procès était nécessaire. Pendant 26 ans, l’idée même qu’un militaire britannique puisse être jugé pour ces faits semblait inenvisageable, s’appuyant sur la version officielle du rapport Widgery. Ce dernier avait conclu à une légitime défense des soldats, tout en qualifiant leurs tirs d’« imprudents ».

L’enquête Saville, lancée en 1998 suite à une démarche du gouvernement irlandais, avait marqué un tournant majeur. Après 12 années d’investigations et un coût avoisinant les 200 millions de livres sterling, ce rapport accablant avait révélé que les soldats avaient ouvert le feu sans avertissement, que les victimes ne représentaient aucune menace, et que de nombreux militaires avaient menti sur leurs actions. Ces conclusions avaient conduit le Premier ministre de l’époque, David Cameron, à présenter des excuses publiques, qualifiant les événements d’« injustifiés et injustifiables ».

Suite à cela, 18 anciens membres du régiment de parachutistes furent identifiés. En mars 2019, le ministère public (PPS) annonça l’inculpation du soldat F pour deux meurtres et cinq tentatives de meurtre, tout en déplorant que d’autres militaires ne soient pas poursuivis. Bien que le PPS ait initialement classé l’affaire, cette décision fut annulée en appel en mars 2022.

Le procès du soldat F, qui avait débuté le 15 septembre, s’est déroulé à huis clos, le militaire bénéficiant de l’anonymat. Une grande partie des éléments issus de l’enquête Saville n’étaient pas recevables dans le cadre pénal. Malgré des témoignages poignants de survivants, aucun n’a pu identifier formellement le soldat F comme étant l’auteur des tirs.

Le dossier de l’accusation reposait sur les déclarations de deux autres anciens parachutistes, désignés comme G et H, qui plaçaient le soldat F dans la zone et affirmaient qu’il avait tiré. Le juge Patrick Lynch, lors de son réquisitoire, a sévèrement critiqué les actions des soldats F, G, H et d’un autre nommé E, les accusant de « mensonges en série » et d’avoir perdu toute discipline militaire.

Cependant, le magistrat a soulevé des doutes quant à la recevabilité des preuves par ouï-dire issues des déclarations de G et H pour condamner le soldat F, qui n’a pas témoigné. Il a également pointé du doigt le délai de 53 ans qui avait considérablement entravé la défense. En conclusion, le juge a estimé que les preuves présentées par l’accusation étaient « bien en deçà » de la norme requise, celle de la preuve au-delà de tout doute raisonnable.

Ce verdict sera accueilli favorablement par les organisations représentant les anciens combattants britanniques, qui avaient dénoncé ces poursuites comme une « trahison ». Néanmoins, la réalité du Bloody Sunday demeure : 13 civils non armés ont été abattus dans les rues de Derry par des militaires britanniques, et aucun des responsables directs n’a jamais été tenu pour responsable. Plus de cinquante ans après, l’idée qu’une telle chose puisse être jugée à nouveau s’amenuise.


Regarder : Vincent Kearney, rédacteur en chef du Nord, sur les verdicts du soldat F

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