Le terme « ville fantôme », popularisé en 1977 par le journaliste suédois Jan-Olof Bengtsson dans un reportage sur la cité chypriote abandonnée de Famagouste, continue de décrire avec acuité la quiétude désolée de nombreuses localités désertées. Cette atmosphère, devenue d’autant plus palpable durant les périodes de confinement liées à la pandémie, a même inspiré des artistes, à l’instar des Rolling Stones et de leur titre « Living in a Ghost Town », sorti en avril 2020, ou encore la série télévisée inspirée par Pripyat, la ville ukrainienne évacuée après la catastrophe de Tchernobyl en 1986.
Cependant, c’est aux États-Unis que l’on trouve les exemples les plus emblématiques de ces villes abandonnées. Le pays recèle environ 3 800 de ces localités, la plupart désertées entre le XIXe et le début du XXe siècle, suite à l’exode de leurs habitants en quête de meilleures opportunités. Du Texas, qui en compte à lui seul près de 511 – un record national –, à la Californie, en passant par l’Arizona, le Montana et le Nevada, ces sites, témoins silencieux d’époques révolues, offrent un aperçu fascinant de l’histoire de la conquête de l’Ouest, des ruines figées dans le temps aux espaces réaménagés en parcs nationaux.
Parmi les plus spectaculaires, certaines se distinguent par leur histoire et leur conservation.
Bodie, Californie : la quintessence de la ville fantôme
Fondée en 1876, Bodie est souvent considérée comme la ville fantôme par excellence. Située près du lac Tahoe, elle connut une prospérité fulgurante grâce à la ruée vers l’or, attirant jusqu’à 10 000 habitants. Cependant, l’incendie dévastateur de 1932 marqua le début de son déclin. Aujourd’hui, Bodie conserve une grande partie de ses bâtiments et de son mobilier d’époque, offrant aux visiteurs un voyage authentique dans l’univers du Far West. Des clichés de cette cité figée dans le temps ont même été utilisés lors de la séance photo de l’album des U2, « The Joshua Tree ».
Jerome, Arizona : une cité « verticale » au passé glorieux
À moins de 45 kilomètres de Sedona, perché sur les hauteurs de la forêt nationale de Prescott, Jerome, surnommée « la ville la plus verticale d’Amérique », est un cas singulier. Bien qu’habitée, son architecture aux allures d’antan – maisons, trottoirs et commerces – évoque un passé où son économie reposait entièrement sur l’exploitation des gisements de cuivre. Après leur épuisement, la ville a longtemps été désertée avant de connaître un renouveau.
Garnet, Montana : pour les âmes en quête d’isolement
Pour ceux qui aspirent à une immersion totale, le Bureau de gestion des terres des États-Unis recherche chaque année des volontaires pour entretenir Garnet, une ancienne cité minière du Montana abandonnée depuis les années 1940. Les participants bénéficient d’une cabane meublée et d’une aide pour la nourriture, mais doivent composer avec l’absence de commodités modernes comme la plomberie ou Internet. Une expérience d’isolement garantie.
Calico, Californie : le Far West reconstitué
Dans le sud de la Californie, Calico, une ville minière prospère à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, a connu le sort de nombreuses cités liées à la fièvre de l’or. Si son aspect actuel résulte de rénovations visant à recréer l’architecture typique des anciennes villes de l’Ouest, Calico est aujourd’hui une ville fantôme dédiée au divertissement. Bâtiments reconstruits, boutiques de souvenirs et spectacles avec des acteurs costumés en cow-boys offrent aux visiteurs une immersion « old west » à 100%.
Virginia City, Nevada : un joyau restauré
Depuis la découverte de la mine Comstock Lode en 1859, Virginia City s’est métamorphosée en une ville prospère, considérée comme la plus riche de l’Ouest. Son déclin, lié à l’épuisement des gisements, n’a toutefois pas effacé sa splendeur passée. L’une des villes fantômes les mieux restaurées, elle attire plus de deux millions de visiteurs par an, venus découvrir ses maisons, clubs et saloons d’époque.
Goldfield, Nevada : hantée par une sombre histoire
Comme beaucoup de villes minières, Goldfield a connu le dépeuplement après la ruée vers l’or. Sa renommée actuelle repose cependant sur une tout autre légende : celle de l’Hôtel de Goldfield, considéré par les experts en paranormal comme l’un des bâtiments les plus hantés au monde. Les phénomènes inexplicables seraient liés à l’histoire tragique de Elisabeth, une prostituée qui, après une grossesse non désirée et une tentative d’achat de son silence par l’ancien propriétaire George Winfield, aurait été retrouvée morte dans des circonstances mystérieuses. Son fantôme errerait encore dans les chambres, appelant son enfant dont les cris résonneraient depuis les sous-sols.