Publié le 24 octobre 2025 15:33:00. Dans un climat de forte tension politique, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté ce mardi sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, annonçant des concessions majeures sur la réforme des retraites pour tenter d’éviter une motion de censure et des élections anticipées.
- Suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028, sans augmentation de l’âge de départ.
- Renoncement à l’usage de l’article 49.3, transférant le pouvoir budgétaire au Parlement.
- Deux motions de censure, déposées par la gauche radicale et le Rassemblement National, seront soumises au vote jeudi.
Le nouveau Premier ministre, déjà nommé à ce poste pour une seconde fois, a cherché à apaiser l’atmosphère politique délétère lors de son passage à l’Assemblée nationale. L’enjeu principal de sa déclaration était de désamorcer la crise qui menaçait le gouvernement, notamment vis-à-vis des forces socialistes. La question de la réforme des retraites, qui constitue le principal point de crispation, a occupé une place centrale dans les annonces. Sébastien Lecornu a déclaré :
« Nous suspendrons dès cet automne la réforme de la loi sur les retraites jusqu’en 2028. »
Cette annonce a été accueillie par des applaudissements sur les bancs socialistes, marquant une victoire pour Emmanuel Macron, contraint d’abandonner sa réforme phare. La tension était palpable dans l’hémicycle, où chaque terme du Premier ministre était scruté avec attention. La nuance entre une « suspension », une « annulation » ou un « retard » était cruciale pour les députés socialistes, qui avaient menacé, dans la matinée, de soutenir ou de déposer eux-mêmes une motion de censure.
Le Premier ministre a précisé la portée de cette suspension lors de la présentation de sa déclaration de politique générale :
« Dès cet automne, nous suspendons la réforme de 2023 jusqu’aux élections présidentielles. Aucune augmentation de l’âge ne sera opérée d’ici janvier 2028, comme l’avait explicitement demandé la CFDT. »
Cette mesure, qui devrait coûter 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027, nécessitera des compensations budgétaires. Au-delà de cette concession, Sébastien Lecornu a mis l’accent sur un changement de paradigme, en annonçant le transfert du pouvoir décisionnel au Parlement. Il a explicitement renoncé au recours à l’article 49.3, garantissant ainsi que le débat budgétaire débouchera sur un vote.
« Agir sans l’opposition n’est ni possible ni souhaitable. J’ai renoncé au 49.3. Et c’est la garantie que le débat budgétaire ira au vote. Le Gouvernement présente le budget qu’il estime souhaitable. Le Parlement l’examine, le discute et le modifie. Sans le 49.3, sans majorité absolue, le Parlement aura le dernier mot. La loi sera faite ici, pas au ministère de l’Economie. »
Cette disposition retire au gouvernement la capacité juridique d’approuver un budget sans l’assentiment de l’Assemblée. Désormais, la responsabilité de la majorité repose sur les épaules du Premier ministre, qui devra compter sur le soutien d’une partie des députés pour faire voter ses textes. La formation gouvernementale devra également composer avec les motions de censure prévues pour jeudi.
Le Rassemblement National (RN) a d’ores et déjà annoncé qu’il voterait en faveur de la motion déposée par une partie de la gauche radicale (La France Insoumise, Les Écologistes et le Parti Communiste). L’issue de ce vote dépendra du positionnement d’une partie des socialistes ou des Républicains, dont 24 députés suffiraient à faire tomber le gouvernement, quatre jours seulement après sa nomination. Une telle chute ouvrirait la voie à des élections législatives anticipées, un scénario favorable à l’extrême droite, qui n’a pas caché ses ambitions.
« Tout cela est fait pour éviter que de nouvelles élections aient lieu et que les Français puissent choisir l’alternance. »
Marine Le Pen
Le président du RN, Jordan Bardella, a d’ailleurs insisté sur cette éventualité :
« Soyez prêts, car la dissolution peut avoir lieu en quelques jours, en quelques heures. Si nous allons aux élections, c’est pour gagner. »
Face à ce risque, le chef des députés Les Républicains (LR), Laurent Wauquiez, a donné pour consigne à son groupe de ne pas voter les motions de censure, arguant qu’une chute du gouvernement entraînerait « une dissolution et pas de budget ». Cette décision, prise lors d’une réunion de groupe, vise à éviter un chaos politique qui pourrait bénéficier à l’extrême droite.
Parallèlement, des critiques émergent concernant la politique budgétaire. L’économiste Gabriel Zucman a déploré que le projet de loi de finances semble privilégier les milliardaires français, demandant des efforts aux autres catégories sociales. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, a abondé dans ce sens :
« Ce que les milliardaires ne paient pas, tous les autres le paient à leur place. Ce combat est essentiel. »
Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste