Publié le 18 février 2026 à 13h44 HE. L’économiste Lars Feld alerte sur le risque d’une dette publique allemande atteignant des niveaux critiques et plaide pour une réduction des dépenses sociales afin de préserver la capacité d’investissement du pays.
L’Allemagne doit impérativement maîtriser ses dépenses publiques, notamment dans le domaine social, pour éviter que sa dette nationale ne dépasse les 100 % de son produit intérieur brut (PIB) dans les dix prochaines années, a mis en garde l’économiste Lars Feld lors d’une conférence intitulée « Mercredi des Cendres économiques ». Selon lui, une telle situation compromettrait la marge de manœuvre budgétaire du pays et remettrait en question les règles européennes en matière de finances publiques.
Feld, directeur de l’Institut Walter Eucken de Fribourg, estime que la croissance économique allemande, confrontée à un déclin démographique, ne pourra être maintenue qu’en réduisant les coûts du travail et en stimulant l’innovation. Il cible plus particulièrement les assurances pension et dépendance comme des domaines où des ajustements sont nécessaires.
« Nous aurons des effets défavorables dus à la démographie et ceux-ci devront être compensés par une plus grande capacité d’innovation. Cela ne sera possible que si des investissements sont réalisés dans ce pays, et cela ne se produira que si les coûts diminuent. »
Lars Feld, directeur de l’Institut Walter Eucken
L’économiste critique également la manière dont le gouvernement actuel interprète les règles budgétaires de l’Union européenne, les jugeant trop souples. Il dénonce un « étirement » des règles fondé sur plusieurs points : une période d’ajustement jugée trop longue, l’utilisation de l’exception pour les dépenses de défense sans limitation de portée, des hypothèses de croissance potentielle trop optimistes (0,9 %) et une prévision d’inflation supérieure à celle de la Bundesbank et de la Commission européenne.
Selon Feld, l’Allemagne risque de répéter les erreurs du début des années 2000, sous le gouvernement de Gerhard Schröder, en ignorant les normes minimales fixées par les règles budgétaires européennes.
Pour redresser la situation, l’économiste propose plusieurs pistes de réflexion, notamment :
- Réduire les subventions à l’assurance pension légale, ce qui impliquerait potentiellement une baisse des prestations et une remise en question du seuil de maintien à 48 %.
- Maîtriser les coûts de l’assurance dépendance, dont l’évolution pourrait devenir « complètement incontrôlable » sans mesures appropriées.
- Mener une réforme plus ambitieuse du système hospitalier afin d’alléger le fardeau de l’assurance maladie, une initiative pour l’instant bloquée par la coalition gouvernementale.
- Réformer la politique familiale, en privilégiant des mesures moins pénalisantes qu’une simple réduction des allocations parentales.
Du côté des recettes, Feld suggère d’examiner la possibilité d’allègements fiscaux, notamment sur la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), tout en reconnaissant la complexité de ces questions.
« Il y a de gros problèmes à résoudre sur chacun de ces points, et je ne vois actuellement pas comment ce gouvernement fédéral peut y faire face. »
Lars Feld, directeur de l’Institut Walter Eucken
L’économiste souligne l’urgence d’agir pour éviter une détérioration de la situation financière de l’Allemagne et préserver sa capacité à investir dans l’avenir.