Publié le 8 février 2024 18:35:00. Le Washington Post est en pleine crise. Son PDG et directeur de la publication, Will Lewis, a démissionné après une semaine marquée par des licenciements massifs et une remise en question du modèle économique du journal.
- Will Lewis quitte son poste après seulement un an à la tête du Washington Post.
- Le journal prévoit de licencier environ un tiers de ses effectifs, soit près de 300 journalistes.
- La décision de Jeff Bezos, propriétaire du journal, de ne pas publier de recommandation électorale pour les élections américaines de novembre 2024 a suscité la controverse.
Le Washington Post, l’un des quotidiens les plus prestigieux des États-Unis, traverse une période de turbulences. Will Lewis, arrivé aux commandes en 2023, a annoncé sa démission ce samedi, suite à une vague de licenciements qui frappe le journal. Selon une note adressée aux employés, ces décisions difficiles étaient nécessaires pour assurer l’avenir du titre. Jeff D’Onofrio, le directeur financier, assurera l’intérim.
L’arrivée de Lewis avait pour objectif de redresser les finances du Washington Post, qui enregistrait de lourdes pertes. Son mandat a été marqué par plusieurs plans de licenciements et une baisse significative du nombre d’abonnés. Cette situation est en partie liée à un changement de ligne éditoriale, notamment l’abandon du soutien aux candidats à la présidence américaine et une orientation plus libertaire de la section des opinions.
Plusieurs critiques ont été formulées à l’encontre de Lewis, notamment concernant son manque de présence et de communication avec la rédaction. Les licenciements de mercredi dernier ont ainsi été annoncés par un rédacteur en chef sans la participation du PDG, suscitant l’indignation des journalistes. Le journal, qui emploie actuellement environ 900 personnes, envisage de supprimer environ un tiers de ses postes, touchant des secteurs clés tels que le sport, la littérature et le reportage à l’étranger.
Ces mesures d’austérité ont ravivé les interrogations sur l’engagement de Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post depuis 2013, à maintenir un journalisme indépendant. Des représentants du personnel ont publiquement demandé à Bezos de réaffirmer son soutien financier au titre. Le milliardaire a toutefois affirmé, dans une déclaration au Washington Post, qu’il restait attaché à la mission journalistique du journal et qu’il souhaitait conserver sa propriété. Il a souligné que les données disponibles permettraient de mieux cibler les efforts du journal.
La décision de Bezos de ne pas publier de recommandation électorale pour les élections de novembre 2024, une pratique courante dans la presse américaine, a également été vivement critiquée. Il avait initialement rédigé une recommandation favorable à Kamala Harris, la vice-présidente américaine et adversaire de Donald Trump, avant de finalement renoncer à la publier.
Le Washington Post a marqué l’histoire du journalisme à plusieurs reprises, notamment grâce aux enquêtes de Carl Bernstein et Bob Woodward qui ont révélé le scandale du Watergate au début des années 1970, conduisant à la démission du président Richard Nixon.